Dans une tribune diffusée samedi, l’ancien envoyé spécial de l’ONU pour le Sahara occidental (2009-2017), l’Américain Christopher Ross, a mis en garde contre les tentatives de certaines parties de légitimer l’occupation marocaine du Sahara occidental par le biais des Nations Unies. Il a dénoncé dans ce cadre les manœuvres des États-Unis et de la France (membres permanents du Conseil de sécurité), d’imposer, au mépris du droit et la légalité internationale, la souveraineté marocaine comme seule solution, en excluant l’indépendance de la résolution sur le Sahara du Conseil de sécurité qui sera proposée au vote avant la fin du mois. Christopher Ross, qui est du fait de son statut d’ancien envoyé personnel du secrétaire général des Nations Unies au Sahara occidental très au fait du dossier, met en garde contre le fait qu’imposer une solution au peuple sahraoui sans son consentement perpétuera l’instabilité et l’insécurité dans toute la région. L’ancien diplomate, Abdelaziz Rahabi lui emboite le pas en mettant en garde lui aussi contre les manœuvres des USA et de la France de faire adopter par le Conseil de sécurité, une résolution qui réduira le statut et les missions de la Minurso pour en faire un instrument de simple validation du plan d’autonomie marocain. Il rappellera que la Mission des Nations Unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (MINURSO), a été créée en avril 1991 (résolution 690 du Conseil de sécurité), pour surveiller notamment un cessez- le-feu entre le Polisario et le Maroc obtenu suite à la demande pressante des alliés du Maroc, Occidentaux et Etats du Golf alertés par la supériorité militaire des sahraouis sur le terrain. Les dirigeants sahraouis étaient sceptiques sur la volonté du Maroc à s’engager sur la voie du referendum qui était -faut-il de rappeler – un préalable à l’acceptation de ce cessez-le-feu, a indiqué Rahabi qui n’a pas manqué de rappeler que, « l’Algérie y était d’ailleurs favorable malgré les réserves formulées par les sahraouis ». Dans son analyse il a également rappelé que la Minurso avait été appelée plus tard et sans succès par beaucoup d’Etats dont l’Algérie à élargir son mandat aux questions des droits de l’homme au Sahara occidental à l’instar d’autres forces de maintien de la paix des Nations Unies. « Aujourd’hui, Il est question de la dépouiller même de ses missions initiales d’organisation du Referendum, de la renommer Minuso et de mettre fin à sa mission de maintien de la paix avant mai 2027 », a-t-il souligné dans une allusion aux manœuvres émanant des alliés du Maroc qui font le forcing pour vider même de son sens la dernière résolution de la 4e commission des Nations Unies votées par la majorité de l’assemblée générale et qui replace le règlement du conflit du Sahara occidental dans son cadre d’un problème de décolonisation qui ne pourra être réglé sans le consentement du peuple sahraoui travers l’organisation d‘un référendum sur l’autodétermination.
De Mistura s’est départi de sa neutralité
L’ancien ministre et diplomate fera remarquer que l’envoyé personnel du SG de l’ONU, Staffan de Mistura qui a du mal à maintenir les critères de neutralité, d’objectivité et d’égalité entre le Polisario et le Maroc se voit renforcé et son mandat élargi à la recherche d’autres interlocuteurs sahraouis plus accommodants au sein de la diaspora ou encore dans les camps de réfugiés ( ?) aux côtés du Polisario que l’ONU reconnait pourtant comme le représentant légitime du peuple sahraoui. Il affirme que cette démarche n’est en fait ni nouvelle ni surprenante dans la mesure où l’opération d’influence et de propagande animée par quelques sénateurs américains cherche encore de nos jours à présenter le Polisario comme un groupe terroriste. L’objectif est d’accréditer un second représentant sahraoui déjà désigné, identifié, encouragé et reçu en juin dernier par les Ambassadeurs, représentants américain et français à l’ONU », a-t-il souligné. Il faut rappeler dans ce cadre que cette stratégie a toujours servi les intérêts des pays coloniaux qui, acculés, recherchent toujours des pantins malléables à souhait pour éviter d’affronter, dans des négociations les représentants légitimes des peuples sous occupation. Et cette manœuvre du camp des soutiens du Maroc, a-t-il indiqué, est présentée comme une volonté de viser l’Algérie pour al présenter commun soutien d’un groupe terroriste et un proxy de l’Iran. « L’Algérie est indirectement visée pour être présentée comme un Etat soutenant un ‘’groupe terroriste ‘’, un proxy de l’Iran et un pays hostile à Israël . Notre pays est soumis ainsi à un marchandage destiné surtout à convertir ses élites au pragmatisme d’ambiance pour trouver des vertus à la diplomatie transactionnelle du Président Trump dont les véritables conséquences sur notre région n’apparaitront qu’à l’issue de son mandat. C’est là que réside tout le paradoxe de cette situation qui veut que l’Algérie et le Polisario assument le coût diplomatique du deal du rétablissement des relations diplomatiques entre Maroc et Israël contre la reconnaissance par les USA du fait accompli au Sahara occidental le 10 décembre 2020. Et c’est là l’essence des tournées du Conseiller Principal de l’administration Trump pour l’Afrique, Massad Boulos, qui tente un forcing pour engager une dynamique de négociations avec in-fine une autonomie des territoires sahraouis sous souveraineté marocaine.
Les puissances occidentales veulent fouler aux pieds la légalité internationale
Dans son analyse il souligne que l’avenir des réfugiés sahraouis accueillis par l’Algérie, qui sont les victimes de l’occupation de leur terre depuis cinquante ans, ils doivent jouir à ce titre, du droit inaliénable au retour et à l’expression de leur choix pour l’autodétermination. « Les puissances occidentales du Conseil de sécurité, leur proposent pour leur part un financement international orienté vers des solutions individuelles et volontaires destinées – comme pour les Gazaouis – à faire de ces exilés involontaires des apatrides forcés. Dans cette perspective, une bien maigre compensation est proposée par l’Espagne de réintégrer dans la nationalité espagnole une partie de ses administrés abandonnés en 1975 par le régime agonisant général Francisco Franco ». M. Rahabi rappelle dans ce cadre que la Quatrième Commission de l’ONU a pourtant adressé un message très fort de la communauté internationale sur le droit des sahraouis à l’autodétermination car le cadre de cet appel, l’Assemblée Générale reste la véritable expression de la représentation des Nations et de l’égalité souveraine des Etats. « Le Conseil de sécurité reste pour sa part comme l’expression figée du rapport des forces militaires au lendemain de la deuxième guerre mondiale. Aujourd’hui, seules la Russie et la Chine s’efforcent de préserver un précaire équilibre dans un Conseil qui ne sera ni réformé de sitôt ni en conformité avec la réalité du monde qui émerge ». Les trois pays occidentaux, membres permanents du Conseil considèrent que le plan d’autonomie marocain est la seule base de négociation d‘une ‘’solution mutuellement acceptable ‘’, reste ‘’la seule solution viable à la question sahraouie et que toute proposition devrait s’inscrire dans ce cadre’’. Cette condition contraignante par nature, irrecevable par principe et irréalisable dans une négociation internationale est à seule suffisante pour enlever tout crédit à la poursuite à pas forcés du processus en cours. Et c’est pour faire barrage à ces velléités des anciennes puissances coloniales que le front Polisario a menacé de se retirer du processus de paix qui risque d’être dévoyé par les manouvres de la France et des Etats Unis.
Une seule victime, les Sahraouis et la légalité internationale
Dans ce même esprit, les USA qui ont le privilège de proposer le « Draft » sur la question sahraouie n’excluent pas de prendre de’’ nouvelles mesures ‘’ qu’ils n’identifient pas encore à ce stade, ‘’ si les parties ne s’engagent pas de manière constructive dans le processus politique’’ selon des termes qui relèvent moins de la diplomatie du compromis que de l’arrogance que confèrent la puissance et l’immunité. Tout au long de ces cinq décennies dont la durée est présentée par occidentaux comme un motif pour l’accélération du processus en cours, les seules victimes restent les sahraouis que l’on veut insérer depuis quarante ans dans une nébuleuse sémantique ‘’d‘indépendance dans l’interdépendance ‘’ comme si le Maroc était un modèle de démocratie et le Sahara Occidental, une terra nullius sans peuple et sans histoire. A ce titre, le président Tebboune avait tout à fait raison, il y a peu, de remettre la question du libre destin du peuple sahraoui au centre de tout processus. Les Américains, puisque c’est d’eux qu’il s’agit dans ce dossier, doivent tenir compte du fait que les dirigeants sahraouis n’ont ni la capacité ni le droit de décider du destin de leur peuple sans procéder au préalable à sa consultation directe, sans contrainte et sans ingérence étrangère .Le processus de règlement peut être long et passera inévitablement par des négociations directes entre le Polisario et la Maroc et ne peut en aucun cas dépendre des seuls agendas internes du président Trump et de celui du Roi Mohamed VI. Il est à craindre que les conditions ne soient pas réunies pour des négociations sans contraintes de quelque nature que ce soit et que la solution à la question sahraouie ne trouvera pas cette fois encore, un début de règlement au drame d’un peuple qu’on présente moins comme une victime de la colonisation que comme un obstacle à la reconfiguration projetée de l’Afrique du Nord, conclut Rahabi. L’administration Trump qui veut imposer une configuration à sa guise ne peut réduire au silence la volonté des peuples de s’affranchir des tutelles des puissances militaires et financières. Le peuple, fort du droit international et des résolutions de l’Onu et de l’UA a rappelé que rien ne se fera sans le consentement du peuple sahraoui. Le Maroc et ses alliés sont avertis et la balle est aujourd’hui dans leur camp.
Slimane B.








