Accueil ACTUALITÉ ABDERRAHMANE HADEF, CONSULTANT INTERNATIONAL : « C’est une force de négociation collective »

ABDERRAHMANE HADEF, CONSULTANT INTERNATIONAL : « C’est une force de négociation collective »

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À propos du règlement européen sur le méthane (EUMR) qui suscite un débat croissant entre l’Union européenne et ses partenaires, les pays producteurs et exportateurs d’énergie, le consultant international en développement économique, Abderrahmane Hadef, explique que l’on est en train de « passer d’une simple question environnementale à une question aux dimensions économiques, commerciales et géopolitiques plus larges », comme l’indique, selon lui,  « l’implication de l’Algérie dans un axe comprenant de grands pays énergétiques tels que le Qatar, le Nigeria et les États-Unis, pour demander la révision de certains aspects de ce règlement ». Il en donne pour preuve le fait que « Bruxelles cherche à renforcer les normes environnementales liées à la production et à l’exportation de gaz naturel».
Pour lui, l’alliance de ces quatre producteurs signifie le passage d’une position nationale à une force de négociation collective. Il donne la dimension de l’adhésion de l’Algérie à cet axe commun : non pas une simple coordination circonstancielle entre un certain nombre de pays exportateurs de gaz, mais « une prise de conscience croissante chez les producteurs que les nouvelles règles que l’Union européenne cherche à imposer auront un impact direct sur l’avenir des investissements énergétiques et des flux commerciaux mondiaux ». En quoi réside l’importance de cette alliance ? Abderrahmane Hadef répond : « elle rassemble un certain nombre des principaux acteurs du marché mondial du gaz, que ce soit en termes de réserves, de production ou de capacité à approvisionner les marchés européens et mondiaux en énergie ».
Résultat : « cela confère à ces pays un poids de négociation important face à Bruxelles, d’autant plus que l’Europe continue de dépendre des importations de gaz naturel pour assurer sa sécurité énergétique pendant la phase de transition vers une économie à faible émission de carbone ». Il dégage le message principal qui « n’est pas de rejeter les objectifs climatiques européens, mais d’appeler à l’élaboration de règles plus équilibrées qui tiennent compte des spécificités des pays producteurs et des différences existantes dans les niveaux de développement technique et d’infrastructures énergétiques ».
Le consultant international en développement économique fait ressortir les implications importantes de l’appel du ministre d’État, ministre des Hydrocarbures, Mohamed Arkab, à adopter une approche pragmatique dans l’application du règlement sur le méthane. Il reflète, selon lui, la « prise de conscience qu’il existe un véritable écart entre les ambitions climatiques européennes d’une part, et les capacités techniques et économiques disponibles chez de nombreux producteurs d’autre part ». Il ajoute que « la pleine conformité aux nouvelles normes européennes exige des systèmes sophistiqués pour surveiller, mesurer, rapporter et vérifier en permanence et avec précision les émissions de méthane.
Elle nécessite également des investissements importants dans la numérisation, les capteurs, les technologies de détection des fuites et la modernisation des installations énergétiques existantes». 

La transition a besoin de temps
« Pour l’Algérie, et malgré les efforts déployés par Sonatrach pour réduire les émissions et améliorer la performance environnementale, la transition vers la pleine conformité à ces exigences représente un parcours technique et d’investissement complexe qui nécessite du temps, des ressources, le transfert de technologies et d’expertises.
C’est une réalité qui ne concerne pas seulement l’Algérie, mais un grand nombre de pays producteurs de gaz dans le monde », souligne-t-il. Il décrit le défi qu’affronte Sonatrach qui se trouve aujourd’hui «face à une équation délicate qui combine la nécessité de maintenir la compétitivité des exportations de gaz vers les marchés européens d’une part, et de répondre aux nouvelles exigences environnementales d’autre part ». Il rappelle que « l’Europe représente l’un des marchés stratégiques les plus importants pour le gaz algérien, mais l’accès continu à ce marché, à l’avenir, sera de plus en plus lié à la capacité de prouver de faibles niveaux d’émissions de méthane grâce à des systèmes de surveillance et d’évaluation sophistiqués.
Cela oblige l’entreprise à accélérer les programmes de modernisation environnementale et numérique et à renforcer la coopération internationale dans le domaine des technologies propres ». Hadef expose la position de l’Algérie : « le succès de cette transition nécessite un véritable partenariat entre producteurs et consommateurs, basé sur le partage des charges et la fourniture de mécanismes de financement et de transfert de connaissances, plutôt que l’imposition d’obligations unilatérales qui pourraient se transformer en obstacles commerciaux indirects ». « Au fond, le débat autour du règlement européen sur le méthane révèle un défi plus grand auquel le monde est confronté aujourd’hui, à savoir comment concilier les exigences de la lutte contre le changement climatique avec la garantie de la sécurité des approvisionnements énergétiques et la continuité du développement économique », fait-il remarquer.  « De ce point de vue, l’alliance dans laquelle l’Algérie est engagée avec un certain nombre de grands producteurs ne représente pas une confrontation avec l’Europe, mais plutôt une tentative de rééquilibrer le débat international sur la transition énergétique », ajoute-t-il.

Adopter une approche pragmatique
Pour Hadef, « le succès des politiques climatiques mondiales ne se mesure pas seulement à la rigueur des lois, mais aussi à leur capacité à prendre en compte la réalité économique et technique des différentes parties et à garantir une transition juste et inclusive qui ne laisse aucun partenaire en dehors de l’équation ». Il conclut en expliquant que :1/ « les récentes positions de l’Algérie concernant le règlement européen sur le méthane révèlent une approche qui combine l’engagement envers les objectifs de durabilité et la préservation des intérêts économiques et stratégiques nationaux »,
2/ « l’alliance avec les grands producteurs confirme également que l’avenir des relations énergétiques entre les deux rives de la Méditerranée ne sera pas déterminé uniquement par des critères environnementaux, mais aussi par la capacité à construire un nouvel équilibre entre l’ambition climatique et le réalisme économique ». Hadef estime que « l’appel au pragmatisme lancé par le ministre, Mohamed Arkab, semble être l’expression d’une vision qui cherche à faire de la transition énergétique un processus coopératif et inclusif, et non une source d’élargissement des fossés entre producteurs et consommateurs ».
M. R.

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