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ABDELMADJID ATTAR, MINISTRE DE L’ÉNERGIE : « L’Algérie a besoin d’un prix d’au moins 60 dollars le baril »

Enfant de la Compagnie nationale Sonatrach depuis les années 70, parfaite maîtrise de son domaine pour lequel le secteur n’a plus de secret, le ministre de l’Energie, Abdelmadjid Attar était, hier, l’invité de l’émission Le Soir d’Algérie- direct (LSA), de Hakim Laâlam, où il a été question de faire le point sur le secteur le plus actif, entre situation actuelle et perspective, dans un pays où la dépendance aux hydrocarbures s’élève à 98%.

Abordant la question de la fluctuation des prix du pétrole, cédé hier à un peu plus de 46 dollars le baril, l’ancien responsable du géant Sonatrach de 1997 à 2000, a donné les estimations des prix de ventre du baril pouvant aider à amorcer le développement caressé.
« Le pays a besoin d’un prix d’au moin 60 dollars le baril pour au moins une durée de deux ans, associé à tous les efforts qui sont faits, par ailleurs, dans les autres secteurs, notamment l’agriculture, l’investissement, l’énergie pour une production de valeur créatrice de l’emploi pour pouvoir sauver le pays, loin de la culture de la rente », a déclaré à ce sujet, l’hôte du LSA.
« Il est impératif de faire baisser la rente de 20%, comme souhaité par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, pour la ramener d’une dépendance actuelle aux hydrocarbures oscillant dans les 98% à au moins 80% pour faire de la valeur dans les autres créneaux à l’instar de l’agriculture, l’industrie et les services », a ajouté le ministre Attar, affirmant que le secteur est toujours confronté, à l’instar, des autres créneaux d’activités à l’absence des textes d’application qui doivent accompagner les lois adoptées.

Les textes d’application, une priorité pour le secteur
« La loi 19/13 votée l’année passée n’est pas encore mise en application. Autrement dit, la loi est prête mais 43 textes d’application ne le sont pas encore, alors que ça fait 10 mois déjà et aucun texte n’a été publié pour le moment. Ce qui constitue une tare en matière de gestion », a regretté l’ancien patron de la division exploration à la Sonatrach de 1986 à 1997.
Le ministre ne désespère pas pour autant de pouvoir redresser la balance pour donner plus de souplesse au fonctionnement du secteur pivot du pays.
Il dira, dans cette optique : « depuis que je suis ministre, j’ai fait de ces textes une et pour lesquels j’ai mis en place un groupe ou un Comité de pilotage de plus de 40 cadres, mais presque en isolement, qui travaillent en continu depuis un mois pour la mise en œuvre de ces textes d’application. Et rien que pour aujourd’hui (hier : Ndlr), a-t-il fait savoir, « il y a plus de 60 personnes (cadres) en réunion au siège de Naftal et de la Sonatrach se penchent sur ces mêmes textes ».
Revenant au dossier épineux du projet d’exploitation du gaz de schiste qui avait fait couler beaucoup d’encre et surtout suscité une vague de mécontentent national et non seulement chez les gens du sud du pays, le ministre s’est prêté volontiers à répondre à la question à cœur ouvert et surtout sans détour.
Le gaz de schiste n’« est pas une rente », mais « un appoint » pour la sécurité énergétique
« On est en train de trop fabuler dessus », a jugé l’intervenant, soulignant que « la sécurité énergétique est la préoccupation majeure de tous les pays à travers le monde » avant de sombrer dans la définition de ce qui est entendu par la sécurité énergétique pour mieux cerner le sujet.
La sécurité énergétique, a-t-il expliqué, c’est de disposer de « l’énergie nécessaire au développement, qui est l’électricité qui vient à la fois des ressources non renouvelables telles que les hydrocarbures et aussi les nouvelles ressources renouvelables dans le futur notamment l’hydrogène, l’hélium ou autres.
«  Aujourd’hui nous avons des hydrocarbures à raison de 2.7 milliards de tonnes d’hydrocarbures liquides, y compris le condensat ((En pétrologie : C’est le mélange d’hydrocarbures liquides et gazeux dans un gisement de pétrole) et le GPL. Comme nous avons aussi 2500 milliards de mètres cubes de réserve au sous-sol qui est prouvée et qui va être produite dans les années à venir », a détaillé en langage des chiffres le premier responsable du département de l’Énergie lequel joue le rôle de la seule vache laitière du pays, précisant, toutefois, que tout cela reste insuffisant avant de revenir à la question initiale relative à l’exploitation du gaz de schiste.
« C’est vrai qu’il y a des ressources et des réserves certaines en gaz de schiste dans notre pays », a-t-il dit, précisant comme pour lever l’amalgame et couper court aux mauvaises langues que « la Sonatrach aujourd’hui est seulement dans l’évaluation du potentiel par précaution ».
Dans dix (10) ans, soit en 2030, a enchaîné le ministre, « nous ne sommes pas sûr de pouvoir assurer notre transition économique d’où la nécessité de ces évaluations et études en amont pour connaître le potentiel de nos ressources en général ».
Cependant le ministre met temporairement le dossier du gaz de schiste dans le terroir, mais ne fait pas de lui un projet mort et enterré pour ainsi dire, en assurant qu’au besoin si jamais d’ici 2030 « nous constatons un déséquilibre entre les énergies renouvelables, économie énergétique ou nouvelles énergies en général à ce moment-là on peut aller à l’exploitation du gaz de schiste. Et de clore le sujet en affirmant que « le gaz de schiste n’est pas une rente mais un appoint pour la sécurité énergétique et ce au-delà de 10 ans ».

Les pertes de la Sonelgaz absorbées par le trésor public
S’agissant de l’entreprise publique Sonelgaz, l’invité du LSA a indiqué que les prix adoptés en Algérie en électricité et gaz, ne représentent même pas les 20% de ceux pratiqués ailleurs, précisant qu’ils (gaz et électricité) sont vendus à perte en Algérie, dont les préjudices occasionnés pour l’entreprise sont bien sûr absorbés par le Trésor public sinon elle est déficitaire.
Mais fallait-il pour autant rester à tourner les pouces et à contempler le désastre ? Non.
Le ministre a révélé un projet de révision des tarifs d’ici peut être la fin de l’année. Il a tenu à préciser, dans ce registre, que la révision des prix de consommation ne concerne pas le domestique (le ménages) mais seulement les autres consommateurs qui devraient payer l’électricité et le gaz beaucoup plus cher que le prix actuel, en citant en exemple les complexes touristiques qui au-delà d’une certaine tranche, les tarifs doivent augmenter. Questionné sur l’ancien chef du département de l’Energie Chakib Khellil, dans le cadre de ce qui est connu sous le nom de l’affaire Sonatrach 1 et 2, le ministre Attar a assuré que le dossier est entre les mains de la justice, dont il évite de se mêler au risque de dire des choses qui peuvent gêner le travail des autorités compétentes en charge de l’affaire, pour reprendre ses propres propos à ce sujet.
Attar a toutefois, reconnu que la crédibilité et la transparence dans la gestion des affaires du pays est extrêmement essentielle en traduisant sur le terrain toutes les promesses faites dans le cadre de la nouvelle Algérie.

Remettre Sonatrach dans ses missions initiales
Le ministre a conclu son intervention par une plaidoirie en faveur du retour de la Sonatrach à ses missions initiales qui sont : l’exploration, la production, le transport, la commercialisation et la transformation en pétrochimie et autres et de se débarrasser de certaines activités qui ne sont pas les siennes, mais dont elle supporte les charges, en citant le financement des 11 stations d’épuration de l’eau de mer qui pourtant devraient relever du ministère des Ressources en eau, ou le sport entre autres pour se consacrer à ce qui relève seulement de son domaine de compétence.
Brahim Oubellil