OBJET D’UNE CONFERENCE A LEIPZIG : Les méfaits de la double colonisation espagnole et sahraouie 

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L’association Atsiuok, en collaboration avec l’université populaire de Leipzig, en Allemagne, a organisé une conférence consacrée au Sahara occidental, au colonialisme, aux droits humains et à la responsabilité internationale. 

La rencontre s’est ouverte par une intervention de Mohamed Aba Dakhil, représentant sahraoui dans les régions de Saxe et de Bavière. Après avoir souhaité la bienvenue aux participants, il a évoqué les conséquences du colonialisme, qui continuent, selon lui, de se manifester dans les domaines politique, économique et social. Il a rappelé qu’à la fin de la présence coloniale espagnole en 1975, le processus de décolonisation du Sahara occidental n’avait pas été mené à son terme. Il a affirmé que l’occupation marocaine d’une grande partie du territoire avait empêché, jusqu’à aujourd’hui, le peuple sahraoui d’exercer son droit à l’autodétermination, consacré par le droit international. L’intervenant a également pointé les relations économiques entretenues par des entreprises européennes, notamment allemandes, avec le Maroc, estimant que certains investissements contribuent au maintien de l’occupation dans le territoire. Il a par ailleurs souligné que la persistance des structures coloniales ne se limite pas à des espaces géographiques, mais influe aussi sur la transmission de l’histoire, la production des connaissances et la représentation des relations sociales. Le représentant sahraoui a également abordé les travaux de la quatrième commission des Nations unies chargée des questions de décolonisation et des territoires non autonomes, ainsi que son soutien au droit du peuple sahraoui à l’autodétermination. Il a évoqué le projet initial de résolution présenté par les États-Unis aux membres du Conseil de sécurité sur le Sahara occidental et la position du Front Polisario, réaffirmant que le droit à l’autodétermination demeure un droit fondamental garanti par les textes et les instruments internationaux.

Histoire, ressources naturelles et responsabilité internationale

Le diplomate sahraoui Ibrahim Mokhtar est intervenu à distance pour retracer l’histoire du Sahara occidental, revenir sur la lutte de libération sahraouie et évoquer le rôle de la résistance populaire contre le colonialisme. Son intervention a également porté sur les circonstances de la proclamation de la République arabe sahraouie démocratique, la bataille diplomatique menée pour son admission au sein de l’Organisation de l’unité africaine et sa place actuelle au sein de l’Union africaine. Il a abordé plusieurs dimensions de la lutte sahraouie, notamment la lutte armée, l’action diplomatique, la défense des droits humains, la question des ressources naturelles et le plan de règlement des Nations unies. Il a enfin expliqué aux participants comment faire connaître la question sahraouie et soutenir ce qu’il a présenté comme une cause juste, dont le peuple attend toujours de pouvoir exercer son droit à l’autodétermination et accéder à la liberté. La chercheuse en sociologie et en anthropologie Maya Cevik a, pour sa part, analysé la manière dont les cartes, les terminologies et les discours politiques façonnent la connaissance du Sahara occidental et influencent sa représentation. Kord Boymann, étudiant à l’université de Francfort et spécialiste de la question des ressources naturelles au Sahara occidental, a évoqué les projets menés par des entreprises étrangères dans les territoires occupés. Il a dénoncé des investissements qu’il considère comme illégaux et qui, selon lui, contribuent à soutenir l’occupation marocaine au détriment des droits du peuple sahraoui. De son côté, Neumann, représentant de l’association Atsiuok, a abordé les investissements réalisés notamment par des entreprises allemandes dans les territoires occupés du Sahara occidental. Il a également évoqué l’arrêt de la Cour de justice de l’Union européenne du 4 octobre 2024. D’autres universitaires et chercheurs ont pris part aux échanges autour de la question sahraouie et de l’héritage colonial dans le territoire.

Un éclairage sur la mémoire et la société sahraouies

La conférence a coïncidé avec l’ouverture d’une exposition photographique d’une semaine intitulée « Sahara occidental : une perspective postcoloniale », consacrée aux origines historiques de la question sahraouie et à ses évolutions politiques actuelles. La rencontre s’est achevée par la projection d’un documentaire sur les femmes sahraouies vivant dans les territoires occupés, mettant en lumière les violences et les mauvais traitements qu’elles subiraient de la part des forces de répression marocaines. Le film a également abordé la question de l’identité sahraouie et le rôle social et politique des femmes. Les différentes interventions ont ouvert un espace de discussion entre les participants et le public, dans le but de renforcer la sensibilisation à la question du Sahara occidental occupé et aux souffrances de sa population, après cinq décennies de conflit et de décolonisation inachevée.

M.Seghilani