La réhabilitation de l’hôtel Safir, ex-Aletti, et la valorisation de la salle El-Mouggar ravivent la mémoire d’une capitale dont les lieux de vie, de culture et de rencontres ont marqué plusieurs générations. Au-delà de la modernisation des infrastructures, l’enjeu est aussi de préserver un patrimoine chargé d’histoire, associé à de grandes personnalités algériennes et internationales. La capitale algérienne s’apprête à redonner une nouvelle jeunesse à l’un de ses établissements hôteliers les plus emblématiques. L’hôtel Safir, anciennement connu sous le nom d’Aletti, fait actuellement l’objet d’une opération de réhabilitation et de modernisation destinée à lui restituer son prestige et à renforcer son attractivité touristique. Mais derrière ce chantier se dessine également une ambition patrimoniale : celle de renouer avec l’histoire d’Alger et avec les lieux qui ont façonné sa mémoire collective. La ministre du Tourisme et de l’Artisanat, Houria Meddahi, a effectué, mercredi, une visite d’inspection à l’hôtel Safir, à Alger, afin de s’enquérir de l’état d’avancement des travaux, selon un communiqué du ministère. Cette visite s’inscrit dans le cadre du suivi du programme de réhabilitation et de modernisation des établissements hôteliers publics. En présence du bureau d’études et des entreprises chargées de la réalisation, la ministre a inspecté les différents espaces et suites de l’établissement. Le chantier enregistre une avancée notable, permettant notamment d’entamer la phase d’équipement et d’ameublement de certaines suites, ainsi que l’aménagement des 137 chambres. Meddahi a insisté sur la nécessité de respecter les délais contractuels, tout en accélérant le rythme des travaux grâce à l’adoption du système de travail en rotation 3×8.
Elle a également appelé à assurer un suivi quotidien du chantier et à veiller au respect des normes de qualité, des exigences esthétiques et des standards hôteliers de haut standing, à la hauteur du prestige de cet établissement.
Le Safir, héritier de la mémoire de l’ancien Aletti
Sous son ancienne appellation d’Aletti, l’établissement a marqué la vie mondaine et culturelle d’Alger, accueillant des voyageurs et des personnalités de différents horizons. L’hôtel demeure associé au souvenir de nombreuses figures du monde artistique, culturel et politique, parmi lesquelles Georges Moustaki, El-Badji, Rouiched, Keltoum, El-Anka, Dahmane El-Harrachi, Guerouabi, Eugenio Bennato, Houria Aïchi, Charlie Chaplin, Nelson Mandela et Charles Aznavour.
Ces personnalités, qui auraient séjourné à l’ancien Aletti, illustrent la dimension historique et symbolique que revêt cet établissement dans la mémoire de la capitale. Au fil des époques, les grands hôtels ont constitué des espaces de rencontres et d’échanges, au croisement des univers politiques, artistiques, intellectuels et culturels. La réhabilitation du Safir représente ainsi une occasion de conjuguer rénovation architecturale, montée en gamme de l’offre touristique et transmission de la mémoire.
El-Mouggar, une autre mémoire vivante d’Alger
Cette réflexion sur le patrimoine algérois conduit naturellement à évoquer un autre lieu emblématique : la salle El-Mouggar. Espace cinématographique et culturel, elle occupe une place importante dans l’histoire des loisirs, de la création artistique et de la vie culturelle de la capitale. À l’instar des grandes salles de cinéma et de spectacle qui ont longtemps animé le centre d’Alger, El-Mouggar a constitué un lieu de rassemblement populaire, où les films, les manifestations culturelles et les rencontres artistiques ont contribué à nourrir l’imaginaire de plusieurs générations. Ces espaces ne se limitaient pas à la projection d’œuvres cinématographiques : ils participaient à la circulation des idées, à la découverte de nouveaux horizons et à la construction d’une culture partagée. La mémoire de ces salles est aussi celle des artistes, des comédiens, des réalisateurs, des musiciens et des techniciens qui ont marqué la scène nationale. Parmi les figures qui ont contribué au rayonnement de la culture algérienne, le comédien et homme de théâtre Ahmed Aggoumi demeure une référence pour son parcours et son apport au théâtre et au cinéma algériens. Sa mémoire, comme celle de nombreuses autres personnalités aujourd’hui disparues, rappelle l’importance de préserver les lieux qui ont accompagné la vie artistique du pays.
Ania N.








