Le politologue Mehdi Boukaouma a livré, hier, une lecture dense et éclairante de l’héritage laissé par l’ancien président de la République, le moudjahid Liamine Zeroual, dont la disparition ravive une mémoire collective marquée par l’épreuve, mais aussi par la dignité et le sens de l’État. Intervenant dans l’émission « L’invité du jour » de la Chaîne 3 de la Radio algérienne, le politologue Mehdi Boukaouma a indiqué que « Liamine Zeroual est bien plus qu’un ancien président. Il est un symbole du patriotisme algérien dans un moment critique de notre histoire contemporaine », rappelant que « l’homme a été au rendez-vous de l’histoire, à une époque où l’Algérie faisait face à une crise multidimensionnelle, mêlant enjeux sécuritaires, politiques, économiques et sociaux ». Il rappellera qu’entre 1994 et 1999, en pleine décennie noire, « Liamine Zeroual a assumé la responsabilité de diriger un pays fragilisé par le terrorisme et l’instabilité institutionnelle. Son action s’est distinguée par une double approche, à la fois sécuritaire et politique.
D’un côté, il a renforcé la lutte contre le terrorisme en s’appuyant sur les forces de sécurité et l’Armée nationale populaire, dont il était issu et qu’il connaissait parfaitement. De l’autre, il a initié un processus politique visant à restaurer le dialogue et à ouvrir la voie à une sortie de crise durable». M.Boukaouma a souligné que « cette stratégie combinée a permis de poser les bases d’une transition démocratique progressive ». « Il a été l’initiateur d’une approche globale, comprenant la loi de la Rahma, les premières étapes de la concorde civile et la réhabilitation du dialogue politique », explique-t-il, estimant que « cette démarche, aujourd’hui étudiée à l’international, a permis à l’Algérie de devenir un cas d’école dans la gestion du terrorisme et des crises internes, bien avant que ce phénomène ne prenne une ampleur mondiale après les attentats du début des années 2000».
« Un visionnaire moderne »
Le politologue a insisté, dans ce cadre, sur le rôle de Zeroual dans « la restauration des institutions de l’État », affirmant que « dans un contexte marqué par leur affaiblissement, il a œuvré à leur reconstruction en organisant des élections pluralistes et en introduisant, dans la Constitution de 1996, des principes fondamentaux tels que la limitation des mandats présidentiels». « C’était une vision moderne et responsable du pouvoir, fondée sur l’idée de l’État et non sur celle de domination personnelle », a précisé M. Boukaouma. Au-delà de ses réalisations politiques, « Liamine Zeroual laisse l’image d’un homme humble, profondément attaché aux valeurs de souveraineté et de non-ingérence.
Ces principes, devenus aujourd’hui des piliers de la diplomatie algérienne, ont été défendus avec fermeté durant son mandat, à une époque où le pays subissait pressions et tentatives d’isolement sur la scène internationale. Il a su, malgré cela, rétablir la place de l’Algérie dans les relations internationales et rassurer ses partenaires stratégiques», a souligné l’invité de la chaîne 3.
« Un homme d’État et non de pouvoir »
Du reste, il dira que sa décision d’écourter son mandat en organisant une élection présidentielle anticipée en 1999 reste l’un « des actes les plus marquants de son parcours ». «C’est la preuve qu’il était un homme d’État et non un homme de pouvoir », a conclu Mehdi Boukaouma, soulignant « la portée démocratique de ce geste rare. Liamine Zeroual quitte ainsi l’histoire comme un dirigeant qui, dans l’adversité, a su privilégier l’intérêt supérieur de la nation et ouvrir la voie à une Algérie apaisée ».
L. Zeggane













































