Marche hirak

37e VENDREDI DE MOBILISATION ET CÉLÉBRATION DU 1ER NOVEMBRE : «Une journée décisive», selon la société civile

L’Algérie se prépare à l’organisation demain de son 37e vendredi de marche populaire pacifique, qui coïncide avec la célébration de la date historique du 1er Novembre 1954 symbolisant le déclenchement de la Guerre de libération nationale. Pour des représentants de la société civile, cette journée sera «décisive», car le peuple qui s’est réapproprié son histoire depuis le 22 février 2019, « réitérera son attachement à ses revendications légitimes dont le départ du systeme en place, mais surtout le passage vers une véritable République».

Noureddine Benissad, président de la LADDH : «Nous constatons, d’abord, que la mobilisation est restée la même depuis le début, et les revendications populaires n’ont pas changé. À l’approche des élections, cette mobilisation s’accentue, car le peuple refuse d’aller vers des élections organisées par les symboles du régime qui ont mis ce pays à genou. Le vendredi prochain (demain, ndlr) sera l’occasion, en effet, de réitérer ces revendications, mais aussi pour soutenir les détenus d’opinions dont le nombre est arrivé à 200. Il faut dire à ce propos, que ces gens là sont en prison pour avoir exprimé leur opinion pacifiquement, alors que les textes fondamentaux consacrent la liberté de s’exprimer, de manifester, de s’organiser, de se réunir, et de circuler, et c’est le déni de toutes ces libertés qui a amené le 22 février. Pour moi, l’après 1er Novembre sera un nouvel élan pour impulser encore plus le mouvement populaire. À mon avis même s’il y aura les élections, les Algériens ne vont pas s’arrêter car le hirak se projette aussi sur l’après 12 décembre pour que le peuple puisse décider de son avenir, instaurer ses institutions démocratiques, récupérer sa souveraineté populaire et passer à une véritable République.»

Zoudiba Assoul, présidente du parti politique UCP : « Nous sommes à la veille de la célébration du premier novembre, je lance un appel à tous les citoyennes et les citoyens algériens pour sortir en masse dans toutes les villes et coins du pays pour se réapproprier, en premier lieu, cet événement, et ensuite organiser une marche grandiose en guise de referendum pour dire non aux élections du 12 décembre. À travers la célébration de cette date historique de 1954, en cette année 2019, il faut qu’il y ait une connexion entre le passé et le présent pour qu’on puisse construire le futur.»

Boualem Amoura, syndicaliste : «Depuis le 22 février les revendications légitimes du peuple n’ont pas été satisfaites, c’est pour cette raison qu’il prévoit une grande manifestation demain le 1er Novembre, car cette date est très symbolique. Ça sera donc un autre premier novembre, mais pacifique. Pour ce qui est de la répression des manifestants, je dirais que même si les deux dernières marches (vendredi et mardi) se sont déroulées sans arrestations, reste que les autorités sont imprévisibles. Quelque soit leur intention, toutefois, nous devons rester pacifique, comme c’est le cas depuis le début du mouvement».

Smaïl Lalmas, économiste : «Nous sommes à la veille du 37e vendredi, qui coïncide avec une date historique qui symbolise le jour du soulèvement du peuple algérien contre le colonialisme français. 57 ans après l’indépendance, le peuple exprime à travers une révolution pacifique, entamée le 22 février, sa colère contre les décideurs et compte aller jusqu’au bout pour changer, en effet, la gestion politique du pays et atteindre ses objectifs légitimes dont un avenir meilleur. Le 1er Novembre sera donc une date décisive, reste au pouvoir maintenant d’écouter ce peuple, l’accompagner et comprendre que le changement est inévitable, que les élections sont rejetées. Pour sortir de cette crise, il faut écouter ce peuple, aller vers des négociations, une nouvelle approche, et tenter de trouver une solution consensuelle. Une période de transition s’impose, mais qu’elle ne soit pas dirigée par le pouvoir, mais plutôt par une équipe qui fait l’unanimité au milieu du peuple, ce qui permettra certainement un passage vers la légitimité».
Propos recueillis par Ania Nait Chalal