Des médias nationaux ont donné, hier, une information trop brièvement pour être comprise par le plus grand nombre. Ils ont relayé le lancement, par Algérie-poste, d’un nouveau service qui permet aux entreprises et aux commerçants de faire leurs transactions financières, non plus en espèces mais simplement par carte numérique. Avec des titres accrocheurs comme « zéro cash » accolé à « Algérie-poste » et « CCP » où sont versés pratiquement tous les salaires du pays et notamment les pensions de retraites, l’inquiétude populaire est garantie. Pour ceux qui suivent l’actualité à travers le monde, il y a effectivement la Suède qui ne consacre plus que très peu de transactions financières en liquide. Le reste s’opère par cartes et paiements mobiles. Précurseur du déclin du paiement « cash », ce pays n’a pas pour autant atteint le « zéro cash ». Les mots ont un sens. Ce qui revient à dire que le « zéro cash » n’existe dans aucun pays de la planète. Y compris l’Algérie. Ou plutôt « surtout » ! Pourquoi ? Pour plusieurs raisons. À commencer par le nombre important de la population pour qui le monde, informatique et digital, leur est étranger. Un nombre à catégoriser en génération. Si des exceptions existent, elles ne sont pas la règle. L’autre obstacle est marqué par la résistance au paiement électronique, de certains commerçants et même de certains guichets de l’administration (ex : Sonelgaz, Algérie-télécom). L’obligation légale en vigueur est contournée par le fallacieux motif : «Pas de réseau ! ». Le même alibi que les guichets de retraits des CCP d’avant l’introduction des distributeurs automatiques. Les commerçants sont allergiques à la traçabilité tandis que les guichets de la bureaucratie se mettent en mode « instinct de survie ». Et enfin, il y a les petits achats de la vie quotidienne (acheter son journal, un timbre, prendre un petit café noir, …etc). Ceci étant, la digitalisation, dans les moyens de paiements, nécessite une période d’adaptation à plusieurs étapes. Ce n’est qu’une fois la simplification de la numérisation des différentes formalités administratives, réussie, que celle de la monnaie fiduciaire pourra plus facilement être adoptable. En veillant à contrer les intentions malveillantes de la bureaucratie. L’annonce d’Algérie-poste, telle que présentée, prête à confusion pour les citoyens lambda. Alors qu’elle ne concerne que les entreprises et les commerçants. Les retraités et toutes celles qui, comme ces femmes au foyer qui sont aidées pour commercialiser leurs produits et ont des difficultés à se familiariser avec le monde numérique, ne devraient pas s’inquiéter. La mesure ne les concerne pas. Algérie-poste n’est ni la Banque centrale ni le ministère des Finances. Le jour où notre pays devra passer au « zéro cash », il faudra prévoir l’équivalent des écrivains publics qui ont existé pour les écritures de ceux qui ne savent pas lire. Sauf que, s’agissant d’argent, les prédateurs ne manqueront pas. Ce qui rend le choix des assistants difficile. Le « zéro cash » n’est pas une mince affaire !
Zouhir Mebarki









































