Elections

UNE PRÉSIDENTIELLE LE 12 DÉCEMBRE POUR CONSACRER LA VOLONTÉ POPULAIRE : Aux urnes, citoyens !

Avec la convocation du corps électoral pour élire un nouveau président de la République, le 12 décembre prochain, l’Algérie aura retrouvé la légalité constitutionnelle qui permettra à ses institutions de retrouver leur fonctionnement normal.

Hormis l’Armée nationale populaire qui se tient debout comme lors de chaque période creuse et charnière traversée par le pays, le cadre constitutionnel fait défaut à tous les démembrements de l’État, depuis notamment la crise politique née de l’avènement du Hirak du 22 février dernier. En d’autres termes, le danger du vide constitutionnel sur lequel met en garde le commandement de l’ANP, l’élection présidentielle maintenant fixée, s’écartera du chemin et les manœuvres des adeptes du chaos programmé iront avec.
Dimanche soir, dans un discours adressé directement au peuple algérien, le chef de l’État, Abdelkader Bensalah, a pris ses responsabilités morales et constitutionnelles d’annoncer la date de l’élection présidentielle, ainsi fixée pour le 12 décembre prochain.
Mais avant d’appeler les Algériens à se rendre aux urnes pour élire démocratiquement leur Président, loin de toute cooptation ou influence de la bande et ses relais, comme garantie donnée par l’institution militaire, c’est toute la machine électorale qui s’est mise en branle. Alors qu’elle était d’une allure timide, une énième mise en garde du commandement de l’ANP sur l’impératif de respecter les délais constitutionnels de l’échéance présidentielle aura suffi pour que le processus électoral retrouve du rythme.
En 4e R.M, à Ouargla, le 2 septembre dernier, le Chef d’état-major de l’ANP, Ahmed Gaïd Salah, a mis fin aux tergiversations en suggérant au chef de l’État la date du 15 septembre pour annoncer l’échéance présidentielle. Auparavant, le commandement de l’ANP n’a cessé d’appeler à l’urgence d’instituer l’autorité d’organisation des élections. C’est dire que les motifs de l’institution militaire tiennent sur des arguments solides pour appeler à la tenue d’une élection du reste comme mission constitutionnelle à laquelle elle s’est astreinte depuis le début de la crise politique. Lorsqu’encore l’ANP s’est engagée à l’accompagnement du peuple dans ses revendications et a donné des garanties à l’appareil judiciaire de mener à bien sa mission de lutter contre les auteurs coupables d’actes de corruption et de détournement de l’argent public. La semaine qui a suivi le message de Gaïd Salah, d’ailleurs, a été chargée pour le Panel de médiation et de dialogue coordonné par Karim Younès. Ce dernier, après avoir rendu public le bilan de sa mission, entamée le 25 juillet, a remis le rapport de ses conclusions au chef de l’État. Un résultat de plusieurs rencontres avec différentés chefs de partis politiques, de la société civile et des personnalités nationales qui s’est soldé par des propositions concrètes concernant l’élection présidentielle. Et si Karim Younès en est arrivé là, c’est que la majorité des parties qu’il a rencontré étaient favorables à l’idée d’aller vers une élection présidentielle, dans les plus brefs délais, comme sortie de crise imposée par deux facteurs de conjoncture majeurs : l’économie et la diplomatie.
Dans cette reconfiguration politique, bien entendu, il y a des parties favorables comme d’autres voix opposantes au processus présidentiel. Pour le premier, les Forces du changement regroupées autour l’ex-ministre de la Communication Abdelaziz Rahabi, pour ne citer que les deux prétendants, non moins ambitiieux, Abderrezak Makri (MSP) et Ali Benflis (Talaie El Hourriyat), plaident en effet d’aller vers des élections présidentielles comme solution de sortie de crise. L’autre pôle représenté par sept partis et la LADDH, structuré dans le Pacte pour l’alternative démocratique appelle à une transition passée par un processus constituant. Autrement, ce pôle rejette catégoriquement la tenue d’une présidentielle, du moins telle que le climat se présente aujourd’hui.
Intervenant hier, sur les ondes de la chaine 3 de la Radio nationale, Ammar Belhimer, président de la commission politique du Panel, reste optimiste quant à la participation des Algériens au prochain scrutin. Mais, faut-il encore qu’il y ait des candidats de «qualité». Autrement dit, «Si vous avez des candidats crédibles, porteurs de programmes, de projets, d’espoir et d’avenir, les électeurs seront naturellement nombreux à aller aux urnes», suggère le porteur d’eau du Panel. Quoiqu’il reste fort attaché à la présidentielle comme solution exclusive à la crise, Belhimer plaide toutefois pour le départ du gouvernement Bedoui, voire même satisfaire d’autres mesures d’apaisement telle la libération des détenus d’opinion à l’effet de convaincre les Algériens d’aller voter le jour «J».
La semaine dernière, deux projets de loi portant amendement du régime électoral et institution de l’Autorité nationale indépendante des élections (ANIE) ont été débattus avant qu’ils ne soient approuvés par le Parlement national dans ses deux chambres. Début de cette semaine, le chef de l’État a signé un décret portant création de cette Autorité, composée de 50 membres, dont son président Mohamed Charfi a été plébiscité à sa tête. Ex-ministre de la Justice, Charfi a é été reçu le jour même de sa prise de fonction à la tête de l’ANIE par Bensalah, auquel il a tenu des garanties de doter cette Autorité de tous les moyens de l’État pour accomplir sa mission. Une mission qui n’est pas des moindres, puisqu’elle porte sur l’organisation du processus électoral d’une élection présidentielle «honnête et transparente».
À présent, il reste à surveiller l’évolution du mouvement populaire comme le lait sur le feu tant les Algériens continuent à sortir chaque vendredi pour demander d’aller vers un changement plus profond qu’il ne faudrait restreindre dans un processus électoral. Face à cela, le pouvoir oppose une fin de non recevoir à toute solution allant dans le sens de remettre en cause les institutions de l’État et ses fondements républicains. En attendant, le rendez-vous décisif sur l’avenir de l’Algérie est donné pour le 12 décembre prochain.
Farouk Bellili