Accueil LA CHRONIQUE DU JEUDI Un reporter dans la foule : Réseaux sociaux et véto des États 

Un reporter dans la foule : Réseaux sociaux et véto des États 

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De plus en plus de pays- et non des moindres- interdisent à leurs adolescents l’accès aux réseaux sociaux. Si l’Australie est considérée comme étant le premier pays à avoir interdit, le 10 décembre 2025, l’accès des réseaux sociaux aux moins de 15 ans, la Chine, elle, a carrément bloqué tous les réseaux sociaux occidentaux sur son territoire et pour tout le monde. Pas de Facebook, ni de WhatsApp, ni de Viber, ni de Snapchat, ni même de YouTube. Y compris TikTok pourtant créé en 2012 par l’entrepreneur chinois, Zhang Yiming. Seule WeChat est autorisée. Cette application combine messagerie, paiements, actualités, achats, etc. Emboitant le pas à l’Australie, les pays de l’Union européenne ont déclenché les procédures visant « à protéger la santé mentale » de leurs adolescents. Les dispositions législatives de cette protection varient en fonction des pays mais toutes aboutissent au même objectif : encadrer la diffusion des différentes applications en direction des enfants. Soit en confiant la responsabilité aux parents ou en interdisant purement et simplement l’accès aux moins de 15 ou 16 ans. Il ne s’agit pas de petits pays qui n’ont pas les moyens de filtrer les contenus de ces réseaux. Après l’Australie et la Chine, il y a l’Allemagne, le Danemark, l’Italie, l’Espagne, le Portugal, la Grèce, etc. En Asie, il y a l’Indonésie où la ministre des Communications, Meutya Hafid, a publié, vendredi dernier, un communiqué dans lequel il est spécifié que « Les comptes appartenant à des enfants de moins de 16 ans sur les plateformes à haut risque commenceront à être désactivés, à commencer par YouTube, TikTok, Facebook, Instagram, Threads, X, Bigo Live et Roblox ». Elle a ajouté « Nous prenons cette mesure pour reprendre le contrôle de l’avenir de nos enfants. Nous voulons que la technologie humanise les êtres humains et non qu’elle sacrifie nos enfants ». Ce pays a pris la décision d’interdiction à partir du 28 mars dernier, c’est-à-dire samedi dernier. Il a assuré qu’il ne laissera pas « les parents lutter seuls contre les géants des algorithmes ». Il prévoit pour cela mettre en œuvre progressivement l’interdiction « jusqu’à ce que toutes les plateformes remplissent leurs obligations de conformité ». Face à ce mouvement d’interdiction qui se répand très vite, une pétition, dont on ne sait qui en est l’instigateur ni par qui elle a été publiée, le 2 mars dernier. Elle a été reprise par plusieurs médias occidentaux. C’est sous forme de lettre ouverte que les scientifiques signataires « demandent un moratoire sur l’interdiction de l’accès aux réseaux sociaux des enfants et la vérification d’âge obligatoire…jusqu’à ce qu’un consensus scientifique se dégage sur les avantages et les risques que les technologies de vérification de l’âge peuvent apporter…Nous encourageons l’exploration de mesures alternatives, en particulier celles qui s’attaquent à la racine du problème ». Pour mieux comprendre, il faut savoir que ces interdictions touchent frontalement les intérêts des géants du web. On les appelle les GAFAM. Ils se composent de cinq grands groupes américains : Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft. Leurs bénéfices réunis représentent plusieurs centaines de milliards de dollars. En 2021, ils avaient réalisé un bénéfice de 243 milliards de dollars. Il est normal que l’interdiction en cours les prive de leurs « meilleurs » utilisateurs que sont les adolescents. Il est normal aussi qu’ils s’opposent aux interdictions qui se multiplient. C’est pourquoi, cette pétition risque d’engendrer l’effet inverse de l’objectif visé par ses initiateurs. Elle aggrave la suspicion des États plus qu’elle ne les convainc de freiner l’interdiction d’accès en cours qui vise les enfants. Au-delà de ces considérations politico-financières, se pose la question de la mise en application de l’interdiction une fois adoptée. Le meilleur moyen testé reste l’identification faciale des détenteurs de comptes personnels. Ce qui n’empêchera pas l’accès de mineurs sur un compte d’emprunt, direz-vous. Ce qui est vrai. Mais là doit intervenir la part d’implication des parents soucieux de la santé mentale de leurs enfants. Il n’est pas exclu, non plus, que des applications soient créées, dans peu de temps, pour déterminer, visuellement, qui, au moment T, utilise le réseau social. Quoiqu’il en soit et plus le débat sur cette question s’amplifie et plus la preuve de nocivité sur les enfants est établie. C’est aussi la preuve d’une menace sur les gros profits des GAFAM. Entre les deux un arbitrage s’impose !

Zouhir Mebarki

zoume600@gmail.com       

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