En attendant le dossier de Rachida Dati… « C’est un jour funeste ». C’est par ces termes que Marine Le Pen, la leader du parti français d’extrême droite (RN), a qualifié la journée de lundi dernier. La raison, pour elle, est que, ce jour-là, le tribunal correctionnel de Paris l’a condamnée à « quatre ans d’emprisonnement, dont deux fermes aménageables sous bracelet électronique (après celui de Sarkozy), à 100 000 euros d’amende, ainsi qu’à une peine d’inéligibilité de cinq ans avec exécution immédiate ». La particularité de ce verdict se trouve dans « l’inéligibilité de 5 ans avec exécution immédiate ». Ce seul point a fait bondir la condamnée mais aussi la quasi-totalité de la classe politique française, toutes tendances confondues. Pourquoi ? Pour Marine, qui a été par trois fois candidate à la présidentielle française sans succès, pensait, cette fois, la quatrième, avec un potentiel de 35% des voix, être sûre d’être élue. Le tribunal en a décidé autrement. Suite à quoi, elle a enragé. Pour l’ensemble du personnel politique, cela représente un dangereux précédent qui les menace dans leur carrière. D’où cette solidarité contre cette décision. Il faut rappeler que la corruption, les détournements de l’argent public, et d’autres affaires liées aux finances illicites, sont de plus en plus liées à l’exercice politique en France. Cahuzac, Fillon, Sarkozy, Guéant, Tron, Tapie, Mouillot, Bertrand, Médecin, Carignon, Boucheron, époux Balkany, etc. en sont de tristes exemples. Sur les faits : accusé de détournement de fonds publics sur plainte de la commission européenne qui estime le détournement causé au Parlement européen à plus de 4 millions d’euros et implique 24 accusés dont la sœur de Marine (mère de Marion Maréchal). L’enquête a duré plus de dix ans. Plus de deux mois de procès. Les juges ont suivi le réquisitoire. C’est dire la rigueur du droit qui a prévalu dans cette affaire. Au lendemain du jugement, l’affaire a été transformée en une véritable bataille politico-médiatique contre « le pouvoir des juges ». Dans cette bataille rangée, le personnel politique dans son ensemble, toutes tendances confondues, s’est mobilisé. À des degrés divers, les uns avançant masqués, tous veulent « faire sauter » la sanction « d’inéligibilité avec exécution provisoire » qui n’est pas suspensive même en interjetant appel. Cette sanction avait été adopté par le parlement dans le contexte du scandale de l’affaire de Jérôme Cahuzac, ancien ministre français du budget, condamné en 2018 pour fraude fiscale, à la prison ferme aménagée en port d’un bracelet électronique. Eric Ciotti, l’un des plus racistes d’entre eux a promis de présenter un amendement à cette loi en juin prochain. Quant à Marine Le Pen, et grâce au tohu-bohu qu’elle a provoqué, elle a fini par obtenir de la justice « un délai raisonnable » (au cours de l’été 2026) pour un arrêt de la Cour d’appel. Ce qui lui laissera assez de temps pour participer à l’élection présidentielle de 2027. Ceci dans le cas où la Cour prononcera soit la « relaxe » (ce qui est plus qu’improbable), soit en supprimant « l’inéligibilité » (ce qui n’est pas sûr). Par contre si la Cour maintient les condamnations prononcées par le tribunal (ce qui est courant) ou si elle les aggrave (ce qui n’est pas exclu), Marine Le Pen pourra faire son deuil de sa carrière politique. En 2026, la Cour pourra user de « subtilité » en supprimant « l’exécution provisoire » tout en maintenant « l’inéligibilité » tout en la réduisant (comble de la subtilité) de 5 à 2 années, l’effet sera le même : Marine ne pourra toujours pas se porter candidate à la présidentielle de 2027. C’est ce dernier cas de figure qui a le plus de chance de se produire. Tout ce jeu politico-judiciaire ne fait pas oublier que, de plus en plus, le personnel politique français est gangréné par les délits financiers. Le prochain procès pour corruption concernera, sans doute, une autre personnalité politique française en juin prochain. C’est le parquet national (français) financier qui, après enquête, a transmis le dossier (lié à l’ancien PDG de Renault qui s’est enfui du Japon, Carlos Ghosn) à la justice, concernant la ministre de la Culture, Rachida Dati. Toujours pour corruption et trafic d’influence. Au suivant… !
Zouhir Mebarki
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