Tchad : le jeu d’influence des Émirats arabes unis, d’Israël, de la France et de Haftar contre les intérêts algériens au Niger

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Les tensions entre Niamey et N’Djamena se sont exacerbées suite à une frappe de drone dans le nord du Niger. Les autorités nigériennes ont convoqué l’ambassadeur du Tchad après une attaque qui a coûté la vie à deux civils près du col de Salvador, situé au carrefour des frontières algérienne, nigérienne et libyenne. Ce corridor sert de voie de transit pour le trafic transfrontalier et les groupes terroristes.
Niamey a également accusé la France d’être impliquée dans l’attaque, après l’avoir déjà mise en cause dans la tentative de coup d’État d’août 2026. Dans ce contexte tendu, les Émirats arabes unis renforcent leur influence au Tchad par le biais d’investissements et d’une coopération sécuritaire. Abou Dhabi entretient des relations étroites avec N’Djamena et le maréchal Khalifa Haftar. Des enquêtes internationales ont également mis en évidence des itinéraires logistiques transitant par le territoire tchadien pour approvisionner les milices des Forces de soutien rapide (FSR) au Soudan. Ces réseaux illustrent l’imbrication des intérêts sécuritaires et militaires au Tchad, en Libye et au Soudan. Entre-temps, Israël cherche à renforcer ses relations avec le Tchad dans les domaines de la sécurité, du renseignement et de la coopération technique. Les discussions portent également sur l’agriculture, la santé et la gestion de l’eau. De son côté, Saddam Haftar a intensifié ses contacts avec les autorités tchadiennes en matière de coopération militaire visant à sécuriser leur frontière commune. Cette dynamique lui permet d’étendre son influence dans la région du Fezzan et de consolider son rôle dans l’équilibre des forces sécuritaires régionales.
Les forces de Haftar sont déployées dans le sud-ouest de la Libye, notamment au poste frontière d’Al-Toum, dans le triangle frontalier de Salvador et sur la base aérienne d’Al-Wigh, dans la région du Fezzan. Ce déploiement leur permet de surveiller les routes reliant la Libye au Niger et au Tchad et d’étendre leur influence dans cette zone stratégique. La base aérienne d’Al-Wigh se situe à environ 263 km à vol d’oiseau de la base de Madama. Cette proximité est un facteur important dans le contexte sécuritaire régional. Malgré le retrait de ses troupes du Tchad en janvier 2025, la France cherche à préserver sa sécurité et son influence stratégique. La reprise de la coopération en matière de défense avec N’Djamena témoigne de cette détermination. La convergence de ces intérêts fait du Tchad un enjeu stratégique où se croisent plusieurs agendas. Les Émirats arabes unis cherchent à préserver leurs réseaux régionaux, Israël à développer ses partenariats de sécurité et Haftar à consolider son emprise sur le sud de la Libye.
Ce réalignement pourrait affecter l’équilibre des pouvoirs au Sahel et les intérêts énergétiques de l’Algérie au Niger. Suite au déploiement de troupes algériennes au Niger, une vigilance particulière s’impose quant aux manœuvres et stratégies que ces trois acteurs pourraient mettre en œuvre au Tchad et dans son environnement régional.
(*) Amar Belani, diplomate et ancien ambassadeur