Depuis près de deux ans et demi, le passage de Rafah était resté fermé, suite aux événements du 7 octobre 2023 et au « Déluge de l’AlAqsa », considéré par la résistance palestinienne comme un cri de révolte contre l’occupation, le blocus et les tentatives d’effacement de la Palestine. Ce soulèvement avait été suivi par une offensive israélienne intense, décrite comme une guerre d’extermination, qui a duré plus de deux ans, faisant plus de 76 000 morts et disparus, et environ 170 000 blessés, dont 6 000 victimes d’amputations ou de paralysie. Après l’annonce du cessezle-feu par le président américain Donald Trump le 9 octobre 2025, les habitants de Ghaza ont pu enfin respirer un peu, bien que les raids israéliens n’aient pas totalement cessé et que l’occupation conserve encore le contrôle sur une grande partie du territoire. Les hôpitaux du secteur, déjà rares, ont été gravement endommagés, et des dizaines de milliers de Palestiniens attendent de pouvoir sortir pour recevoir des soins. Des Ghazaouis résidant à l’étranger espèrent également revenir sur leur terre, même ensanglantée, pour retrouver leurs proches. Le passage de Rafah, fermé par des bombardements israéliens le 10 octobre 2023 puis sous occupation effective le 7 mai 2024, était au centre de toutes les attentions. Selon l’accord de cessez-le-feu entré en vigueur le 10 octobre 2025, Israël devait rouvrir le passage, mais le pays a retardé cette mesure. La phase expérimentale de réouverture a finalement commencé le 2 février 2026, sous supervision européenne et palestinienne, mais avec des restrictions sécuritaires strictes imposées par l’entité sioniste, traduisant un contrôle de facto.
DES CHIFFRES QUI TRADUISENT LES LIMITES
Les estimations palestiniennes indiquent que 22 000 malades et blessés ont besoin de quitter Ghaza pour être soignés. Par ailleurs, environ 80 000 Palestiniens se sont inscrits pour revenir dans le territoire, démontrant la volonté de ne pas céder à la déportation malgré la destruction massive. Selon le bureau gouvernemental de Ghaza, seulement 488 personnes sur 1 800 ont pu traverser le passage en neuf jours, soit moins d’un tiers du quota prévu. Parmi elles, 275 ont quitté le secteur et 213 y sont revenues. 26 demandes de sortie vers l’Égypte ont été refusées. Les chiffres révèlent des restrictions sévères qui rendent le passage presque symbolique.
TÉMOIGNAGES D’ABUS
Le 5 février 2026, le bureau des droits de l’Homme de l’ONU a rapporté que certains passants étaient escortés par des miliciens palestiniens soutenus par l’armée israélienne vers des postes militaires israéliens, où ils subissaient menottes, bandeaux sur les yeux, fouilles, menaces et confiscation de biens. Des témoins ont également été interrogés pour savoir s’ils accepteraient de l’argent pour ne pas revenir à Ghaza ou pour travailler comme informateurs pour l’armée sioniste. Ces pratiques, selon le bureau onusien, violent le droit à la sécurité, à la dignité et à la protection contre la torture et les traitements inhumains ou dégradants, contribuant à ce qu’il qualifie de « persécution systématique ».
UNE PRESSION INTERNATIONALE DEMANDÉE
Face à ces abus, deux organisations israéliennes de défense des droits humains, Adalah et Gisha-Meslek, ont dénoncé les restrictions et intimidations comme du « déplacement forcé ». Elles ont appelé l’entité sioniste à respecter le droit international et à garantir le retour des Palestiniens à Ghaza sans conditions arbitraires. Si le passage de Rafah est officiellement rouvert, la réalité reste celle d’un point de contrôle sévèrement réglementé, transformant un espoir de liberté en frustration. Pour de nombreux Palestiniens, il s’agit moins d’un pont de passage que d’un rappel quotidien des limitations imposées par l’occupation sur la mobilité et l’accès aux soins. Le véritable test de Rafah sera de savoir s’il pourra un jour redevenir un véritable corridor humanitaire et non un outil de contrôle et de coercition.
M. Seghilani













































