Marché lycéens

QU’EN EST-IL DES ASPIRATIONS DE CEUX ET CELLES QUI SONT AU RDV DES VENDREDIS : Demain se construit aujourd’hui

Vendredi, et comme toutes les algériennes et algériens le savent, c’est le jour, depuis les premières marches citoyennes du 22 février dernier, leur rendez-vous pour se rassembler, munis des couleurs nationales et l’Algérie au coeur, à travers le pays, pour montrer encore une fois, qu’ils sont devenu, depuis près d’un mois, «l’acteur politique incontournable » comme l’a souligné, mardi dernier, le conférencier international, Mohamed Laïchoubi, pour façonner l’Algérie de demain, celle du progrès et de la modernité. D’un vendredi à un autre, depuis, le 22 février, outre la journée de mardi, devenue le RDV du monde universitaire enseignants et Étudiants, le mouvement populaire pacifique n’a cessé de prendre en ampleur et en mobilisation, à travers le pays, d’hommes, et femmes, des jeunes et des vieux, représentant l’ensemble des couches sociales du peuple algérien. Portant des rêves et des idées, dont la majorité des manifestants, l’expriment à leur manière, sur des pancartes, slogans, chansons, mot-d’ordre, déclarations aux médias, dans les débats et les réactions, l’expression « pour le changement » revient sans cesse, c’est le moteur de cette mobilisation populaire citoyenne, qui n’en finit pas de montrer, le sens et le contenu du changement, auquel ils aspirent, notamment à travers, le nettoyage des lieux de rassemblement, après le sifflet de la fin de la marche, à 17 heures piles. Qu’en est-il des aspirations de ces millions de citoyens, anonymes et d’autres plus connus, quant à l’Algérie de demain, qu’ils veulent façonner ? À l’effet de tenter de trouver réponse à cette question nous avons fait une virée, hier, à Birkhadem, Kouba, les Sources, Alger Centre, où nous avons posé cette question à des citoyens. Pour Laoufi, qui a vécu les différentes étapes qu’a connues le pays, à ce jour, natif de Birkhadem qu’il n’a pas quittée, s’en rappelle même la période ou la végétation avait sa place autant que l’homme, avec ses fermes et ses espaces verts, durant les années 60 et 70, déplorant, que depuis «le béton n’a cessé d’envahir» sa commune, pour remplacer dira-t-il «les vastes terres agricoles » dont se réjouissaient jadis les habitants de notre commune et celles avoisinantes. Celui qui prend part au rendezvous des vendredi, se rappelle, nous dit-il de la culture abondante des raisins, agrumes, légumes… et son souhait c’est de voir demain une Algérie plus «déterminée à renouer avec la valeur du travail, notamment par le travail de la terre, une richesse éternelle». Assurant que c’était « agréable de vivre ici » en évoquant les années d’avant 80, Laoufi déplore « le stress et l’angoisse » qui ont pris la place des senteurs agréables que dégageaient les fleurs et la végétation, outre la vie « conviviale » entre voisins et les visiteurs de passage par notre commune. Pour notre interlocuteur, un retraité il, espère voir l’arrêt de l’envahissement du béton dans nos villes, alors que «notre pays est vaste » outre qu’il appelle à laisser davantage de place aux espaces publics et jardins, éléments essentiels, pour l’épanouissement du citoyen et pour injecter une vie sociale dans nos communes, à l’instar des autres secteurs. L’INDIFFÉRENCE MINAIT LA VIE SOCIALE Pour, Slimane, un ouvrier dans le secteur du bâtiment, quadragénaire originaire de la wilaya de Médéa et père de trois enfants, il a réussi à décrocher un travail à Birkhadem, pour assurer nous dit-il «son gagne-pain». En raison des chantiers de maison qui poussent ici et là, Slimane se déplace d’un chantier à un autre, alors que sa ville d’origine regorge de terre agricole, attendant, un sursaut effectif, du secteur agricole. En attendant de voir le changement auquel aspirent les algériens, prendre son rythme, dans une dynamique d’ensemble et dans tous les domaines de la vie d’un peuple et d’une nation, il continue de faire des kilomètres pour demeurer à Birkhadem, les quelques semaines loin de sa famille, et parfois quelques mois selon le délai de la réalisation du projet, qui souvent dépasse l’échéancier annoncé au départ. Pour Slimane «ma vie se défile sous le poids des conditions provisoires, qui sont lamentables, pour ma famille et moi-même», ajoutant que «le plus dur c’est de vivre séparé et éloigné de ma famille.» Poursuivant, Slimane nous indique qu’il «veut seulement avoir une vie ordinaire, travailler dans des conditions acceptables, dignement, et être auprès de ma femme et mes enfants » sans me soucier tout le temps « des aléas de ce qui ne fonctionne pas, dans le pays » et de nous lancer « je viens d’un village qui comme plusieurs autres de l’intérieur, on n’y trouve pas du travail». Un récit qui renseigne amplement sur le regard que porte Slimane, sur l’Algérie de demain, qui est appelée à relever des défis majeurs, notamment en matière d’emploi, aspire à ce que cette dynamique ouvre les perspectives pour apporter des réponses concrètes en matière de travail et le respect de l’effort fourni, par le retour de la valeur du travail, dans la vie socioéconomique du pays. Pour Amina, mère de famille, guichetière dans une Agence bancaire, elle regrette de voir la dégradation des valeurs et le renversement de leur échelle, avec l’envahissement depuis deux décennies, « de la Chkara, le gain facile,» alors qu’avant, lea statut social, se décrochait par le travail et le savoir. Elle nous dit que « les moeurs se sont hélas dégradées, dans les espaces publics comme au travail et dans nos quartiers». Poursuivant, elle insiste sur «la difficulté ces dernières années, pour une femme d’être respectée, en tant que telle et en tant que citoyenne, dans nos rues et même dans le milieu du travail» Une autre ne manque pas de reconnaître que ces trois dernières semaines, depuis le 22 février dernier, un sursaut a pris notre société, alors qu’avant, nous ditelle «on avait du mal à marcher quelques pas sans entendre des insultes ou autres », ce qui n’est pas le cas affirme-t-elle «les marches et les manifestations citoyennes ont fait ressortir le meilleur qu’il y a dans l’algérien, en fraternité, solidarité, respect, le civisme et même se préoccuper de l’autre, que nous ne connaissions même pas, peu de temps avant» alors qu’avant poursuit-elle «l’indifférence menait les relations sociales , alors que nous constituons la même société, celle du peuple d’Algérie». Et à Amina de nous le dire, avec une mine apaisée et souriante, «demain sera meilleur, il le faut » pour nos enfants, tient-elle à le rappeler, en espérant nous dit-elle que «les choses vont changer et que l’avenir sera bien meilleur» et nous devons commencer, suggère Amina, «à redonner la vraie place et le rôle qui lui est sienne, à notre école» avant de conclure que «nos enfants doivent avoir accès au savoir et à la culture. Le rêve de l’Algérie de demain est réalisable, par l’implication de tous et dans une dynamique d’ensemble». Vendeuse en pharmacie, Meriem attend également de voir des jours meilleurs se lever, notamment en matière de perspective de vie socio-professionnelle, elle qui nous exprime son espoir de «voir une amélioration effective, dans l’insertion professionnelle des diplômés», ces derniers doivent être pris en compte, car c’est par eux en premier et d’autres aussi, que se construira l’Algérie du progrès, du savoir et de la modernité. Titulaire d’un master 2 en sciences des aliments, notre interlocutrice estime qu’«il faut permettre à la jeunesse algérienne de jouer son rôle pleinement dans l’ensemble des domaines et secteurs » . Préoccupée par l’État des conditions difficiles et souvent lamentables de notre système de santé et de nos hôpitaux, elle voudrait voir « bâtir d’avantage d’hôpitaux, à travers le pays, notamment dans les régions éloignées des grandes villes ». Et pour ce faire, elle avance qu’il faut «engager une réflexion sur visions sérieuses sur notre système de santé» notamment «la production des médicaments et produits pharmaceutiques» en vue semble-t-elle indiquer, «de plus être dépendant des importations». Elle affirme que se procurer un médicament, surtout pour certaines maladies, est souvent un parcours du combattant que doivent subir les patients pour réussir à l’avoir, sans compter que souvent à des prix très chers», alors qu’ils sont disponibles, «dans le marché informel» l’autre mal profond qui n’a épargné aucun secteur, handicapant l’essor de notre économie. Pour Abdennour, un mécanicien, aspirant à mener une vie normale, avec des problèmes auxquels tout citoyen, dans les autres pays fait face, nous dit «Il faut combattre la bureaucratie, la gangrène qui plonge le citoyen dans un cercle infernal, et mettent en stand-by, les compétences, l’obligation du service public, et autres, pour avantager les pistonnés». « Je travaille et je n’arrive pas à avoir une maison pour me marier, et vivre ma vie chez moi, ici en Algérie, et le mouvement populaire doit se poursuivre de façon pacifique, pour que les prochaines générations puissent vivre dans la dignité et être impliquées dans la vie qui a trait à leur pays, dans l’ensemble des domaines ».

Mohamed Amrouni