Mourad Chouchi

Mourad Chouihi, Directeur Général du CNCA : «Nous souhaitons qu’un centre des archives filmiques soit créé le plus tôt possible»

Le Centre national de la cinématographie et de l’audiovisuel est un établissement public qui veille à la réglementation cinématographie et au soutien du cinéma algérien.

Depuis sa création, en 2004, cet organisme est chargé de la réglementation et du contrôle des activités cinématographiques quels que soient les supports de films. Il est chargé, entre autres prérogatives, de la tenue du registre public de la cinématographie, ainsi que de l’octroi des visas relatifs à la vente, la location ou les distributions des vidéogrammes. Sa mission est donc de soutenir la cinématographie algérienne, notamment par la sauvegarde du patrimoine national en procédant à la numérisation des archives du 7e art. Cet organisme joue également un certain rôle dans la diffusion des œuvres filmiques, puisqu’il organise des projections de films grâce à ses ciné-mobiles dotés d’écrans gonflables, des concours, des conférences, des salons, des expositions ainsi que des cinéclubs, des master classes et d’autres événements. Il participe également aux manifestations et festivals cinématographiques en Algérie et à l’étranger. Son directeur général, Mourad Chouihi, qui a passé toute sa carrière au ministère de la Culture, répond à nos questions.

Vous êtes directeur général du Centre national de la cinématographie et de l’audiovisuel (CNCA) depuis 2015. Quel bilan pouvez-vous faire de vos cinq années à la tête de cet organisme ?
Effectivement cela fait 5 ans que je suis à la tête de cet organisme, plus précisément depuis la mi-septembre 2015, et je crois que le bilan du Centre national de la cinématographie et de l’audiovisuel pour ces 5 années est très encourageant car nous avons d’abord renforcé l’effectif du centre à travers le recrutement d’un personnel qualifié administratif et technique. Auparavant, le CNCA ne comptait pas d’administrateurs ni d’inspecteurs de cinéma. Nous avons procédé à la réorganisation de la hiérarchie dans l’administration générale et des trois annexes du centre. Par la suite, nous nous sommes attaqués au côté technique, tout d’abord en rénovant l’ancienne salle de projection du centre et en l’équipant avec un matériel cinématographique de haute technologie, soit avec un projecteur DCP, un écran, un nouveau système de sonorisation. Nous avons aussi réorganisé les magasins d’habillement (costumes et accessoires de tournage des films)… Ensuite nous avons équipé le centre de moyens mobiles pour les projections cinématographiques en plein air comme les écrans gonflables, les structures métalliques des tables de mixage… Nous avons aussi lancé plusieurs activités cinématographiques audiovisuelles. À titre d’exemple, les différents Ciné clubs, qui ont déjà réalisé plus de 15 numéros. Nous organisons aussi des master classes au profit des jeunes et des étudiants, de même que nous avons organisé plusieurs caravanes cinématographiques avec les directions de la culture pour les 48 wilayas, notamment pour le Sud du pays. Nous avons organisé des projections au niveau des cités universitaires, et même des projections au profit des détenus dans les prisons. Nous avons signé plusieurs conventions, notamment avec l’Office national des œuvres universitaire (ONOU) et entre notre tutelle et le ministère de la Justice. Sur le plan international, nous avons des accords avec les Iraniens…

En 2012, le CNCA a entamé un programme pour numériser certains films algériens. Où en êtes-vous ? Combien de films ont été numérisés à ce jour ? Quelles sont les difficultés ?
Le ministère de la Culture et des Arts et le CNCA ont entamé un programme pour la numérisation et la restauration des films classiques algériens. La première partie est achevée avec succès, nous comptons 15 films numérisés et restaurés dont L’Opium et le bâton, Hassen Terro, Les Vacances de l’inspecteur Tahar… Le film Tahia ya didou du réalisateur Mohamed Zinet a été numérisé et restauré à la fin 2017. Pour la deuxième phase de l’opération de numérisation et de restauration des films algériens, le Centre a entamé la procédure pour 12 nouveaux films mais considérant la politique de la rationalisation des dépenses et la situation actuelle, le projet est en mode veille.

Quels sont les axes de travail du CNCA pour le développement et de la promotion du cinéma en Algérie ?
Je crois que l’expérience des caravanes à travers le territoire national est bonne. D’ailleurs, les gens ont apprécié les films projetés. Pour ces caravanes, le centre a exploité tous ces ciné-bus ainsi que ces techniciens pour assurer de bonnes projections sur le territoire national.

L’Algérie ne dispose pas de blockhaus pour la conservation des copies de films. Le CNCA a-t-il un projet en ce sens afin de récupérer les films algériens qui sont stockées à l’étranger ? Avez-vous un listing des films qui sont à l’étranger et où sont-ils ? Combien cela coute-t-il au pays ?
La conservation des copies des films est très importante et nous souhaitons qu’un centre des archives filmiques soit créé le plus tôt possible afin de préserver le patrimoine cinématographique algérien. Cela nous permettra d’ailleurs de récupérer les copies négatives des films algériens qui sont à l’étranger, dans des laboratoires européens, italiens, français… Nous avons tout un listing de la plupart de ces copies négatives des films algériens. Nous devons récupérer et préserver notre patrimoine.

La loi n°11-03 du 17 février 2011 relative à la cinématographie stipule que « la copie positive de tout film produit en Algérie ou dans le cadre de la coproduction, à l’exception des films publicitaires, est soumise au dépôt légal par le producteur auprès de l’institution en charge de la conservation des films ». Cette loi semble ignorée par certains producteurs.
Je suis avec l’application stricte des lois, il faut appliquer les lois de l’État algérien pour tout le monde. D’ailleurs tous les producteurs qui ont reçu des aides financières du FDATIC déposent une copie du film.

Le CNCA est une des trois entreprises publiques sous tutelle du ministère de la Culture chargées du développement du 7e art, aux côtés du Centre algérien du développement de la cinématographie (CADC) et de l’Agence algérienne pour le rayonnement culturel (AARC). Ne pensez-vous pas qu’il y a trop d’organismes chargés du cinéma en Algérie ?
Chaque établissement a ses tâches et ses prérogatives et chacun de ces trois établissements contribue au développement du 7e Art. Il y a toujours entre ces organismes une coordination et une coopération qui permettront de développer le 7e art en Algérie, mais si notre tutelle estime créer une institution qui prendra en charge le côté cinématographique en Algérie, ce sera parfait.

La distribution est fondamentale pour le cinéma, et pour toute forme d’art. Le nombre de salles de cinéma est très faible en Algérie alors qu’en 1962 il y en avait plus de 460 dont 50 à Alger. Peut-on avoir des chiffres ?
Concernant les salles de cinéma sur le territoire national, nous comptons environ 53 salles de cinéma gérées par les différentes directions de culture et 18 salles de cinéma (cinémathèques) gérées par le Centre algérien du Cinéma. Il existe d’autres salles de cinéma gérées par les wilayas et les communes.

Durant la pandémie, vous avez commencé un programme virtuel. Les résultats sont bons ?
Oui, bon. Depuis le début de cette pandémie en Algérie plus précisément depuis le 23 mars 2020, le CNCA a lancé un programme virtuel sur sa page officielle Facebook et sur sa chaine Youtube. Le Centre aussi à lancé durant les 4 semaines du mois sacré de Ramadhan un programme riche de projections cinématographiques virtuelles avec une moyenne d’un film par jour. À l’occasion de la commémoration du 58ème anniversaire de l’indépendance et de la fête de la jeunesse, nous avons lancé la semaine du film documentaire révolutionnaire. Le résultat est très bon vu le nombre de visionnages. Nous avons eu beaucoup de commentaires d’encouragement et de remerciement sur les réseaux sociaux pour tous ces programmes virtuels. Le CNCA a également lancé d’autres programmes virtuels comme la Semaine du Film Amazigh à l’occasion du mois du patrimoine et aussi à l’occasion de Yaoum El Moudjahid, le 20 août, et qui à duré une semaine aussi depuis le 19 août 2020 avec toujours la moyenne d’un film documentaire par jour. Nous avons également organisé le Concours du micro film FILMI FI DARI pour les enfants de moins de 14 ans durant la période difficile de confinement sur nos enfants et nos familles afin d’exploiter et booster l’énergie chez les petits. La manifestation a commencé à partir du 21 mai 2020. À chaque fois nous projetons sur nos réseaux sociaux des « microfilms » de 20 secondes réalisés par des enfants filmés à la maison et de préférence avec un téléphone portable. Les sujets étaient nombreux. Nous avons eu des événements le 1er juin, à l’occasion de la Journée mondiale de l’enfance, le 5 juillet, lors de la commémoration du 5e anniversaire de l’indépendance et la fête de la jeunesse, ainsi que le 15 juillet, à l’occasion de la Journée nationale de l’enfant algérien.

Le président Tebboune a nommé un Secrétaire d’Etat auprès de la ministre de la Culture, chargé de l’industrie cinématographique et la production culturelle. Avez-vous reçu des orientations de son secrétariat, en tant que directeur général de du CNCA, qui est l’un des premiers organismes concernés par la nouvelle politique de l’État en la matière de 7e art ?
Oui, monsieur le président de la République Abdelmadjid Tebboune a nommé monsieur Bachir Youcef Shairi, secrétaire d’État auprès de madame la ministre de la Culture et des Arts chargé de l’industrie cinématographique et de la production culturelle, et effectivement nous avons reçu et nous recevons toujours des orientations du ministère. D’ailleurs, sous l’égide du ministère de la culture et des Arts et du Secrétariat d’Etat chargé de l’industrie cinématographique et de la production culturelle, le CNCA a encadré les ateliers de discussions nationales cinématographiques pendant trois jours (février 2020) auxquels plusieurs réalisateurs, producteurs et distributeurs, investisseurs, techniciens, étudiants et universitaires ont participé.
Propos recueillis par Ali El Hadj Tahar