Le Maroc pousse à l’embrasement de la région : bruits de bottes à Guerguerat

Le Royaume chérifien persiste à défier la communauté internationale, par des prises de décisions, leur mise en application et qui sont en opposition des textes et des prérogatives de l’Institution onusienne, notamment de son Conseil de sécurité.

À moins de six mois de l’expulsion par Rabat, mars dernier, du personnel du segment politique de la Mission des Nations unies pour l’organisation du référendum au Sahara occidental (Minurso), laquelle Mission relevant exclusivement des prérogatives du Conseil de sécurité, le Maroc récidive, en opérant une mobilité militaire de ses forces royales, dans une région hors de sa souveraineté, qui s’étale sur une superficie de 446 550 km², laquelle est reconnue par l’ONU et l’ensemble des États, à travers le Monde. En ces temps des bouleversements sur la scène arabe et de leurs conséquences sur la région, notamment l’aggravation des risques du terrorisme, du chaos en Libye, les problèmes politico-économiques difficiles et aussi sécuritaires en Tunisie, le Maroc s’emploie à favoriser l’émergence de conditions menant à des tensions dans ses relations avec l’ONU, ou bien avec son partenaire dans l’Union du Maghreb arabe (UMA), la République mauritanienne. Cherche-t-il, à la veille de la tenue de scrutins électoraux, importants au regard de la conjoncture que connaît le Maroc, à détourner l’opinion marocaine des questions fondamentales, notamment celles exprimées par le mouvement du 20-Février, lors des grandes manifestations et rassemblements, il y a plus de cinq ans, dans le sillage des évènements «du Printemps arabe»? Cherche-t-il, par ses manœuvres empoisonnant ses relations avec la Mauritanie, à s’enfoncer davantage dans son rôle d’un État hors-la-loi, dans la région maghrébine, africaine et méditerranéenne, en puisant dans sa doctrine expansionniste? Laquelle doctrine, mise en avant, depuis 1991, bloquant toute perspective de solution pacifique sous les auspices onusiens, de la question sahraouie, sur la base de l’incontournable application du droit à l’autodétermination du peuple du Sahara occidental, comme le stipule la Légalité internationale.

Le Makhzen manœuvre à maintenir les Marocains rivés sur leurs voisins du Sud
Alors que pour l’opinion marocaine, il est souvent question des enclaves espagnoles, Ceuta et Melilla, dont Rabat revendique, depuis 1956, mais sans voix, le Palais royal a, à travers les Accords de Madrid, qu’il a conclu avec l’Espagne en 1975, œuvré, depuis, à détourner les regards des Marocains du nord du pays vers son voisin du Sud, en envahissant militairement, en 1975 le Sahara occidental. Lequel territoire, pour rappel, inscrit sur le registre des questions de décolonisation de l’ONU, depuis 1963, qui consacre le droit du peuple sahraoui à l’autodétermination. En opérant un mouvement militaire, à Guerguerat et à Legouira, le Maroc vient, encore une fois, violer ses engagements pris en 1991, date du cessez-le-feu entre Rabat et le Front Polisario sous les auspices onusiens. Dans le cadre du cessez-le-feu, le Conseil de sécurité a adopté, le 29 avril 1991, la Résolution 690, portant création et l’envoi au Sahara occidental du personnel de la Minurso, les documents comprennent aussi les points du cantonnement des forces militaires marocaines, dans les territoires sahraouis occupés, et les lignes rouges à ne pas franchir, dont Legouira. En opérant un mouvement militaire dans cette région sahraouie, l’armée marocaine a commis une dangereuse violation de l’Accord précité sous l’égide de l’ONU, et aggrave, ainsi, davantage la situation dans cette région. En plus des entraves et manœuvres marocaines reportant, depuis 1991, le règlement pacifique, selon les Textes et les Résolutions de l’ONU et de son Conseil de sécurité, de la question sahraouie, à travers l’organisation du référendum d’autodétermination, Rabat persiste sur la voie de l’affrontement, outre avec l’ONU, mais aussi le Front Polisario, et depuis ces derniers jours avec la République mauritanienne. Le roi Hassan II, dans sa politique militaire guerrière contre les Sahraouis, dès son invasion en 1975 du Sahara occidental, a impliqué, pour rappel, Nouakchott, de 1976 à 1979, dans sa guerre coloniale au Sahara occidental, après lui avoir proposé le partage des territoires sahraouis. Ce qui a été un échec cuisant pour Hassan II, lequel a encaissé difficilement, quelques années après, en 1979, la signature de l’Accord de Paix entre le gouvernement mauritanien et son homologue de la République arabe sahraouie démocratique (Rasd). Lequel Accord porte sur la décision souveraine de responsables de la Rasd et de l’unique et légitime représentant du peuple sahraoui, reconnu par la communauté internationale, le Front Polisario en l’occurrence, d’autoriser la présence de la Mauritanie sur la région sahraouie, Legouira, «décision souveraine des responsables de la République sahraouie», a affirmé, hier, Mohamed-Lamine, le chargé de communication près de l’ambassade de la Rasd, à Alger, contacté par téléphone. Alors, si son père, Hassan II a encaissé l’échec de sa manœuvre précitée, en direction de la Mauritanie, en persistant à mener sa guerre d’occupation au Sahara occidental, ses alliées, la France et Israël, manifestaient des inquiétudes quant aux pertes et défaites militaires des Forces armées royales (FAR). Et c’est sur leurs conseils que Hassan II s’est empressé, avec l’aide de Paris et de l’Entité sioniste, à ériger le mur de la honte, dans les années 80, séparant le Sahara occidental, en territoires sahraouis sous occupation marocaine et libérés sous souveraineté de la Rasd. Et le mur de la honte en question, n’atteigne pas la région sahraouie Legouira, frontalière avec la Mauritanie, laquelle est autorisée à être présente, selon l’Accord de Paix précité, paraphé par Nouakchott et la Rasd, en 1979, à Alger.

Bousculée par ses échecs, Rabat use de manœuvres militaires
Et si les derniers échecs politico-juridiques et diplomatiques de Rabat, sur les plans, africain, européen et international, sont à l’origine de sa décision «dangereuse» de mettre en mouvement ses Forces royales marocaines, pour franchir les lignes rouges tracées par la communauté internationale, en 1991, dans l’Accord de cessez-le-feu, sous l’égide de l’ONU entre Rabat et le Front Polisario. Menant une bataille juridico-politique avec les Institutions de l’Union européenne, avec le soutien notamment de Paris, le Maroc s’est vu bousculer par la décision de justice, en faveur de la plainte déposée par le Front Polisario, annulant, ainsi, l’accord agricole liant le Maroc à l’UE, sans exclure le Sahara occidental, lequel territoire, selon les textes de l’ONU, est sous occupation marocaine, ce qui constitue une violation du Droit international. Les manœuvres de la France ont abouti, faut-il le noter, à la publication par la Cour de justice de l’UE (CJUE), le 29 mars, d’une manière timide le pourvoi en appel, déposé par le service juridique du Conseil de l’UE, visant à contester la décision de justice de la CJUE. Pensant que l’espace européen, dont ses institutions politiques et juridiques sont acquis, sur fond du rôle de certains de ses alliés, membres de l’UE, dont la France et l’Espagne, Rabat était loin de penser que la Légalité internationale allait la rattraper dans l’espace européen, dont sa société civile et ses parlementaires, pour ne citer qu’eux, manifestent leur attachement à la Légalité internationale au Sahara occidental, question de décolonisation inscrite à l’ONU. Après avoir affirmé que l’expulsion du personnel de la Minurso des territoires sahraouis occupés, est «irrévocable», Rabat a été vite rappelée à l’ordre par la communauté internationale, notamment le Conseil de sécurité, pour autoriser le retour des membres de l’ONU, avant juillet dernier, ce qui fut fait, par le retour d’un premier groupe. À ces échecs, s’ajoute celui que Rabat a encaissé, après avoir manœuvré pour brouiller les travaux du dernier Sommet de l’Union africaine (UA), annonçant son retour, après avoir claquer ses portes, 34 ans auparavant, en pensant sans suivre le processus exigé par l’UA, pour toute nouvelle adhésion. Ce qui lui a été signifié par les responsables de l’UA, en rappelant au Royaume chérifien, qu’aucun des membres de l’UA, en référence à la Rasd, membre constitutif de l’Union africaine, ne sera «exclu» de l’organisation africaine, en application de ses textes et sa charte. Ne laissant aucun choix au Maroc que de formuler sa demande d’adhésion, dont le principe du respect des frontières héritées de l’ère coloniale. Équation difficile à résoudre par le Maroc qui s’enfonce davantage dans un rôle d’un État hors-la-lois, dans la région et sur la scène internationale, depuis notamment son escalade contre le Secrétaire général de l’ONU, le personnel de la Minurso et plus récemment encore contre l’ONU, en violant les points de l’Accord du cessez-le-feu, de 1991, en opérant un mouvement, à Guerguerat et Legouira.
Karima Bennour