L’Union des non-voyants de la wilaya d’Alger lance, encore une fois, un cri de détresse en direction des autorités pour prendre en charge leurs revendications, et améliorer leurs conditions de vie.
Le président et les membres de cette Association ont organisé hier une conférence de presse pour célébrer cette journée, le 14 mars de chaque année, sous le slogan “Écoutez nos voix”. Pas mois de 10 000 personnes souffrent de ce handicap, quelque 3 000 sont recensés dans la ville d’Alger, cela, sans compter toutes les autres personnes handicapées. C’est dire combien cette catégorie de la population algérienne est importante. Saïd Abderahmane, président de l’Union algéroise des non-voyants a dressé un tableau noir quant aux souffrances quotidiennes de cette frange. Leurs chances d’accès à l’enseignement sont minimes puisque, hormis les écoles d’El-Achour et Birkhadem, il n’y a pas d’autres établissements scolaires adaptés. Le Centre de formation professionnel de Kouba ne forme que 12 personnes non-voyantes, par promotion, pour le métier de standardiste. Les personnes qui accèdent aux études universitaires se voient confrontées à un choix très limité des spécialités concentrées dans les filières des sciences humaines (droit, littérature arabes…). Ajoutée à cela la cherté des livres et des autres moyens pédagogique. À titre d’exemple, une impriment Braille coûte pas moins de 1 800 000 DA.
L’emploi est le défi majeur pour cette catégorie, dont une stricte minorité travaille de manière permanente. La loi 02/09 promulguée en 2002 obligeant les organismes publics et privés à réserver au moins 1% des postes de travail aux non-voyants, n’est pas respectée, a-t-il ajouté. L’aide de l’État fixée à 3 000 DA depuis des années est très nettement insuffisante, et ne couvre pour certains que les dépenses d’une seule journée, alors le reste du mois c’est la famille et les âmes charitables qui les prennent en charge. Ceux qui ont des familles à charge en souffrent énormément, selon lui. Le calvaire ne s’arrête point là, les non-voyants n’ont pas non plus droit au logement social comme le reste des citoyens. Pis, le conférencier a fait savoir qu’un droit à une réduction des tarifs de loyers à hauteur de 40%, n’a jamais été appliqué. Aucune instruction ni aucun document n’est adressé aux notaires pour faire bénéficier les non-voyants de petit avantage. Pour clore la liste, l’orateur a eu une pensée particulière à la gent féminine qui en souffre beaucoup plus que les hommes. Saïd Abderahmane a lancé, à cette occasion, un cri d’alarme « à toutes les autorités, nationales et locales, pour écouter les non-voyants, pas uniquement le 14 mars, mais tout au long de l’année, et répondre à leurs demandes légitimes pour l’éducation, l’emploi et le logement ».
Et de poursuivre que les entreprises en charge de l’aménagement des espaces publics, de la réalisation des routes, ainsi que de panneaux publicitaires et de signalisation doivent impérativement prendre en considération les lacunes physiques des nonvoyant, dont nombreux ont subi des blessures graves à cause des dangers réels du travail mal fait, et ne répondant pas aux normes internationales. Enfin, parlant de normes, Saïd Abderahmane a fait le constat négatif que subissent les non-voyants, ne bénéficiant d’aucune classification, selon le degré du handicap, comme c’est le cas dans les pays développés. Un ordre allant croissant de B1, B2 et B3 classe en effet cette catégorie de citoyens, selon la gravité de leur cas. Non-voyant totalement, voyant très difficilement nécessitant de l’aide et enfin voyant faiblement présentant une légère indépendance. Cela n’est pas encore le cas en Algérie, d’où la non-égalité des chances.
Il y a lieu de signaler que le fait marquant lors de ce regroupement est cette louable initiative prise par les membres de cette Association, en dépit de leur handicap, pour récompenser les efforts des enseignants de l’école des non-voyants d’El-Achour, qui ont passé de longues années, non seulement à dispenser un enseignement spécifique à cette catégorie des citoyens, mais aussi à les assister dans leur insertion sociale. L’autre fait marquant est fort malheureusement l’absence des élus et des représentants des pouvoirs public, lors de cette cérémonie.
Pour rappel, l’Union, membre de l’Organisation nationale des aveugles algériens, est représentée dans toutes les daïras, ainsi que toutes les communes d’Alger. Son président et les neuf membres du bureau exécutif sont tous privés du sens de la vue. Les bureaux des communes où activent plusieurs autres personnes saines, de manière bénévole, sont très actifs par les différentes actions menées.
Lyes Azizi