El hadi Doudi, l’imam de la mosquée de Marseille expulsé vers l’Algérie, fait désordre : Le gourou de Mustapha Bouyali est de retour !

L’information fait le tour des rédactions depuis trois jours : l’imam marseillais El Hadi Doudi a été expulsé par la France vers l’Algérie. L’homme est très intéressant et très important, comme nous allons le constater, mais pour le moment, personne ne fait le lien entre lui et le chef de la première organisation islamiste armée en Algérie : Mustapha Bouyali.

Dans le viseur des services de renseignement français depuis de longues années, pour le motif, notamment, d’alimenter la violence par le biais de ses prêches ultrafondamentalistes, l’imam de 63 ans avait été placé en centre de rétention administrative mardi dernier, puis expulsé vendredi matin vers l’Algérie. Il contestait, devant la Cour européenne des droits de l’Homme, la décision d’expulsion prise le 8 mars dernier. Après étude de son dossier, notamment les motifs invoqués par son avocat, qui mettait en avant le risque que son client subisse des tortures ou « traitements inhumains ou dégradants » s’il était renvoyé par les autorités françaises vers l’Algérie. Toutefois, le dossier d’El Hadi n’a pas plaidé en sa faveur, loin s’en faut. La mosquée où il prêche depuis de très longues années, « As-Sounna », est l’une des cinq plus imposantes de la ville de Marseille ; elle avait été fermée fin 2017 par la préfecture de police. Une décision entérinée par le Conseil d’Etat le 31 janvier.
La réaction immédiate des autorités algériennes est venue par le biais du ministre des Affaires religieuses et des Waqfs, Mohamed Aïssa, qui a dit que l’Algérie n’a aucun lien avec l’imam El Hadi Doudi et son imamat n’a pas le statut dont disposent les autres imams envoyés par l’Algérie en France. El Hadi est parti en France dans les années 1980 dans des conditions personnelles. Le ministre a totalement écarté le retour aux prêches en Algérie de l’imam radical El-Hadi Doudi : «J’espère pour El-Hadi Doudi qu’il trouvera un autre travail. Des individus comme lui ne peuvent pas être des imams. Il ne pourra donc pas exercer l’imamat ». Arrivé en France après 1984, El Hadi Doudi était considéré comme un des référents doctrinaux du salafisme en France ; son activité inlassable sur Internet a été immédiatement mise sous la loupe par les Renseignements généraux français.
Lui, il se lave les mains de toutes les attaches radicales et s’indignait dans un article publié par le New York Times début avril : « Bien sûr que je savais qu’ils m’écoutaient [...] La relation que j’entretenais avec la population et les autorités a toujours été claire et correcte [...] Soudainement, ils disent que le salafisme est un danger pour la France ». Ce que les gens savent moins, c’est qu’El Hadi Doudi est lui-même le fameux « Abdelhadi » cité abondamment dans l’affaire Bouyali. Personne n’a fait jusqu’ici le parallèle, mais il s’agit bel et bien du même homme ; se cachant derrière ce nom, il ne pouvait toutefois rester longtemps caché ; l’imam est vite rattrapé par son passé. Si on revient à la très parcimonieuse littérature islamiste de l’époque Bouyali, on peut trouver El Hadi avec l’équipe Bouyali dès 1979-1980, c’est-à-dire qu’il a fait partie du noyau pur et dur de l’équipe MIA pré-structuré. De toute évidence, l’homme n’a jamais pris les armes, mais ses fetwas incitaient à les prendre, et il a été une des causes de la radicalisation du Mouvement islamique armé de Mustapha Bouyali entre 1979 et 1982, date de la première directe frontale SM-MIA.
Mustapha Bouyali, on le sait, voulait passer, dès 1979, à l’action armée, mais cherchait aussi une couverture théologique qui donnerait légitimité et détermination au Mouvement islamique qu’il a mis sur pied. El Hadi Doudi était celui qui, bien avant Ali Belhadj, lui avait permis d’enrober son action armée dans un emballage islamiste et religieux. Dans son livre « l’Affaire Bouyali », Ahmed Merah, qui a vécu les évènements de l’intérieur, donnait des informations détaillées sur ce sujet. On connait la répression dont fut objet le groupe, qui a été vite démantelé et ses membres emprisonnés ; par la suite, dans un long procès devant la Cour de Médéa, le MIA a été accusé de complot contre la sûreté de l’Etat, et ses membres emprisonné à Berrouaghia ; seul Bouyali demeurait insaisissable, avant de succomber, le 5 janvier 1987, lui et une dizaine de ses lieutenants, sous les rafales de la police à la sortie sud-est sur de la ville de Larbaâ. Les ouvertures politiques de 1989 et les concessions consenties par le président Chadli Bendjedid avaient permis aux autres membres du MIA encore en vie de recouvrer la liberté et de quitter les prisons ; beaucoup ont réintégré la société, y ont établis des commerces ou se sont fondus dans les soucis de la vie quotidienne; mais certains, notamment les ultras, Abdelkader Chebouti, Mansouri Meliani, Ezzedine Baâ, etc. ont mis sur pied les premières cellules du Groupe islamique armé à partir de 1991-1992.
El Hadi Doudi, lui, avait précipitamment quitté l’Algérie pour la France dès les premiers accrochages entre le MIA et les autorités, en 1984-1986. Depuis, il s’est fait un nom en France et s’est fait oublier en Algérie.
F.O.

SID AHMED BOUYALI, LE FRÈRE DE MUSTAPHA BOUYALI, AU « COURRIER D’ALGÉRIE » :
« L’imam El Hadi a été une des références doctrinales de mon frère ! »
L’expulsion de l’imam marseillais El Hadi Doudi par la France vers l’Algérie a fait du bruit chez les connaisseurs du dossier sécuritaire. Plus de trente années après avoir quitté son pays, El Hadi y revient ; et de quelle manière ! Avant même de poser pied, il avait contraint le ministre des Affaires religieuses à faire une déclaration forte. Il était de ce fait de l’ordre des choses de voir plus clair sur son compte avec un témoin-clé de l’époque Bouyali : le frère : Sid Ahmed Bouyali.

-El Hadi revient en Algérie à la faveur d’une expulsion judiciaire française ; mais est-ce bien lui l’imam d’Al Achour qui a fait équipe avec Bouyali, votre frère :
-De toute évidence, oui, c’est bel et bien lui…

-Parce qu’il y avait un doute qui me mettait en demeure de m’appesantir sur lui ; on connait « Abdelhadi » des années 1980, mais par ce El Hadi Doudi…
-Non, non, il n’y a pas de doute à se faire sur ce sujet : il s’agit bien du même homme…Vous savez, on appelle El Hadi Abdelhadi pour faire plus conforme…Je l’ai connu personnellement, donc, aucun doute sur le sujet.

-A l’époque, il était avec Mustapha…
-Oui, il faisait office d’imam à Al Achour, là où on habitait ; c’est Mustapha qui l’a lui-même placé à ce poste, parce qu’il était séduit par ses prêches et son…disons : sa détermination. Il est resté à l’imamat de la mosquée d’Al Achour de 1979 à 1982.

-On dit que c’est El Hadi qui a été à la base de la radicalisation de l’action de Mustapha…
-Pas totalement, mais bon, disons qu’il a été un des motifs de la radicalisation, car Mustapha avait d’autres causes, dont on peut en parler un autre jour…les prêches enflammés d’El Hadi, tout le monde connait cela, étaient très suivis par les gens à cette époque et les membres de l’organisation s’en réclamaient, il n’y a pas de doute à se faire…
F. O.

Plusieurs fidèles de sa mosquée auraient rejoint l’Irak et la Syrie
Les arguments judiciaires qui l’ont fait «tomber»
Il était un pur et dur et ne s’en cachait pas ; pas de demi-mesure quand on assure l’imamat, surtout à Marseille, où les imams rivalisent de prêches violents et de fetwas pour se hisser haut dans la Bourse des salafistes. Sa lente et inexorable descente dans les filets de la police s’est faite en plusieurs étapes, qui ont constitué autant d’arguments pour le «descendre». Dans le viseur des services de renseignement français, l’imam marseillais El Hadi Doudi était considéré comme une « référence » du salafisme en France, et son activité sur Internet était mise sous la loupe des RG. La police marseillaise s’inquiétait de son influence radicale sur les fidèles. Ses discours appelaient notamment « à la défaite et à la destruction des mécréants», incitaient «à l’application de la loi du talion à l’encontre de ceux qui combattent Dieu et son prophète et à l’égard desquels la sentence de Dieu est la mort ou la crucifixion », s’est indignée la préfecture de Marseille fin janvier 2018. Elle évoquait aussi des propos qui « incitaient à prononcer la formule « Allah akbar » dans les lieux publics pour « effrayer les mécréants ». Plusieurs fidèles de sa mosquée auraient rejoint l’Irak et la Syrie, dit-on. Les arguments de la préfecture qui a fermé sa mosquée reposaient notamment sur une note blanche des services de renseignements analysant 25 prêches prononcés entre janvier 2013 et septembre 2017, et reprise ensuite par le ministère de l’Intérieur pour engager, en février, une procédure d’expulsion. Le 8 mars, une commission composée de magistrats administratifs et judiciaires marseillais a donné un avis positif à une expulsion d’El Hadi Doudi. Il avait été placé en centre de rétention administrative mardi dernier. Il contestait, devant la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH), la décision d’expulsion prise le 8 mars dernier. Sa mosquée, As-Sounna, l’une des cinq plus vastes de Marseille, avait été fermée fin 2017 par la préfecture de police. Le New York Times rappelait récemment qu’El Hadi Doudi avait admis avoir été un disciple d’Oussama Ben Laden et d’Ali Belhadj. Aujourd’hui, il estime n’avoir rien à voir avec ces « extrémistes » : « Dans nos sermons, nous nous opposons à eux », assurait-il.
I.M. Amine