Malgré l’annonce d’un cessez-le-feu entré en vigueur en octobre dernier, les images satellites révèlent une réalité implacable sur le terrain : la bande de Ghaza continue d’être le théâtre d’une destruction systématique menée par l’occupation sioniste. Des données recueillies par des sociétés spécialisées et des organisations indépendantes montrent que la machine de démolition ne s’est pas arrêtée avec la fin officielle des hostilités, mais s’est au contraire inscrite dans une logique de consolidation territoriale durable. Des images récentes fournies par la société américaine Planet Labs, analysées et relayées notamment par le quotidien sioniste Haaretz, montrent qu’à l’est de la ville de Ghaza, et plus particulièrement dans le quartier de Choujaïya, des centaines de bâtiments ont été entièrement rasés au cours des derniers mois. La comparaison avec les images prises quelques jours après le début du cessez-le-feu met en évidence une extension significative des opérations de démolition, visant non seulement des structures déjà endommagées, mais également des immeubles auparavant largement intacts. Selon des sources palestiniennes, près d’un million de personnes vivaient avant la guerre dans les zones aujourd’hui sous contrôle direct de l’« armée » d’occupation, notamment à l’est de Ghaza, de Khan Younès et de Rafah. Pour ces populations, le retour dans leurs quartiers semble désormais hors de portée. Contraints de survivre dans des tentes ou des abris de fortune, ces déplacés rejoignent des centaines de milliers d’autres Palestiniens déjà entassés dans des camps de déplacement, dans des conditions humanitaires catastrophiques. Cette dynamique est confirmée par les travaux de l’organisation britannique Forensic Architecture, qui a révélé l’établissement de 13 nouveaux sites militaires israéliens le long de la «ligne jaune », une zone de séparation imposée à l’intérieur même de Ghaza. La majorité de ces sites ont été implantés dans le nord de l’enclave et à l’est de Khan Younès, portant à 48 le nombre total de positions militaires contrôlées par l’occupation le long de cette ligne. Parallèlement, plusieurs routes ont été élargies ou nouvellement tracées afin de relier ces sites aux territoires israéliens, dessinant une nouvelle géographie de contrôle militaire. Au-delà de la destruction volontaire, Ghaza est aujourd’hui confrontée aux effets différés de la guerre. Selon le Centre satellitaire des Nations unies, 81 % des bâtiments et infrastructures de l’enclave ont été partiellement ou totalement détruits. Plus de 123 000 bâtiments ont été rasés, tandis que des dizaines de milliers d’autres ont subi des dommages sévères ou modérés. Ces structures fragilisées s’effondrent désormais sous l’effet des pluies et des intempéries hivernales, provoquant de nouvelles victimes. L’effondrement récent d’un immeuble dans le quartier de Cheïkh Radwan, qui a coûté la vie à cinq Palestiniens, illustre la persistance du danger, même en l’absence de bombardements. Les experts soulignent également un tournant stratégique dans la politique de destruction de l’occupation. Après une phase dominée par les frappes aériennes et les opérations militaires directes, l’après-mai 2024, marqué par l’occupation de Rafah, a vu l’émergence d’une destruction planifiée, menée par des entreprises de génie civil. Des quartiers entiers ont ainsi été méthodiquement rasés, transformant Rafah, Jabalia, Khouzâa et Abassan en champs de ruines. Les conséquences sont vertigineuses : près de 87 % des terres agricoles détruites, 80 % des routes inutilisables, 80 % des serres agricoles anéanties, et environ 61 millions de tonnes de gravats jonchant l’ensemble de la bande de Ghaza. Derrière ces chiffres se dessine une réalité politique lourde de sens : la destruction n’est pas seulement un dommage collatéral de la guerre, mais un outil de recomposition territoriale et de négation durable du droit des Palestiniens à retourner sur leurs terres. À l’heure où la communauté internationale continue d’évoquer la « reconstruction » de Ghaza, les images satellites rappellent une vérité dérangeante : la destruction, elle, n’a jamais cessé.
M. S.















































