La ministre de l’Environnement et de la Qualité de la vie, Kaouter Krikou, a présidé, jeudi à Alger, l’ouverture d’une Journée d’information consacrée aux impacts environnementaux des essais nucléaires françaises en Algérie, à l’occasion du 66 anniversaire de ces explosions. Organisée en coordination avec le Centre des archives nationales, cette rencontre s’inscrit dans le cadre de l’exploitation des documents d’archives comme référence scientifique et historique par la Commission nationale de la mémoire environnementale. Dans une déclaration à la presse, Mme Krikou a souligné que cette initiative vise à réunir des « preuves irréfutables » attestant de la réunion des éléments constitutifs du crime contre l’humanité et du crime de guerre, conformément aux normes du droit international, notamment en ce qui concerne les atteintes portées à l’environnement, à la faune et à la flore. La ministre a indiqué que son Département, en coordination avec le ministère des Moudjahidine et des Ayants droit, a constitué le dossier de la « mémoire environnementale » à travers la création de la Commission nationale de la mémoire environnementale et de l’Institut national de l’environnement et du développement durable, afin de documenter les crimes du colonisateur français et leurs répercussions écologiques durables. Le programme de cette journée comprenait également une exposition destinée aux enfants, visant à ancrer la conscience de la mémoire environnementale et nationale chez les jeunes générations, tout en inculquant les valeurs de préservation du message des martyrs. Des artistes ont pris part à cet événement « pour semer la graine de l’optimisme et réaffirmer la résilience de l’Algérie avec ses enfants, son peuple et son armée », a ajouté Mme Krikou. De son côté, le président de la Commission algérienne Histoire et Mémoire, Mohamed Lahcen Zeghidi, a estimé que l’organisation de cette manifestation au siège du Centre des archives nationales lui confère une dimension historique profonde, rappelant que ce centre constitue une référence en matière de conservation et de préservation des documents. Il a souligné que la France coloniale a laissé plus de 11 millions de mines le long des frontières et procédé à 17 explosions nucléaires entre 1960 et 1966, dont la première, baptisée « Gerboise bleue», en 1960. Pour sa part, le directeur général des Archives nationales, Mohamed Bounâama, a affirmé que les archives « constituent un rempart garant de la préservation du patrimoine national et un promoteur des valeurs de la souveraineté nationale ». Il a ajouté que cette manifestation s’inscrit dans la continuité de la lutte institutionnelle pour le recouvrement de la mémoire nationale. Lors de cette journée d’information, une exposition dédiée aux impacts environnementaux des explosions nucléaires, a été organisée, comprenant un stand des Archives nationales présentant des documents et manuscrits retraçant ces essais menés dans le Sud algérien, ainsi qu’un stand de l’Observatoire national de l’environnement et du développement durable (Observatoire national de l’environnement et du développement durable). La ministre a, à cette occasion, suivi une présentation des résultats préliminaires des analyses effectuées par l’Observatoire sur la contamination des sols, de l’air et des eaux engendrée par ces explosions.
« UN CRIME CONTRE LA NATURE ET L’HUMANITÉ »
Le ministre des Moudjahidine et des Ayants droit, Abdelmalek Tacherift, a qualifié les explosions nucléaires françaises menées dans le Sud algérien, de « crime à part entière ayant attenté à la nature et au droit à l’existence de l’Homme ». S’exprimant à l’ouverture du séminaire intitulé « Les explosions nucléaires françaises, dans le Sahara algérien, entre devoir de mémoire et exigence de justice », le ministre a dénoncé un préjudice durable causé à l’environnement et aux populations locales. «Ces explosions ont empoisonné l’environnement, pollué l’atmosphère et causé des décès, des malformations congénitales et des maladies chroniques, léguant ainsi des souffrances à des générations entières », a-t-il expliqué. L’événement a rassemblé des professeurs et chercheurs spécialisés dans l’histoire de la guerre de libération nationale et les impacts des essais nucléaires. Selon M. Tacherift, les recherches scientifiques et les investigations sur le terrain démontrent que les radiations de ces explosions n’ont épargné ni l’homme, ni la nature. Le ministre a salué la tenue de cette rencontre comme un témoignage du dynamisme de la recherche scientifique en Algérie. Il a insisté sur le rôle de la science dans la préservation de la mémoire nationale et la consolidation de la souveraineté du pays : « Le droit ne peut être recouvré que par des preuves scientifiques irréfutables et des recherches documentées », a-t-il précisé. Au cours du séminaire, un exposé a été présenté sur l’atrocité de ces crimes nucléaires, qualifiés de « honte pour la France qui se prétend défenseuse des droits de l’Homme ». Le conférencier a également salué l’engagement des autorités algériennes à poursuivre la documentation de ces crimes afin de rendre justice aux victimes. En marge de sa visite à Adrar, le ministre a procédé à la dénomination d’établissements éducatifs du nom de moudjahidine défunts et a rendu visite à des moudjahidine et à une veuve de Chahid, réaffirmant la reconnaissance nationale envers ceux qui ont combattu pour la liberté.
66 ANS APRÈS, LES CICATRICES TOUJOURS INDÉLÉBILES
Les explosions nucléaires menées par la France à Reggane, dans le sud de la wilaya d’Adrar, le 13 février 1960, restent une preuve incontestable de la barbarie du colonisateur français, affirme le professeur d’histoire Mohamed Belhadj, de l’Université d’Oran 1 « Ahmed Ben Bella ». Dans une déclaration à l’APS, le professeur Belhadj a dénoncé ces essais nucléaires comme « une honte indélébile et un crime d’État commis par la France coloniale contre le peuple algérien sans défense ». Il a rappelé que ces explosions, situées dans la région du Touat, avaient été préméditées malgré les négociations en cours avec les représentants de la Révolution algérienne visant l’Indépendance. « Le colonisateur français, conscient d’être dans sa dernière phase en Algérie, a choisi de procéder à ces explosions afin d’intégrer le club mondial des puissances nucléaires, au détriment de la population algérienne », a-t-il ajouté. Le professeur Belhadj a également souligné les conséquences durables de ces essais : « Les victimes de ces radiations sont toujours en vie et portent les stigmates de ce crime odieux. Les explosions ont provoqué l’apparition de maladies graves, différents types de cancers, des malformations congénitales chez les nouveaunés, ainsi que des affections chroniques et des maladies oculaires, touchant aussi bien l’homme que l’environnement végétal de la région». Pour l’historien, «l’instrument du crime est tangible et ses effets continuent de peser sur la région de Reggane ». Il a enfin rappelé que « la position de l’Algérie est ferme et irrévocable : la France doit reconnaître ces crimes qui ne se prescrivent pas avec le temps ». Les explosions nucléaires de Reggane restent ainsi un symbole douloureux du lourd héritage colonial en Algérie, rappelant les graves violations des droits humains commises au nom de la puissance militaire et de l’ambition nucléaire.
M. Seghilani














































