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AFFAIRES DE MONTAGE AUTOMOBILE ET DE FINANCEMENT OCCULTE DE LA CAMPAGNE DU 5E MANDAT : Bouchouareb lourdement chargé au 4e jour du procès

Au quatrième jour du procès en appel des deux anciens Premiers ministres, Ahmed Ouyahia et Abdelmalek Sellal, et des ex-ministres de l’Industrie, Abdeslam Bouchouareb (en fuite), Abdelghani Zaâlane, Mahdjoub Bedda, Youcef Yousfi, ainsi que des hommes d’affaires, à savoir Ahmed Mazouz, patron du groupe éponyme, Hacen Arbaoui, patron du groupe KIA Motors Algérie, Mohamed Baïri, patron du groupe Ival, et Ali Haddad, patron du groupe ETRHB, pour financement occulte de la campagne électorale du 5e mandat du Président déchu et des indus avantages accordés dans le cadre de l’industrie du montage automobile, des personnes morales et des parties civiles ont été auditionnés hier à la première chambre pénale près la Cour d’Alger.

Marquée par de longues heures de délibérations avec l’audition de plus de 23 accusés, l’audience a pris un tour assez fastidieux dans une salle archicomble. Le magistrat a appelé le représentant du concessionnaire Emin Auto, une société qui distribue les engins et véhicules de marques chinoises depuis 2000. Le représentant d’Emin Auto a fait savoir que sa société a déposé une demande d’agrément pour son projet de montage automobile auprès du ministère de l’Industrie, qui a rempli toutes les conditions requises, mais sans décrocher le OK du ministère.
Le même responsable a expliqué qu’il activait comme concessionnaire en important des engins et véhicules et en assurant des services après-ventes dans 38 wilayas du pays, et a présenté une demande d’agrément pour la construction d’usines de montage automobile des marques chinoises Jack et GMC. Il a précisé que sa société avait investi 100 millions, émanant de ses propres fonds, de dollars dans l’usine de montage sise à Mostaganem. Il a expliqué qu’il n’avait pas bénéficié d’un crédit bancaire et que les deux demandes de financement auprès de l’ANDI et de CNI n’ont pas abouti. Convoqué en tant que partie civile dans l’affaire, Abderrahmane Achaïbou, homme d’affaire et propriétaire de la franchise KIA – avant que l’agrément ne lui soit retiré -, a accusé l’ancien ministre de l’Industrie, Abdeslam Bouchouareb, d’être la cause de sa « faillite ». Il a désigné Bouchouareb, condamné par contumace à 20 ans de prison ferme, comme responsable de la faillite de huit sociétés qu’il détenait et qui activaient dans la commercialisation de diverses marques automobiles, ce qui a eu comme conséquences le licenciement de plus de 1 500 salariés.
Mardi dernier, le juge a entendu l’ancien président du FCE (Forum des chefs d’entreprise), Ali Haddad. Ce dernier a tenté de se démarquer des accusations de collectes de fonds pour le financement du 5e mandat de Bouteflika. « Je n’ai jamais collecté de fonds », a-t-il lancé à l’adresse du magistrat, devant l’étonnement de l’assistance et des représentants de la presse.
Il assure qu’il n’est au courant de rien de ce qui s’est passé avec les sommes colossales récoltées : « Monsieur le juge, maintenant à chaque fois que quelqu’un a mal à la tête, il me désigne comme source de sa douleur ». Mais, au cours d’un long interrogatoire, l’accusé fini par lâché, en avouant que c’est lui qui a retiré les 19 milliards de centimes de la permanence de campagne de Bouteflika à Hydra. Un transfert effectué en espèce. « Avec le début des manifestations, Saïd Bouteflika m’a joint par téléphone, me demandant de récupérer l’argent déposé à la permanence de Hydra, et de le cacher, pour des raisons de sécurité, pendant quelques jours. Cet argent est sorti avec une décharge. Il y a une traçabilité. L’ETRHB n’en a pas besoin », reconnaît-il, ajoutant : « Je ne suis responsable ni de la collecte ni de l’argent ».
Appelé à la barre, Mohamed Baïri, patron du groupe Ival, nie les faits qui lui sont reprochés, notamment d’avoir profité d’indus avantages pour lancer son usine de montage automobile, comme il a dit également ne pas être au courant que le terrain sur lequel est construit son usine est un terrain agricole, donc inconstructible. La veille du deuxième jour de procès, Abdelmalek Sellal, ex-Premier-ministre, a été convoqué à la barre. Lui, il jure que c’est le président déchu, Abdelaziz Bouteflika, qui doit être convoqué et non pas lui : « Je ne gère pas. Je ne fais que coordonner. Cette affaire est purement politique. S’il y a quelqu’un qui doit être ici, en tant que témoin, c’est bien le président de la République déchu. Il savait tout», lance Abdelmalek Sellal pour tenter de se disculper.
Hamid Mecheri