Un reporter dans la foule : L’histoire sans ingérence étrangère

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Cette fois doit être la bonne ! Nous avons trop attendu pour écrire et transmettre à nos enfants et petits-enfants, l’histoire et la mémoire de notre pays. Nous avons trop attendu que l’ancien colonisateur veuille bien nous remettre nos archives qu’il a volé à son départ. Il n’en fera rien. Durant le siècle et demi où il a occupé notre pays, il a commis trop de crimes dont il cachera chez lui les nombreuses traces de sa culpabilité. Comme l’utilisation des armes chimiques. Où les exécutions sommaires appelées « crevettes Bigeard ». Posons-nous la question de savoir pourquoi le président français, Emmanuel Macron, qui, dans un élan non maîtrisé, avait qualifié la colonisation de crime contre l’humanité. Il n’était alors que candidat à la présidence. Une fois élu, ses historiens patentés ont rectifié le « tir » en prétextant qu’il voulait dire un crime « contre l’humain ». Attendre d’un français qu’il aille au bout de la vérité sans tenir compte des intérêts de son pays, c’est faire preuve d’une grande naïveté. Posons-nous également la question de savoir pourquoi le président français, dans le cadre de la reconnaissance officielle « au nom de la République française, que Maurice Audin a été torturé à mort par des militaires (français NDLR) qui l’avaient arrêté à son domicile », a délibérément oublié  l’odieux assassinat de l’immense Larbi Ben M’Hidi. Ce jour-là Macron avait aussi promis d’ouvrir les archives concernant tous les disparus de la Guerre d’Algérie. C’était le 13 septembre 2018. Huit ans après et toujours rien. Cessons de nous faire des illusions ! Comptons sur nous-mêmes ! Nous avons, aujourd’hui, les moyens de créer notre récit national sans aucune aide étrangère. Une aide étrangère qui serait de toute manière, toxique. À ce propos, nous rendons un grand hommage à Madame Fatma-Zohra Benbraham qui, en plus d’être avocate, est chercheuse en droit et en histoire. Elle était présente aux 1ères assises sur la mémoire et l’histoire, ouvertes le 27 octobre dernier. En marge des travaux, elle a déclaré au site « Casbah tribune » que « ces assises interviennent à temps. On les avait demandées depuis très longtemps… Aujourd’hui le Président a initié ces assises qui nous permettent d’exposer nos points de vue… ». Après avoir rappelé que « l’histoire a été falsifiée par les Français…notre histoire, celle que nous connaissons aujourd’hui, c’est une histoire qui a été écrite à travers les documents français…Les livres et documents sont d’essence coloniale, mais la France n’a jamais écrit la vérité sur l’histoire algérienne. Elle a écrit une histoire qui lui allait comme un gant et qu’elle a essayé de nous soumettre et de nous imposer…Aujourd’hui, grâce à la recherche(…)nous sommes en train de découvrir que la version historique française diffère de très loin de la version historique algérienne… ». Elle a rappelé, à juste titre que l’histoire du colonisé ne peut pas être la même que celle du colonisateur. Un bon sens qui écarte toute collaboration avec les représentants de l’ancienne puissance ennemie. Il n’y a rien à attendre de la France. Dans quelle langue faut-il le dire pour être compris ? Au mieux, la France nous livrera des copies d’archives falsifiées. Un pays qui a tant fait couler le sang, commis d’innombrables monstruosités, sans interruption durant un siècle et demi, ne peut pas, du jour au lendemain, devenir humain et empathique. Une fois qu’on a fini d’attendre, d’autres archives se trouvant en Turquie, en ex-Yougoslavie, en Angleterre et bien d’autres pays européens, sont déjà exploitées par nos chercheurs. Il y a aussi les milliers de témoignages recueillis et conservés au ministère des moudjahidine. Ce qui est suffisant pour obtenir un récit national en toute souveraineté. Il faut aussi noter que la colonisation et la Guerre d’Algérie ne sont que des pans de notre histoire. Pas toute notre histoire. Lors de la visite du Pape Leon 14, il a été beaucoup question de Saint Augustin de l’an 400. Le préambule de notre Constitution fixe les périodes « depuis le royaume numide à l’épopée de l’Islam jusqu’aux résistances aux entreprises coloniales ». Les matériaux existent. Nous avons perdu trop de temps. Les Algériens attendent leur histoire. L’article 80 de la Constitution, précise dans son alinéa 3 que « L’État œuvre à la promotion de l’écriture de l’histoire de la Nation et de son enseignement aux jeunes générations ». Le chemin est tracé !

Zouhir Mebarki

zoume600@gmail.com