DU PHOSPHATE AU TOURISME, EN PASSANT PAR LA PÊCHE, L’AGRICULTURE ET LES PROJETS D’INFRASTRUCTURE : Les leviers de l’occupation marocaine au Sahara occidental

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Présenté lundi à Madrid, un rapport international met en lumière le rôle des ressources naturelles, des infrastructures et du tourisme dans la consolidation de l’occupation marocaine du Sahara occidental.

Le document pointe notamment les investissements à Dakhla occupée et les liaisons aériennes de Ryanair, appelant à une plus grande responsabilité des entreprises étrangères. Du phosphate au tourisme, en passant par la pêche, l’agriculture et les grands projets d’infrastructure, l’exploitation des richesses du Sahara occidental occupé continue de soulever des interrogations sur le respect du droit international et des droits du peuple sahraoui. C’est ce que relève un rapport international présenté lundi à Madrid, qui analyse les mécanismes économiques contribuant, selon ses auteurs, à renforcer la présence marocaine sur ce territoire en attente de décolonisation. Intitulé « Le tourisme dans le contexte de l’occupation : Dakhla, de base militaire à perle du désert », le document a été coordonné par le groupe de travail sahraoui sur les ressources naturelles et les questions juridiques connexes. Il examine la manière dont les investissements économiques et les projets d’aménagement participent à l’intégration du territoire sahraoui dans le système économique marocain. Le rapport met notamment en cause l’exploitation des phosphates de Bou Craa, les ressources halieutiques de la baie de Dakhla et l’expansion de l’agriculture intensive, fortement consommatrice d’eau souterraine. À ces activités s’ajoutent les projets d’énergies renouvelables, les infrastructures routières, les aéroports et le futur port Dakhla Atlantique, présentés comme autant de leviers économiques renforçant le contrôle marocain sur le territoire.

Des investissements au service de l’intégration économique du territoire

Selon les auteurs du rapport, ces projets ne répondent pas prioritairement aux besoins de développement de la population sahraouie. Ils contribueraient plutôt à faciliter l’exportation des ressources naturelles et à encourager l’installation de populations marocaines, tandis que les Sahraouis demeurent marginalisés et privés des retombées économiques liées aux richesses de leur territoire. Le document met ainsi en garde contre les conséquences à long terme de ces investissements, susceptibles d’ancrer une réalité économique et géopolitique qui compliquerait davantage le processus de décolonisation du Sahara occidental. Il souligne également que l’exploitation des ressources naturelles et la transformation des structures démographiques et économiques du territoire soulèvent de sérieuses questions au regard du droit international humanitaire. Le rapport rappelle, dans ce contexte, que le Sahara occidental figure toujours sur la liste des territoires non autonomes des Nations unies et que son statut international demeure distinct de celui du Maroc.

Dakhla, le tourisme comme instrument de normalisation

Une partie importante du document est consacrée au développement touristique de Dakhla occupée, que les autorités marocaines ambitionnent de transformer en une destination internationale susceptible d’attirer davantage d’investissements étrangers. Pour les auteurs, la promotion de cette destination ne peut être dissociée du contexte politique et juridique du territoire. Les projets touristiques et les infrastructures qui les accompagnent risqueraient de contribuer à présenter la ville comme une composante ordinaire du Maroc, donnant ainsi une apparence de normalité à une situation d’occupation contestée au regard du droit à l’autodétermination du peuple sahraoui.

Le rapport s’intéresse particulièrement au secteur aérien, notamment aux vols opérés par la compagnie irlandaise Ryanair entre Madrid et Dakhla. Ces liaisons sont analysées comme un facteur supplémentaire d’intégration de la ville au réseau économique et commercial marocain. Les auteurs alertent également sur le risque de voir les consommateurs européens considérer Dakhla comme une destination marocaine, sans tenir compte du statut juridique international du Sahara occidental. Ils appellent, à ce titre, à une meilleure information de l’opinion publique européenne sur les conséquences politiques et économiques des activités touristiques et commerciales menées dans le territoire occupé.

Les entreprises étrangères interpellées

La responsabilité des entreprises multinationales et des investisseurs internationaux constitue un autre axe central du rapport. Les auteurs soulignent que la participation d’acteurs économiques étrangers à des projets réalisés au Sahara occidental soulève des interrogations juridiques et politiques, particulièrement lorsque ces activités sont susceptibles de contribuer au maintien de l’occupation. Ils appellent les compagnies aériennes, les voyagistes et les investisseurs à veiller à ce que leurs opérations respectent le droit du peuple sahraoui à l’autodétermination ainsi que sa souveraineté permanente sur ses ressources naturelles. Le document exhorte également la communauté internationale à agir pour empêcher que les projets extractifs et touristiques ne contribuent à consolider la situation actuelle, insistant sur la nécessité de distinguer le développement économique de toute reconnaissance implicite de la souveraineté marocaine sur le territoire. La présentation du rapport à Madrid a réuni des spécialistes, des universitaires, des avocats, des parlementaires espagnols et des représentants sahraouis.

Les participants ont examiné les implications juridiques, politiques et économiques des investissements touristiques au Sahara occidental, ainsi que le rôle des entreprises et des partenaires internationaux dans leur développement. Les échanges ont notamment porté sur les moyens de renforcer la sensibilisation de l’opinion publique européenne et d’accroître la responsabilité des acteurs économiques intervenant dans le territoire.

À travers cette étude, ses auteurs entendent ainsi attirer l’attention sur les liens entre exploitation des ressources naturelles, développement des infrastructures et expansion touristique au Sahara occidental occupé, en réaffirmant que toute activité économique menée dans ce territoire doit prendre en considération les droits du peuple sahraoui et son droit à l’autodétermination.

M. Seghilani