Le roi du Maroc a, dans son discours prononcé vendredi dernier à l’ouverture de la session parlementaire de son pays, dérogé à une tradition royale fondamentale en faisant abstraction, à la surprise générale, de la dite « première cause nationale » pour nommer dans le jargon du Makhzen la question du Sahara occidental. M6 était attendu sur le sujet, à fortiori que le dossier fait actuellement l’objet de discussions au Conseil de sécurité des Nations unies avec, notamment, le briefing de l’Envoyé personnel du Secrétaire général de l’ONU, la réunion de la commission de décolonisation en attendant la question du renouvellement du mandat de la MINURSO (Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental) prévue le 31 octobre prochain. Le souverain, tout au long de son discours qui a duré une dizaine de minutes, n’a prononcé aucun mot, ni même fait allusion à ce que le Makhzen revendique comme « Sahara marocain ». Le fait que le dossier du Sahara occidental soit passé sous silence au plus haut niveau de la hiérarchie marocaine, cela doit bien cacher quelque chose. Le Makhzen s’est dégonflé sur le dossier il y a quelques temps. Mais que le roi passe à côté d’une question qui fonde le déni qui constitue l’ADN de la politique étrangère du royaume, il est tout à fait légitime de s’interroger sur les raisons derrière. Deux raisons peuvent expliquer ce qui aurait contraint le Makhzen à conseiller au roi de s’abstenir de parler du Sahara occidental au risque d’essuyer un énième échec diplomatique. Il est d’abord question du conseiller principal du président américain, Messad Boulos, qui a récemment donné une lecture sur la résolution 2797, adoptée le 31 octobre 2025, qui s’oppose tout à fait au récit marocain qui fait le forcing pour laisser entendre que le plan d’autonomie serait au cœur des négociations entre les deux parties en conflit, le Royaume du Maroc et le Front Polisario. Cette sortie du collaborateur de Donald Trump, dont le soutien à « la marocanité » est sérieusement remis en question, a déplu au Makhzen, lui qui n’a cessé d’épancher sa propagande dans ses manœuvres dilatoires visant à imposer le fait accompli sur la question de la dernière colonie en Afrique. Deuxième raison derrière l’absence du sujet dans le discours du roi, c’est le rapport du S.G. de l’ONU, Antonio Guterres, sur le Sahara occidental et dont une copie a été remise le 1ᵉʳ octobre passé au Conseil de sécurité. Là encore, le Makhzen a raté le coche. Non seulement le document du chef de l’ONU a replacé le droit du peuple sahraoui à l’autodétermination au cœur de probables négociations entre le Maroc et le Polisario, mais il a aussi exprimé ses inquiétudes sur la dégradation des droits de l’homme dans les territoires occupés.
Farid Guellil
