À l’approche du 17 avril, date marquant la Journée du prisonnier palestinien, les institutions palestiniennes chargées des affaires des détenus, ainsi que les forces et factions nationales, ont annoncé un programme national unifié de commémoration, lors d’une conférence de presse tenue ce mardi dans le cadre de leur sit-in hebdomadaire de solidarité avec les prisonniers. Cette année, les commémorations revêtent un caractère exceptionnel et se dérouleront sous un slogan central : « Ensemble pour faire tomber la loi d’exécution des prisonniers », en référence à la récente adoption, par la Knesset, d’un projet de loi autorisant la peine de mort contre des détenus palestiniens. Les organisations dénoncent également ce qu’elles qualifient de « guerre parallèle d’extermination » menée dans les prisons israéliennes. Devant des banderoles dénonçant la législation israélienne et l’interdiction des visites du Comité international de la Croix-Rouge ainsi que celles des familles, les institutions ont annoncé que le jeudi 16 avril constituerait le point culminant des actions. Des rassemblements centraux sont prévus à midi dans plusieurs villes : Ramallah, Hébron, Bethléem, Naplouse, Jénine, Qalqilya, Tubas et Salfit. Une mobilisation spécifique est également prévue à Ariha à 11 heures du matin. À Naplouse, une seconde activité est programmée le dimanche suivant, accompagnée de séminaires consacrés à la loi sur la peine de mort et aux violences sexuelles dénoncées dans les prisons.
Une loi jugée «raciste et coloniale»
Dans une déclaration lue par le président du Club des prisonniers palestiniens, Abdallah Al-Zaghari, les institutions ont estimé que la loi sur l’exécution des prisonniers constitue un « tournant dangereux » dans la structure de la violence coloniale. Selon cette analyse, cette législation ne se limite pas à « légaliser des meurtres », mais inaugure une nouvelle étape de « normalisation de l’extermination systématique », en visant spécifiquement les Palestiniens.
Le texte dénonce une approche discriminatoire et raciale, inscrite dans une logique visant à transformer les outils de répression en système juridique complet. Al-Zaghari a affirmé que cette loi s’inscrit dans la continuité d’une politique d’exécutions extrajudiciaires menée depuis des décennies, soulignant que malgré les transformations du système international des droits humains, « l’impunité demeure ».
Appel à une mobilisation internationale
Le responsable palestinien a appelé la population palestinienne et les « libres du monde » à participer activement aux mobilisations prévues le 16 avril, en Cisjordanie ainsi que dans plusieurs pays arabes et européens. Il a insisté sur la nécessité de faire du 17 avril une Journée internationale renouvelée de solidarité avec les prisonniers palestiniens, afin de renforcer la pression pour l’abrogation de cette loi et pour la libération des détenus. Le président de l’Autorité des affaires des prisonniers et ex-prisonniers, Raed Abu al-Humus, a déclaré que « la guerre d’extermination ne s’est pas arrêtée », évoquant une « extermination silencieuse » au sein des prisons sionistes. Il a alerté sur la gravité des violations constatées, estimant qu’elles pourraient provoquer une « véritable explosion » si elles étaient pleinement révélées. De son côté, Abu Youssef, membre du Comité exécutif de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), a appelé à une mobilisation politique, juridique et diplomatique internationale pour faire échouer cette législation.
M. Seghilani
Témoignages et détérioration de la situation
Selon les données citées par les institutions, environ 90 prisonniers seraient morts en détention, tandis que les conditions de détention continueraient de se dégrader fortement. Dans la ville de Naplouse, des centaines de familles de prisonniers ont participé à un rassemblement de solidarité, brandissant des portraits de leurs proches et appelant la communauté internationale à intervenir. Le directeur du Club des prisonniers à Naplouse, Mouzafar Dughqan, a indiqué que près de 350 enfants palestiniens seraient actuellement détenus, dénonçant des conditions contraires au droit international. La dirigeante du Front démocratique pour la libération de la Palestine, Majda Al-Masri, a estimé que la loi sur la peine de mort s’inscrit dans une « escalade législative dangereuse », reflétant, selon elle, une orientation politique extrémiste. Elle a affirmé que ces mesures s’inscrivent dans un contexte plus large de guerre contre le peuple palestinien et visent à affaiblir son droit à la résistance. Des proches de détenus ont également pris la parole. La mère du prisonnier Mou’tassim Amleh a regretté la baisse de participation aux manifestations de soutien, évoquant une forme de lassitude au sein de la société. Le frère du prisonnier Ahmed Al-Kharaz a dénoncé l’absence d’informations sur son frère depuis plusieurs mois et a critiqué les autorités palestiniennes pour leur gestion de ce dossier.
Le cas de Marwan Barghouti : symbole et tensions
Les institutions ont également mis en garde contre la situation du dirigeant palestinien Marwan Barghouti, détenu depuis plus de deux décennies.
Elles affirment qu’il subit des agressions répétées ayant provoqué des blessures et des saignements, dans un contexte d’isolement prolongé et de privation de soins. Selon ces organisations, les responsables pénitentiaires poursuivent une politique de détention stricte visant également d’autres dirigeants palestiniens. Barghouti, figure centrale du mouvement national palestinien, est considéré comme l’un des symboles de la cause des prisonniers.
À quelques jours de la Journée du prisonnier palestinien, les institutions palestiniennes appellent à une mobilisation massive, nationale et internationale. Elles présentent cette édition comme un moment charnière, marqué par l’adoption d’une législation controversée en Israël et par une détérioration persistante des conditions de détention. Entre appels à la mobilisation, accusations de violations systématiques et témoignages de familles, cette journée du 17 avril s’annonce comme un nouveau point de tension majeur dans le dossier des prisonniers palestiniens.
M. S.














































