La culture de consommation durant le Ramadhan en Algérie a toujours été caractérisée par une augmentation massive des dépenses (trois à quatre fois plus) et une frénésie d’achats, entraînant souvent du gaspillage alimentaire malgré les appels à la modération. Bien que ce phénomène ait connu une petite régression, il reste toutefois dominant chez beaucoup de ménages qui privilégient la viande, les produits laitiers et les douceurs, entraînant une forte hausse des prix due à la spéculation. Une situation que le Président de l’Association nationale pour la protection des consommateurs (El-Aman), Hacene Menouar, a confirmé tout en tentant d’expliquer son origine et en proposant des solutions permettant d’encourager les Algériens à adopter une culture de consommation rationnelle. Dans des déclarations qu’il a faites au Courrier d’Algérie, Menouar a d’abord salué les nombreuses mesures prises par les autorités, a la veille du mois sacré, en vue de stabiliser les prix et d’assurer la disponibilité des produits. Il a, toutefois, abordé le comportement négatif de certains consommateurs qui tendent souvent à encourager la spéculation au lieu d’aider à l’atténuer. Selon Menouar ; «les consommateurs algériens se comportent selon le contexte de la consommation en Algérie». Pour expliquer ce constat, il a rappelé le temps ou les gens devaient, dans un contexte particulier, faire du stockage et des approvisionnements, soulignant que cette mentalité est restée jusqu’au jour d’aujourd’hui. « Le Ramadhan, pour ces familles, devrait avoir cette ambiance de frénésie, d’aller faire les provisions en avance, de rentrer dans les rumeurs, dans les fake news, ou d’aller faire les longues files d’attente pour acheter tel ou tel produit», a relevé notre interlocuteur. Soulignant que beaucoup de facteurs sont à l’origine de la frénésie et de la surconsommation, le président de l’association El Aman a tenu à signaler que les pouvoirs publics, sans s’en rendre compte, « ont une part de responsabilité en créant l’affolement dans les discours officiels ou ils parlent de manière un peu exagéré de l’approvisionnement du marché en prévision du mois de Ramadhan ». Pour Menouar; « le fait de trop se focaliser sur les prix, les marchés et la disponibilité des produits de large consommation peuvent malheureusement impliquer une situation inverse à savoir la frénésie et l’affolement des consommateurs ».
Mobiliser les écoles, les mosquées et les médias
Afin d’inculquer une bonne culture de consommation au sein de la société, le président de l’association El-Aman propose de remédier à cette problématique à travers notamment les écoles. Il estime qu’il est important de consacrer des cours et des matières pour apprendre aux enfants dés leurs jeunes âges comment consommer de manière civilisée et rationnelle. Notre interlocuteur estime qu’il y a également un travail à faire dans ce sens dans les mosquées. «Nous avons un grand nombre de mosquées qui pourraient jouer un rôle très important à ce sujet» dira-t-il, sans oublier d’évoquer le rôle essentiel des médias. Pour l’intervenant du Courrier d’Algérie, il s’agit ici d’un phénomène social devant être traité, par le biais de l’élite du pays dont les chercheurs en sciences humaines. Ces derniers sont invités à faire des recherches et tenter de trouver de bonnes solutions à proposer, par la suite aux pouvoirs publics.
La mobiLisation des autorités saluée
Entamés depuis plusieurs semaines déjà, les préparatifs du mois de Ramadhan en vue d’assurer la disponibilité des produits de large consommation et de faire face notamment à la spéculation ont été, par ailleurs, salués par l’association El-Aman. Menouar a mis en avant l’importance de l’anticipation pour justement pouvoir passer un Ramadhan en toute sérénité. «En tant qu’association consumériste, on ne peut qu’apprécier ces décisions, sachant que depuis 2020 c’est le président de la République lui même qui intervient dans l’intérêt du consommateur», a souligné notre interlocuteur. Il a rappelé les nombreuses décisions prises dans ce sens citant à titre d’exemple celle liée à l’installation des détecteurs de monoxyde de carbone dans les foyers de vie, pour éviter les accidents du CO. Évoquant la mesure liée à l’ouverture de 560 marchés de proximité au niveau national, Menouar estime « que ce n’est pas chose facile, mais les expériences des années précédentes ont prouvé l’efficacité de ces marchés qui ont permis d’atténuer de manière importante la spéculation et la hausse des prix durant le Ramadhan. Selon Menouar, il serait même le temps de penser à mettre en place ces marchés de proximité tout au long de l’année et pas uniquement durant le mois sacré. « Nous sommes une association de consommateurs, donc on est des éternels insatisfaits. On voudrait que ces marchés restent après Ramadhan, au moins dans une grande majorité des villes et des localités. On voudrait aussi qu’il y ait la réalisation de grandes surfaces commerciales, comme des hypermarchés, des supermarchés pour l’avenir», a-t-il proposé.
« S’occuper des marchés informels »
Évoquant, à la même occasion, le contrôle commercial durant le mois de Ramadhan, Menouar a rappelé l’existence de 9 000 contrôleurs commerciaux en plus des contrôleurs des communes, pour assurer un bon travail sur le terrain. Cependant il a tenu à relever que ce contrôle couvre uniquement le marché formel, sachant que le reste du marché est informel, soit à 50%. Et c’est à ce niveau que se pose le problème, déplore-t-il, car cette partie du marché n’est pas contrôlée. Selon Menouar, c’est l’une des raisons essentielles qui font que notre commerce souffre encore d’arnaques, d’irrespects des normes et de sécurité sanitaire des aliments. Une situation qui tend à s’aggraver durant le mois de Ramadhan ou la consommation double, d’où la nécessité de la sensibilisation des consommateurs, pour éviter tout soucis lié à la qualité des produits pouvant impliquer des problèmes de santé parfois graves en plus de pertes économiques.
Ania Nait Chalal













































