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KHALED MECHÂAL, CHEF DU HAMAS À L’ÉTRANGER : « La situation exige une vision nationale unifiée »

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Le chef du mouvement Hamas palestinien à l’étranger, Khaled Mechâal, a déclaré que les Palestiniens se trouvent aujourd’hui face à une réalité extrêmement difficile, après deux années de guerre de destruction contre la bande de Ghaza. I l a souligné que l’arrêt des combats ne signifie nullement la fin des souffrances, dans un contexte marqué par la poursuite de l’agression et des violations israéliennes à Ghaza et en Cisjordanie, ainsi que par ce qu’il a qualifié de « brutalité sioniste » et de tentatives de domination et de soumission dans la région. S’exprimant lors du 17e Forum d’AlJazeera, tenu à Doha sous le thème « La cause palestinienne et les équilibres régionaux », Mechâal a affirmé que la situation humanitaire à Ghaza demeure dramatique et que la phase actuelle exige bien plus que l’ouverture du point de passage de Rafah. Il a insisté sur la nécessité d’assurer l’aide humanitaire, l’hébergement des déplacés, la cessation des violations israéliennes et l’application complète des exigences de la première phase de tout l’accord. Il a indiqué que les Palestiniens s’apprêtent à entrer dans une deuxième phase marquée par de grandes interrogations portant notamment sur le désarmement, la présence de forces internationales, le projet dit de «Conseil de la paix », ainsi que le retrait de l’occupation de la « ligne jaune » vers l’extérieur de la bande de Ghaza. Selon lui, ces dossiers constituent des défis stratégiques majeurs qui ne peuvent être contournés. Le dirigeant de Hamas a souligné que son mouvement, en coordination avec les autres acteurs palestiniens, œuvre à l’élaboration d’approches politiques issues d’une vision nationale unifiée, visant à proposer des solutions concrètes aux grandes questions, afin de rétablir Ghaza dans une situation normale et d’ouvrir la voie à une démarche similaire en Cisjordanie. Évoquant les conséquences de l’opération « Déluge d’Al-Aqsa » et de la guerre menée contre Ghaza, Mechâal a estimé qu’elles ont « secoué le monde » et remis au centre du débat la question du règlement du conflit palestinien. Il a rappelé que plusieurs conférences internationales ont été consacrées à la création d’un État palestinien, tout en s’interrogeant : « Que se passera-t-il après ? » Il a accusé Israël, les États-Unis et certaines parties internationales de vouloir traiter Ghaza et la Cisjordanie comme des entités géographiques dispersées, privées de lien national, d’identité politique et de perspective d’avenir. Mechâal a insisté sur la nécessité de tirer profit des résultats politiques de la guerre en affirmant que la racine du problème demeure l’occupation. Il a ajouté que la reconnaissance de l’État palestinien par 159 pays constitue un pas positif mais insuffisant, tant que cet État ne se matérialise pas concrètement sur le terrain.

LA PHILOSOPHIE DE LA RÉSISTANCE
Dans un autre volet de son intervention, Khaled Mechâal a défendu la philosophie de la résistance, qu’il a définie par un principe clair : «Tant qu’il y a occupation, il y a résistance ». Il a affirmé que la résistance est un droit garanti par les lois internationales et les législations religieuses, et qu’elle fait partie de la mémoire des peuples fiers de leur histoire de lutte. Il a critiqué ce qu’il a qualifié de « paradoxe étrange », à savoir les appels au désarmement du peuple palestinien qui se défend, parallèlement à la légitimation des armes de groupes qu’il a décrits comme « milices supplétives ». Selon lui, ces tentatives visent à créer le chaos pour combler un vide sécuritaire, un scénario que le peuple palestinien et les forces de résistance refuseront. «Parler de désarmement revient à vouloir transformer notre peuple en victime facile à éliminer et à exterminer par une puissance armée de tout l’arsenal international », a-t-il déclaré. Il a indiqué que les médiateurs, notamment le Qatar, la Turquie et l’Égypte, comprennent la position du Hamas sur la question des armes, ajoutant qu’il est possible, à l’abri des pressions, de parvenir à des garanties, car le danger, selon lui, vient d’Israël et non de Ghaza, qui a besoin d’un long processus de reconstruction et de rétablissement. Mechâal a également estimé que la présence de forces internationales le long de la barrière séparant Ghaza des territoires occupés pourrait constituer une garantie supplémentaire de stabilité. Il a rappelé que le Hamas avait proposé une trêve de cinq à dix ans, durant laquelle les armes ne seraient ni utilisées ni exhibées, avec des garanties assurées par les médiateurs. Il a affirmé que le problème ne réside pas dans les armes de la résistance, mais dans la volonté de l’entité sioniste de confisquer les armes palestiniennes pour les remettre à des milices afin de semer le chaos, citant certaines formations armées soutenues par l’ennemi sioniste.

L’ENTITÉ SIONISTE, UNE MENACE EXISTENTIELLE
Sur le plan régional, Mechâal a déclaré que le problème majeur du monde arabe et musulman avec Israël ne se limite plus à l’occupation de la Palestine, mais concerne une menace existentielle pour l’ensemble de la région. Il a cité la Syrie, estimant que le nouvel ordre politique en formation y est immédiatement confronté à l’hostilité israélienne, qui chercherait à fragiliser la structure de la société syrienne. Il a également mis en garde contre les risques pesant sur la Jordanie en raison des politiques de déplacement forcé et d’expansion coloniale en Cisjordanie, ainsi que sur l’Égypte, rappelant les déclarations du Premier ministre israélien exprimant ses inquiétudes face à la montée en puissance de l’armée égyptienne. Selon lui, « il existe un danger sioniste pour l’existence même de la Nation arabe et musulmane », ce qui impose l’adoption de stratégies communes de protection et un travail collectif pour se positionner sur la scène internationale.

TRANSFORMATIONS DU SYSTÈME INTERNATIONAL
Khaled Mechâal a enfin évoqué les mutations observées dans l’opinion publique mondiale en faveur de la cause palestinienne, en particulier chez les jeunes aux États-Unis et en Europe, dans les universités et sur les réseaux sociaux, ainsi qu’un changement progressif au sein des élites politiques et culturelles. Il a estimé que le monde commence à percevoir Israël comme un fardeau moral, politique et économique, soulignant que la montée de la colère populaire internationale a contribué à la pression en faveur de l’arrêt de la guerre contre Ghaza, par crainte de ses répercussions sur la stabilité intérieure de plusieurs pays occidentaux. Il a appelé à passer d’une posture défensive à une offensive politique et juridique sur la scène internationale, en poursuivant Israël devant les instances compétentes et en consolidant son image d’entité menaçante pour la sécurité et les intérêts mondiaux, à l’instar de l’ancien régime d’apartheid en Afrique du Sud. Il a enfin insisté sur l’importance d’exploiter les transformations en cours dans l’ordre international, marquées par l’émergence d’un monde multipolaire et la recomposition des structures politiques mondiales, afin de permettre aux peuples arabes et musulmans de renforcer leur position et leur influence dans les équilibres internationaux.
M. Seghilani

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