La cinquième vague de Palestiniens autorisés à regagner la bande de Ghaza est arrivée par le poste-frontière terrestre de Rafah depuis le côté égyptien, tandis que l’Égypte a accueilli, dans le même temps, un nouveau groupe de blessés et de malades palestiniens pour y recevoir des soins médicaux. Cette opération se déroule dans un contexte de restrictions persistantes imposées par l’occupation et de fermetures répétées du passage. Selon des sources au postefrontière, les membres de cette cinquième vague sont parvenus jusqu’à l’esplanade principale du terminal de Rafah, où les procédures administratives sont en cours d’achèvement avant leur retour effectif dans la bande de Ghaza. Les équipes du CroissantRouge égyptien ont pris en charge les rapatriés et facilitent les formalités en coordination avec les autorités compétentes. Parallèlement, les autorités égyptiennes ont reçu la cinquième vague de blessés et de malades palestiniens en provenance de Ghaza pour y être soignés. Ce groupe comprend 44 patients et blessés, transférés via le postefrontière de Rafah en vue de leur orientation vers des hôpitaux égyptiens, puis, pour certains cas, vers des établissements médicaux à l’étranger afin de poursuivre leur traitement. À cet effet, le ministère égyptien de la Santé a installé un point médical à l’intérieur du poste-frontière pour examiner les arrivants et trier les cas, avant leur évacuation vers les hôpitaux à bord d’ambulances équipées. D’après des statistiques locales, seuls 138 Palestiniens ont été autorisés par l’occupation à quitter la bande de Ghaza durant quatre jours, tandis que 77 personnes seulement ont pu y revenir. L’armée d’occupation a en outre fermé le passage les vendredi et samedi sans en préciser les raisons. Plusieurs rapatriés ont témoigné avoir subi des interrogatoires et des humiliations de la part des soldats de l’occupation au niveau du poste-frontière de Rafah, côté palestinien, ainsi que lors de leur passage sur la route Salah adDin, dans les villes de Rafah et Khan Younès, au sud de la bande de Ghaza. Il est à rappeler que le poste-frontière de Rafah a été rouvert partiellement le 2 février courant pour la première fois depuis près de deux ans. Après environ un an et demi de fermeture, l’occupation avait autorisé une ouverture limitée du passage le 1er février, alors que des dizaines de milliers de personnes bloquées à l’extérieur de Ghaza aspiraient à rentrer après une longue attente et une absence forcée. Cependant, la joie suscitée par cette réouverture n’a pas suffi, selon les rapatriés, à effacer la dureté du voyage ni les souvenirs des scènes d’humiliation et de souffrance subies aux mains des soldats de l’occupation. Assise dans la tente de son fils à AlMawassi, à Khan Younès, au sud de la bande de Ghaza, Sabah Saleh, 65 ans, raconte son retour éprouvant. Elle a perdu son mari et trois de ses fils lors du bombardement de leur maison dans la localité d’Abassan. Partie en Égypte en avril 2024 pour se faire soigner avec la femme de son fils, elle s’est retrouvée contrainte de rester bloquée à l’extérieur après la fermeture complète du passage. « Je ne savais pas que ce voyage médical se transformerait en une absence prolongée », confie-t-elle. « Peu après mon départ, le passage a été totalement fermé. Nous sommes restés assiégés hors de Ghaza, malgré la fin de mon traitement. » Selon les données du ministère palestinien de la Santé, depuis le 7 octobre 2023, près de 72 000 Palestiniens ont été tués et plus de 171 000 blessés. Le cas de Sabah Saleh illustre ainsi l’ampleur de la tragédie humaine vécue par les déplacés et les personnes bloquées hors de Ghaza. Elle ajoute : « Je voulais seulement revenir à Ghaza pour vivre avec mon fils Ahmad, le seul survivant, et mes petits-enfants. » Inscrite dans la deuxième vague de retour le 3 février, elle décrit un trajet long et éprouvant, marqué par des heures d’attente et des contrôles sévères. « Nous avons été fouillés de manière humiliante, menottés, les yeux bandés, et laissés pendant des heures dans le froid », témoignet-elle. Elle affirme également que les soldats de l’occupation ont confisqué ses médicaments ainsi que les jouets qu’elle avait achetés pour ses petits-enfants. D’après des sources médicales à Ghaza, près de 20 000 malades et blessés attendent toujours l’autorisation de quitter le territoire pour se faire soigner à l’étranger. Son fils Ahmad, 35 ans, installé avec ses trois enfants dans une tente à Al-Mawassi après la destruction des maisons familiales, souligne que le retour de sa mère a apporté un peu de réconfort à une famille brisée par la guerre. « Sa présence parmi nous atténue une part de notre douleur, même si nous vivons sous une tente après la mort de mon père et de mes frères », dit-il. Selon un rapport officiel d’organismes palestiniens et les statistiques du Bureau central palestinien des statistiques, environ 100 000 Palestiniens ont quitté la bande de Ghaza de manière forcée ou contrainte entre octobre 2023 et la fin de l’année 2025, en raison des destructions massives et des déplacements imposés par la guerre. La fille de Sabah, Abir, 37 ans, exprime un sentiment mêlé de joie et de tristesse : « Mon bonheur de voir ma mère revenir est immense, mais la douleur est plus grande encore… si seulement mon père et mes frères étaient encore avec nous aujourd’hui. » Sabah Saleh n’est pas un cas isolé, mais l’une des centaines d’histoires portées par les voyageurs et les rapatriés du postefrontière de Rafah, où la joie des retrouvailles se mêle à l’amertume des pertes, et l’espoir du retour aux souvenirs de fouilles, d’attente et de privations. Durant les premiers jours de la réouverture du passage, les autorités d’occupation n’ont autorisé qu’un nombre très limité de passages. Environ douze personnes seulement ont pu entrer en Égypte le premier jour, principalement des malades et leurs accompagnateurs. Les jours suivants, les mouvements sont restés très en deçà des besoins réels de milliers de citoyens bloqués, confirmant que le poste-frontière fonctionne toujours à capacité très réduite et sous des mesures de contrôle strictes.
M. Seghilani















































