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TENTATIVE D’ISOLEMENT DES TERRITOIRES SAHRAOUIS OCCUPÉS : Rabat en désespoir de cause  

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Depuis plus d’une décennie, les territoires sahraouis occupés vivent sous un régime de fermeture quasi totale aux regards extérieurs. Entre 2014 et le 24 août dernier, les autorités marocaines ont expulsé ou interdit l’accès à 329 observateurs étrangers, parmi lesquels figurent des parlementaires, des défenseurs des droits humains et des journalistes issus de 21 pays, selon un communiqué conjoint de la Ligue pour la protection des prisonniers sahraouis dans les prisons marocaines (LPPS) et de l’Association française d’amitié et de solidarité avec les peuples d’Afrique (AFASPA).

Les derniers cas recensés concernent deux défenseurs des droits humains de l’organisation Non-violence, refoulés alors qu’ils tentaient de se rendre dans les territoires sahraouis. Pour les organisations signataires, ces expulsions s’inscrivent dans une stratégie délibérée visant à empêcher toute observation indépendante de la situation sur le terrain. Selon les mêmes sources, 27 ressortissants étrangers ont été expulsés depuis le début de l’année en cours. Parmi eux figurent des parlementaires, des militants des droits humains et des journalistes en provenance notamment d’Espagne, des États-Unis et du Portugal. Ces mesures sont présentées comme faisant partie du blocus sécuritaire et médiatique imposé aux territoires sahraouis occupés. Les statistiques révèlent une tendance lourde : la Norvège arrive en tête des pays dont les ressortissants ont été expulsés, avec 133 personnes, suivie de l’Espagne (105). Viennent ensuite la Suède (9), l’Italie (6), les États-Unis (6), la France (6), la Pologne (5) et le Royaume-Uni (4). Cette diversité géographique souligne le caractère systématique des restrictions, qui ne ciblent pas un pays en particulier mais toute tentative de regard international indépendant. Au-delà des expulsions individuelles, les autorités marocaines ont également interdit ou expulsé au moins sept organisations internationales de défense des droits humains au cours des dernières années. Parmi elles figurent Human Rights Watch, Amnesty International, Nonviolence, Novact et la Fondation Carter. L’objectif, selon la LPPS et l’AFASPA, est clair : empêcher ces organisations de documenter les violations graves des droits humains et le pillage des ressources naturelles du peuple sahraoui. Plus grave encore, le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’Homme (HCDH) se voit refuser l’accès aux territoires sahraouis pour la neuvième année consécutive, une situation dénoncée par de nombreuses ONG internationales comme une entorse majeure aux mécanismes onusiens de protection des droits fondamentaux. Cette fermeture est d’autant plus préoccupante que la MINURSO, mission des Nations unies chargée de l’organisation d’un référendum au Sahara occidental, ne dispose toujours pas de prérogatives lui permettant de surveiller ou d’enregistrer les violations des droits humains. Cette lacune institutionnelle, dénoncée depuis des années, a offert selon les observateurs un terrain propice à la poursuite des abus contre les civils sahraouis, dans un contexte d’impunité quasi totale. Pour Hassanna Douihi, membre de la LPPS, la situation dans la partie occupée du Sahara occidental est marquée par un blocus militaire étouffant et un black-out médiatique sévère. Il affirme que ces mesures sont « méthodiques » et visent à isoler les territoires sahraouis du reste du monde, afin d’étouffer toute information sur les violations commises par l’occupant. Derrière les chiffres et les statistiques, c’est ainsi toute une stratégie de fermeture et de contrôle de l’information qui se dessine, faisant du Sahara occidental l’un des territoires les plus difficiles d’accès pour les observateurs internationaux. Une situation qui pose, une fois de plus, la question de la responsabilité de la communauté internationale face à un conflit gelé, mais dont les conséquences humaines demeurent bien réelles.

M. S.

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