La 12e édition du Festival international du film d’Alger (AIFF) a tiré son rideau mercredi soir au Théâtre national algérien Mahieddine-Bachtarzi, à l’issue d’une semaine dense marquée par la célébration du cinéma algérien et mondial. La cérémonie de clôture, placée sous le signe de la création, de la mémoire et du dialogue interculturel, a consacré les meilleures œuvres en compétition et rendu hommage à des figures majeures du 7e art.
L’événement s’est déroulé en présence du wali d’Alger, Mohamed Abdenour Rabehi, du chef de cabinet du ministère de la Culture et des Arts, Mohamed Sidi Moussa, du Secrétaire général du ministère, Sid Ali Sebaa, du président de l’Autorité nationale indépendante de régulation de l’audiovisuel, Amar Bendjedda, ainsi que de l’ambassadeur de Cuba en Algérie, Hector Igarza Cabrera, pays invité d’honneur de l’édition 2025. Dans une allocution lue en son nom, la ministre de la Culture et des Arts, Malika Bendouda, a souligné la portée stratégique de l’AIFF, qualifiant le festival « d’espace qui traduit la vision de l’État visant à faire de la culture un levier essentiel du développement national et un pilier de notre diplomatie culturelle ». Pour elle, le cinéma demeure un outil d’influence, un vecteur de conscience et une fenêtre ouverte sur les rêves et les aspirations des peuples. Elle a rappelé que l’Algérie, à travers ses institutions, « continue de renforcer sa présence culturelle régionale et internationale », saluant au passage la participation cubaine, reflet des liens historiques profonds unissant Alger et La Havane, basés sur la solidarité, la liberté, le respect de l’être humain et la préservation de la mémoire.
Un palmarès marqué par la diversité et l’engagement
Le Grand Prix du meilleur long-métrage de fiction est revenu au film algérien Roqya du réalisateur Yanis Koussim, consacré par un jury présidé par le cinéaste Karim Traïdia. Le Prix du jury a été attribué ex æquo au film somalien Village aux portes du paradis de Mo Harawe et au film palestinien Rêves éphémères de Rashid Masharawi, récompensant ainsi le pluralisme créatif caractéristique de cette édition.Dans la catégorie documentaire, présidée par la cinéaste allemande Monika Maurer, le Grand Prix a été décroché par Annab du réalisateur algérien Abdallah Kada. Le Prix spécial a distingué le documentaire brésilien Aucun homme n’est né pour être piétiné de Narimane Baba Aïssa et Lucas Roxo, tandis qu’une mention spéciale a été attribuée au film venu de la République arabe sahraouie démocratique Hayou… la chanteuse rebelle Meriem El-Hassan et la lutte du Sahara occidental. Pour les courts-métrages, le jury dirigé par la réalisatrice libanaise Houda Ibrahim a couronné Le foulard noir du réalisateur iranien Ali Reza Shah Hosseini, accordant une mention spéciale à Gardiennes de nuit de l’Algérienne Nina Khada. Le Prix du jury est revenu à La démarche du corbeau du réalisateur algérien Khaled Bentebal.
Innovation technique et prix du public
La cérémonie a également mis en lumière l’excellence technique, récompensée par un jury spécialisé présidé par Rachid Benallal. Plusieurs œuvres se sont distinguées par la qualité de leur image, de leur son et de leur montage, notamment Gardiennes de nuit (Nina Khada), Le Victime zéro (Amine Bentameur), Inconnu (Ahmed Zitouni), Retour à la ville (Djamel Lakehal) et El-Sakia (Naoufel Klach). Le public a pour sa part consacré trois films : le documentaire court The Black Panthers of Algeria de Mohamed Amine Benloulou, le documentaire Deadly Business d’El Kheyer Zidani, ainsi que le long-métrage Hadda du réalisateur Ahmed Riad. Invitée d’honneur de l’édition 2025, la République de Cuba a été chaleureusement célébrée. Son ambassadeur, Hector Igarza Cabrera, a salué un « espace fort pour renforcer les échanges culturels entre deux peuples unis par une longue histoire commune ». Le festival a aussi rendu hommage à plusieurs personnalités : le réalisateur et producteur palestinien Hanna Atallah, la militante et traductrice américaine Elaine Mokhtefi, la réalisatrice allemande Monica Maurer, ainsi que le scénariste algérien Tewfik Farès. Des trajectoires ancrées dans la création, l’engagement et la mémoire.
Ghaza n’a pas été oubliée
La soirée s’est achevée par la projection du film La voix de Hind Rajab de la réalisatrice tunisienne Kaouther Ben Hania. Œuvre poignante mêlant fiction et archives sonores, le film retrace la dernière nuit de la petite Hind Rajab, une enfant palestinienne piégée durant le blocus de Ghaza, et les tentatives désespérées des secouristes pour la sauver. Une clôture à forte charge émotionnelle, rappelant la place du cinéma comme témoin du réel et gardien de la mémoire.
Ouvert le 4 décembre, le festival a réuni 100 films issus de 28 pays, dont 50 en compétition officielle : 16 longs-métrages de fiction, 14 documentaires et 20 courts-métrages. La sélection hors compétition a présenté 51 œuvres, dont six films cubains, huit films palestiniens, ainsi qu’une large « Panorama du cinéma algérien » complétée par une vitrine dédiée au « Panorama du Sud global ». Une édition foisonnante, ancrée dans la pluralité des récits et des esthétiques, qui confirme l’AIFF comme l’un des rendez-vous cinématographiques majeurs de la région, ouvert sur le monde et fidèle à son rôle d’espace d’expression, de mémoire et de résistance culturelle.
M. Seghilani














































