La Haute commission électorale libyenne (HNEC) annonçant qu’elle adopterait une série de mesures judiciaires et légales avant la publication de la liste définitive des candidats à l’élection présidentielle du 24 décembre, en Libye, plonge non seulement dans la durée les attentes des Libyens à tourner, par ce vote, les dix ans d’ingérence étrangère, de violence et de conflit armée entre Libyens, mais semble avoir conforter davantage les doutes sur la tenue réelle du scrutin présidentiel en Libye.
Même si l’ensemble des responsables des pays étrangers, dont les acteurs actifs dans le processus de Berlin I et II ont appelé et insisté sur la tenue de la présidentielle libyenne selon le calendrier fixé, le report de la publication de la liste définitive des candidats, à moins de 12 jours du jour J, le 24 décembre, le temps restant avant cette date verra sans nul doute, l’annonce du report du scrutin et non le début d’une campagne électorale. Après une décennie de chaos, de violence et de conflit armé entre Libyens, sur fond des ingérences étrangères, après l’intervention de l’Otan, en Libye, les intérêts des puissances occidentales convergents et parfois divergeants sur la scène libyenne, ont rythmé le cours des évènements dans ce pays, dont ses principaux acteurs politiques outre qu’ils peinent à dégager un compromis, pour le salut du peuple libyen et de la Libye, la présence de près de 20 000 mercenaires et soldats étrangers en Libye peine à être régler malgré les engagements de la communauté internationale sur l’impératif de les faire quitter la Libye. Le Haut Conseil d’État libyen (HCE) proposant mercredi dernier, de reporter au mois de février prochain l’élection présidentielle prévue le 24 décembre, l’explique en raison de désaccords persistants entre camps rivaux, dont certains répondent davantage aux attentes de leurs soutiens étrangers que celles des Libyens lassés de vivre sous le poids des violences et des incertitudes persistantes sur l’avenir et le destin de leur pays. Ce que devait être un processus électoral avec un calendrier bien défini, par le dialogue inter-libyen sous l’égide des Nations unies, pour permettre au peuple libyen de renouer avec la vie politico-institutionnelle et en finir avec la loi de la force des armes et de la primauté des intérêts des occidentaux sur celle des libyens, semble se transformer en un problème épineux et complexe. Maintenir la tenue du scrutin présidentiel ou l’annonce de son report, ne sont pas sans impacts majeurs sur la suite des évènements dans ce pays. Déjà que l’annonce des candidatures des acteurs les plus en vue, non seulement sur la scène libyenne mais davantage par des soutiens affichés, d’acteurs étrangers influents en Libye, d’un candidat contre l’autre, exaspérant ainsi la course politique au palais présidentiel, risquant de nourrir d’éventuels refus des camps libyens rivaux des résultats du scrutin.
La tenue du scrutin à la date fixée semble de plus en plus incertaine
Les candidatures les plus en vue qui se sont lancées dans la course, non sans bénéficier de soutiens extérieurs, et pour certains depuis des années déjà, Khalifa Haftar, Fathi Bachagha, Abdelhamdi Debeib, Seïf El-Islam el Kedaffi et Aguila Saleh pour ne citer qu’eux. Aussi le cadre légal devant cadré et encadré le scrutin présidentiel n’ayant pas été élaboré et défini pour assurer, des conditions juridiques et objectives, a nourri les contestations des uns et des autres, jusqu’à usage de la violence pour l’exclusion de tel ou tel de la course électorale. Les Libyens qui voyaient en cette élection, la porte qui allait conduire leur pays sur la voie de la stabilité, en renouant avec la vie politico-institutionnelle, par la tenue de la présidentielle, suivie des législatives craignent non seulement un retour à la violence mais les conséquences du sentiment de lassitude vis-à-vis du rôle et des divergences entre les acteurs libyens occupant le devant de la scène. Situation qui pour l’opinion libyenne et des observateurs de la scène libyenne bloque toute perspective de sortie du chaos et de l’instabilité dans lequel le pays est plongé, depuis plus de dix ans. Après les nombreux appels des pays participant à la conférence de Berlin I et II sur la Libye, au respect du calendrier des élections en Libye, notamment les Nation unies, via son Conseil de sécurité et son secrétaire général, menaçant même de sanctions quiconque qui viendrait faire obstacle à ce rendez-vous, la démission quelques jours après le sommet libyen à Paris, de Jan Kubis a moins d’un an de sa nomination à ce poste et moins d’un mois du jour J du scrutin en Libye, n’a pas suscité de réelles inquiétudes chez la communauté internationale. Peu de temps après l’annonce du départ de Jan Kubis, le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres annonce la nomination , de la diplomate américaine, Stéphanie Williams, au poste de sa conseillère spéciale pour la Libye et non au poste de son envoyé spécial pour la Libye. Sur ce qui s’annonce depuis notamment la semaine passée, à savoir le HCE proposant mercredi dernier, de reporter au mois de février prochain l’élection présidentielle du 24 décembre et le HNEC indiquant, samedi dernier, le report de l’annonce de la liste définitive des candidats, la conseillère spéciale pour la Libye , Stéphanie Williams n’a fait aucun commentaire ou déclarations sur ces questions. «Le processus politique tout entier risque d’être sapé» en cas de tenue de la présidentielle à la date prévue, en raison des «tensions, de la méfiance entre les parties et des ingérences étrangères», a déclaré Omar Boshah, le premier vice-président du HCE, au cours d’une conférence de presse à Tripoli. Poursuivant, il dira que si l’élection se tient au rendez-vous prévu, «les résultats ne seraient pas acceptés», a-t-il martelé. Alors que les Libyens espéraient, depuis l’annonce du calendrier électoral par les participants au dialogue politique libyen, de voire les prochaines élections sonner le début de la fin du dialogue des conflits armés qui ravagent le pays depuis plus de dix ans et qui se sont intensifiés, dès 2014, avec le conflit armé opposant le général en retraite Khalifa Haftar au gouvernement de Fayez Essaraj qui bénéficiait de la reconnaissance de la communauté internationale. La guerre civile qui, alimentée depuis dix ans par les intérêts et les ingérences des pays étrangers, principalement les membres de l’Otan et ses alliés, s’est accentuée par les divergences aussi entre ces derniers, a fini par connaître la cessation des bruits des armes, sans pour autant que ces divergences et ces intérêts ont cessé de rythmer le cours des évènements en Libye, dont notamment la course vers la présidentielle, dont la tenue du scrutin à la date fixée semble de plus en plus incertaine.
Karima Bennour