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Virée au village de la fillette disparue aux Ouacifs (Tizi Ouzou) : l’engoisse et la tension montent d’un cran

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L’incertitude plane toujours sur la disparition tragique de la fillette, Nihal Si-Mohand, survenue le 21 juillet dernier, au village Aït-Abdelouahab, relevant de la daïra des Ouacifs (Tizi Ouzou). Au demeurant, l’affaire reste mystérieuse, tant aucune piste n’a été exclue par l’enquête, menée pour retrouver l’enfant de 3 ans.

Pour atteindre le village, il a fallu parcourir une quarantaine de kilomètres depuis le chef-lieu de Tizi Ouzou. L’occasion nous a été donnée, samedi, de parler aux proches de Nihal et les habitants parmi ceux qui se sont mobilisés pour la retrouver «saine et sauve». À Alger, les échos qui parvenaient ne sont pas à même d’éclairer l’opinion sur les circonstances de l’éclipse de cette enfant, qui a laissé des parents médusés et une population sous le choc. Une raison de plus pour aller constater de visu ce qui s’est passé sur les lieux du drame, et faire parler des témoins sur cette affaire, qui semble intéresser à un haut point les autorités centrales, comme en témoigne la réaction faite, jeudi dernier, par le ministre de la Justice, Tayeb Louh. L’histoire aura retenu que cette affaire, aussi éprouvante soit-elle, a fait sortir Aït-Abdelouahab de l’anonymat, comme en témoigne sa large médiatisation.
Il fait un soleil de plomb en ce jour, qui laisse supposer l’accentuation de la détresse de la famille de Nihal en pareilles conditions, surtout pour ce qui est des opérations de recherche, qui touchent à leur 10e jour d’affilée. Mais cela importe peu, puisque la détermination de la population locale et les éléments des services de sécurité, impliqués dans la tâche, leur fait oublier tout le reste. En effet, en partance de la gare de Tizi Ouzou, le bus qui nous embarque met le cap vers les Ath-Ouacifs, distant de 35 kilomètres au sud-est de la wilaya, alors que le village de destination finale se positionne à 5 km de cette daïra. Le véhicule roule à vive allure. Il emprunte la route nationale n° 12, puis le chemin de wilaya n° 30, en traversant le massif forestier de Takhoukht, longeant le fameux barrage de Taksebt. La circulation routière est plutôt timide à cette heure de la matinée, à 9 heures, en ce deuxième jour du week-end. En cours de route, un cortège nuptial qui roule à une grande vitesse vient en sens opposé. Des klaxons conjugués aux youyous fusaient des véhicules. C’est la grande liesse pour certains. Ce n’est pas le cas pour d’autres, telle la famille de l’enfant éclipsée des regards de ses parents. Pourtant, ils étaient venus d’Oran pour assister à une fête de mariage de l’un de leurs proches. L’oncle de Nihal. Mais, le destin leur a réservé un autre sort, aussi malheureux que la disparition tragique d’une fillette de 3 ans. À peine le bus s’engouffre dans le massif boisé de Takhoukhth que la fraîcheur commence à se faire sentir. Le barrage qui s’allonge sur plusieurs kilomètres en allant de l’Oued-Aïssi vers les «Chemins qui montent», pour rappeler le roman de l’éminent homme de lettres, Mouloud Feraoun, se situe à quelques mètres en bas de la route. Les regards des voyageurs sont braqués sur l’étang vert. Certains prennent le lac en photo pendant que d’autres ont préféré tomber dans les bras de Morphée. Pour le reste, les gens sont peu bavards. Peu en parlent de la fillette disparue. Mais, il semblerait qu’ils sont gagnés par la fatigue d’en évoquer le sujet. Il a fallu aborder un homme, la cinquantaine, qui a livré le fond de sa pensée et son sentiment immédiat. «C’est triste pour ses parents. In ch’Allah, ils finiront par la retrouver», a regretté, avant de prier, l’inconnu qui a eu l’amabilité de nous indiquer la situation géographique du village Aït-Abdelouahab. Aussitôt arrivés à l’entrée d’une intersection, que les monts du majestueux Djurdjura apparaissent sous les regards. Fabuleux. On dévie à gauche en traversant un barrage fixe de l’Armée et de la Gendarmerie nationales. Les Ouacifs sont à 25 km de là. La route est bordée des deux côtés par des monticules habillés en vert. Ils sont insaisissables de par leur altitude. En bas, à droite, un affluent de l’Oued-Sébaou se pose en parallèle à notre chemin. S’il est vrai que la localité est réputée être dans le passé un coin de repli pour les groupes terroristes, le village ayant enregistré la disparition de Nihal, par contre, est tout sauf ça. En effet, selon les premiers témoignages recueillis en cours de route, la contrée jouit d’un calme olympien. Encore 5 km à parcourir pour arriver au chef-lieu de la daïra des Ouacifs. Une fois sur place, il faudra prendre un autre moyen de transport pour gagner la localité des Aït-Abdelouahab, située à quelques encablures de là. La température est à son comble. Cette agglomération se situe à son pied du Djurdjura. Cette montagne impose sa stature par ses cimes qui culminent la région.

Le procureur «déterminé» à retrouver Nihal
À présent, il faut se rendre au village où a eu lieu la fâcheuse nouvelle de la disparition subite de Nihal. Dans le fourgon de transport qui nous y emmène, le conducteur interroge: «Êtes-vous journalistes ?», «Oui», a-t-on répondu, avant qu’il fait part des dernières rumeurs qui circulent à ce sujet. «Elle n’est pas encore retrouvée», a-t-il affirmé. L’atmosphère générale qui règne à Aït-Abdelouahab est plutôt saisissante. Des personnes de tous les âges scindés en deux groupes se mettent à discuter. En nous apercevant, ils souhaitent la bienvenue à leurs hôtes. D’emblée, un de ces jeunes qui s’avèrent être les personnes qui ont participé depuis la disparition de Nihal aux opérations de recherche, nous interpelle. «Vous êtes journalistes, m’rahba (bienvenue, ndlr). Mais, je dois vous dire que la presse a mal communiqué sur cette affaire», a-t-il fait remarquer, sans pour autant cibler telle ou telle personne. Visiblement, la fatigue a pris le dessus sur ces villageois qui ont passé des jours et des nuits à la recherche de leur compatriote. En revanche, ils restent déterminés à continuer à sillonner les parages jusqu’aux petits recoins dans l’espoir de retrouver la fillette, évaporée dans la nature, sans que personne ne sache, du moins à présent, les circonstances de cette disparition, aussi émouvante que dramatique. Pour sa part, un des proches de Nihal, en l’occurrence son oncle, Hamid Ouali, a voulu faire part de son témoignage et de son sentiment immédiat. En effet, il a indiqué qu’une centaine de personnes au moins ont participé aux opérations de recherche de sa nièce, et ce, depuis sa disparition survenue il y a 10 jours. Néanmoins, il a émis le vœu que la mobilisation soit plus forte. S’agissant de l’enquête diligentée par le procureur en charge de l’affaire, tous les services de sécurité, l’Armée nationale populaire, la Gendarmerie nationale et la Police sont présents sur les lieux. Selon des indiscrétions, le procureur a été affecté par cette affaire, et a promis de retrouver la fillette disparue. En outre, la Protection civile s’est mise de la partie, en lançant les recherches à l’aide de chiens renifleurs pour déceler le moindre indice pouvant amener à retrouver l’innocente fillette. On apprend aussi que des escadrons de ce corps constitué ont été dépêchés d’El-Hamiz (Alger). Selon des témoignages, Hamid apprend que les parents de la disparue ont quitté le domicile pour aller changer d’air. Et pour cause, selon lui, ils ont subi beaucoup de pression, en raison de ce qui est arrivé à ce qu’ils ont de plus cher.

Appel à la marche : doutes sur l’intention des initiateurs
Une semaine après la disparition de Nihal, des citoyens, se réclamant responsables de comités de villages des environs, ont appelé à une action de protestation, pour aujourd’hui, contre l’insécurité dans la région. Cette marche devrait avoir lieu, selon les initiateurs, au niveau du chef-lieu de la daïra d’Ouacif. Seulement, l’un des proches de la fillette disparue a tenu à se démarquer de toute action pouvant les engager. C’est aussi le cas des jeunes villageois rencontrés sur les lieux. Pas question, pour eux, de s’intéresser à une marche populaire dans la mesure où les circonstances voudront que l’objectif étant de «retrouver Nihal saine et sauve», a tenu à rappeler Hamid.
D’ailleurs, il a même dénoncé les propos tenus par l’un des auteurs en question, à propos de l’implication des autorités dans cette affaire. Contrairement aux allégations dites par-ci, par-là, «les autorités civiles et militaires ont été et demeurent présentes avec nous depuis le premier jour», a expliqué l’oncle de Nihal, qui rejette «toute politisation de cette affaire». En effet, pour les représentants de la famille de la fillette et les villageois qui se sont levés tel un seul homme dans ces circonstances difficiles, il est malveillant, aujourd’hui, de verser dans les calculs inavoués, au moment où une innocente attend peut-être l’arrivée d’un sauveur pour réapparaître parmi les siens, au grand bonheur de ses plus proches, parmi eux figurent, avant tout, ses chers parents. Selon les témoignages livrés par Hamid, le procureur général s’est déplacé sur les lieux pendant les premiers jours de la disparition. Il a même participé aux recherches, aux côtés des citoyens, des éléments des services de sécurité et ceux de la Protection civile. «Ils veulent politiser l’affaire. Je dis non à la marche. J’ai appelé à son annulation. Le but étant de retrouver Nihal», a-t-il tranché. Et à lui de rendre hommage à l’ensemble des éléments des corps constitués et toutes les personnes qui se sont mobilisées en ces circonstances douloureuses. Il n’a pas manqué non plus de solliciter la contribution d’autres citoyens et l’aide des personnes philanthropes. «Tout pour retrouver Nihal saine et sauve».
Farid Guellil

Une première piste à prendre au sérieux ?
Selon les derniers éléments d’information rapportés par certains sites électroniques, hier, les services de sécurité, en charge des opérations de recherche de la petite fille Nihal, ont retrouvé une robe recouverte de taches de sang. Le vêtement en question a été décelé près du domicile où l’enfant a disparu, le 21 juillet dernier, à environ 2 kilomètres donc du village Aït-Abdelouahab, dans la commune d’Aït-Toudert (Ouacif), ont précisé les mêmes sites, citant une source de la Gendarmerie nationale. Il s’agirait d’une première piste. Il reste maintenant à savoir si elle serait privilégiée, d’autant que la Police scientifique s’attelle déjà aux examens de l’objet découvert, pressenti en constituer un indice. En revanche, la famille de Nihal infirme ces informations. La mère de la fillette a indiqué que la robe en question n’appartient pas à son enfant, selon les proches parents contactés à ce sujet. Par ailleurs, à l’heure où nous mettons sous presse, les éléments de la Gendarmerie nationale, munis de chiens renifleurs, poursuivent les recherches pour retrouver la fillette disparue, apprend-on en fin de journée d’hier, de son oncle, Hamid Ouali.
F. G.

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