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SOUFIANE DJILALI REND COMPTE DE SA RENCONTRE AVEC TEBBOUNE : « J’ai senti une intention de changement chez le Président »

Droit dans ses bottes, c’est dans la peau d’un homme qui assume ses choix politiques qu’a débarqué, hier au Forum du Courrier d’Algérie, le président de Jil Jadid, Soufiane Djilali. Sa rencontre avec le Président autour du dialogue de sortie de crise, le projet de la Constitution, son rapport avec le Hirak et la classe politique, les critiques à son égard…le chef de Jil Jadid tient des réponses tranchantes.
Ainsi, il aura fallu qu’il rencontre le président Tebboune, dans le cadre des consultations sur une sortie de crise, pour que les foudres s’abattent sur lui. Mais, il croit dur comme fer que la solution passe par un dialogue assumé et sans complaisance avec le pouvoir. Face aux critiques qu’il a essuyées, Djilali se défend d’un choix assumé publiquement. Pour preuve, le compte rendu du face-à-face avec le Président qu’il a sitôt rendu public pour tenir informée l’opinion du Hirak.
D’emblée, l’invité du Forum, comme pour lever le doute sur les intentions du pouvoir, dit avoir senti-pour le reprendre- «une intention de changement du Président. Je n’ai pas senti de manœuvres chez le Président», dira l’ancien membre du mouvement «Mouwatana», qui avait fait de sa campagne contre le 4e mandat de Bouteflika en 2014 son cheval de bataille.
De sa rencontre avec Tebboune, le chef du parti a révélé avoir dit au Président qu’il allait rendre public les termes de cette audience. «Vous êtes un homme libre, vous dites ce qui vous semble bon de dire», lui a répliqué le chef de l’État.
«Peu de gens ont accepté d’aller au dialogue avec le Président, considéré comme étant élu par la force des choses, et est devenu Président dans une ambiance très peu amène. Ce qui a compliqué les choses. C’est ce qu’on avait dit avant l’élection présidentielle. Une élection qui est un petit peu forcée contre la volonté d’une partie de l’opinion du Hirak et qui allait mener à des complications», renvoie-t-il de ses propos à une position antérieure qui l’aura préservé de tous reproches quant à son parcours dans l’opposition.

« Une grande partie du Hirak attend des solutions »
Mais, ceci étant, dialoguer n’est pas une fin en soi, car si Djilali dit en assumer la démarche, cela ne signifie pas «assumer » l’issue. « Je n’ai aucune garantie, j’ai rendu compte à l’opinion publique», a-t-il précisé.
Aujourd’hui, face au bras-de-fer Hirak-Pouvoir, «il y a bien lieu de faire des concessions » d’autant plus que la donne a changé depuis l’élection du président de la République. C’est d’autant plus encore qu’une «grande partie du Hirak attend des solutions», estime Djilali, qui déplore une emprise de voix « radicales », voire des «parties fachosphères», sur le Mouvement populaire. Il pointe du doigt la classe politique qui s’inscrit contre le dialogue –pour ainsi dire- et qu’il accuse de « se cacher derrière les pancartes du Hirak, au lieu d’agir et de prendre ses responsabilités. Il faut accepter le jeu démocratique», tonne encore le président de Jil Jadid.
Au sujet de ses propos tenus récemment sur les détenus du Hirak, qui ont suscité polémique, Djilali dément avoir tenu des déclarations sujettes à malentendu, lui qui dit, avoir échangé avec le Président autour de la nécessité de relâcher les détenus du Mouvement pour prétendre à un climat d’apaisement. «Mes propos ont été déformés ! », a-t-il dénoncé, accusant, encore une fois, la «fachosphère», d’avoir joué sur la fibre sensible du Hirak. Derrière ? «Il y a inversement des rôles, certains veulent qu’il y ait encore des détenus», lâche l’orateur. Djilali en donne la preuve en condamnant tout emprisonnement d’autres « hirakistes », comme signalé lors de la 48e marche de vendredi à Alger. Ce qui serait des «manœuvres gravissimes», contraires notamment « aux engagements du Président. »
Au sujet du projet de la Constitution, et comme il s’agirait de porter des changements « profonds » à la gouvernance de l’État, Soufiane Djilali défend un régime semi-parlementaire, comme modèle qui sied le mieux, selon lui, à l’Algérie, dans la mesure où le président de la République est issu d’un référendum populaire.
Farid Guellil