Dans sa dernière livraison, le quotidien français « le Monde » a publié un article consacré aux réseaux du lobbying marocain en France.
Le célèbre journal affirme que, « une partie des relais traditionnels du royaume chérifien dans l’Hexagone a été gelée ces dernières années. Leur recomposition reste incertaine, tandis que les nouvelles voix peinent à remplacer les figures les plus médiatiques ». Il faut rappeler que ces réseaux, influents qui n’hésitent pas à user de corruption pour influer sur les décisions politiques du gouvernement français s’appuyaient essentiellement sur des figures de la gauche, notamment du parti socialiste avant de se reconstruire ces dernières années en s’appuyant sur la droite et l’extrême-droite. La caractéristique de ces réseaux est que leurs « gourous » trainent des casseroles et ont des mailles à partir avec la justice. Le socialiste Dominique Strauss Kahn, ancien directeur du FMI, qui était l’élément fédérateur de plusieurs réseaux de lobbying, a vu son aura froissée par le scandale de la femme de chambre Nafissatou Diallo de l’hôtel Sofitel à New York, qui l’avait accusé d’agression sexuelle en mai 2011. Cet événement qui avait mis fin à sa carrière politique a été suivi par d’autres révélations comme d’autres accusations de même type par des employées de l’hôtel Carlton de Lille. Grillé, les cercles de lobbying se sont alors recomposés autour d’une autre figure du parti socialiste, Jacques Lang, ancien directeur de l’Institut du monde arabe. Toutefois, prudents, ils ont mis pour cette fois ouvert la voie à la droite pour parvenir à une meilleure emprise sur la politique française marquée par des turbulences au sommet qui risquaient de pousser le président français à accepter une cohabitation avec la gauche pour aller à la fin de son mandat.
La messagère de Macron
Le choix fut porté sur l’ancienne maire de Paris, Rachida Dati, une figure importante des Républicains née en France de père marocain. Le Monde affirme même qu’elle avait profité de sa proximité avec la première dame de France Brigitte Macron au point d’être chargée par le président français, le 30 juillet 2024, de remettre au roi du Maroc une lettre dans laquelle il lui annonçait le soutien de la France au supposé plan marocain d’autonomie des territoires sahraouis pour régler le différend Maroc-RASD.
Mais ces deux figures de proue des cercles de lobbying furent vite rattrapées par leurs frasques et leurs démêlés avec la justice française. Jacques Lang, cité dans le scandale Epstein s’est vu contraint de démissionner de son poste de directeur de l’Institut du monde arabe et Rachida Dati, poursuivie pour des emplois fictifs et des prises d’intérêts illégaux a perdu la mairie de Paris. Aujourd’hui, ces cercles pris au dépourvu tentent de se reconstruire autour de nouvelles figures de la droite et de l’extrême droite. Le monde affirme, que les dernières élections municipales qui ont permis de porter à la tête de certaines mairies françaises des élus d’origine marocaine ont donné des idées à ces cercles qui sont en train de tenter de recruter des soutiens même dans les listes de membres d’assemblées municipales issus de l’extrême-droite. Mais ce qui pourrait contrer leur tentative de redéploiement sont les évènements en cours au Moyen-orient et leurs influences sur les alliances dans le monde.
De plus, plusieurs jeunes élus municipaux issus de la diaspora marocaine en France, se montrent encore réticents à l’idée de s’ingérer dans la sphère de la diplomatie française alors que la bataille pour les présidentielles de 2027 n’a pas encore commencé. Ce serait pour eux, une forme de Harakiri qui pourrait fragiliser leur capacité à gérer les alliances dans leurs assemblées, composées de figures d’horizons politiques divers.
Tentative de récupération d’Anne-Claire Legendre
La nomination d’une nouvelle directrice à l’Institut du monde arabe (IMA), l’ancienne diplomate Anne-Claire Legendre, a poussé Mehdi Qotbi, président de la Fondation nationale des musées du Maroc, et Tahar Ben Jelloun, Prix Goncourt 1987, deux binationaux, relais entre Jacques Lang et le principal bailleur de fonds le Groupe OCP (anciennement Office Chérifien des Phosphates), dont la famille royale détient une partie du capital social, à tenter de prendre sous sa coupe la nouvelle directrice de l’IMA. Cette dernière aurait gentiment repoussé des offres d’organiser des manifestations à coloration politique qui pourrait écorner sa volonté de se montrer comme un élément rassembleur œuvrant à donner une nouvelle dimension à l’IMA. Actuellement et malgré l’embellie dans les relations entre la France et le Maroc, le ciel reste assombri par l’affaire de l’espionnage via le logiciel espion « Pegasus ». L’enquête est toujours en cours et de nouvelles révélations pourraient contrer les efforts des cercles de lobbying de devenir l’élément influent dans les décisions de la diplomatie française relative aux dossiers Europe-Afrique du nord. Dominique Strauss Kahn louait à l’année un Riad au Maroc où il organisait des soirées arrosées dont certaines ont été citées dans l’arrêt de renvoi devant la justice pour agressions sexuelles. Jacques Lang, rattrapé par l’affaire Epstein pourrait se voir mis en examen lui aussi suite aux plaintes de mineures marocaines qui ont affirmé qu’il avait abusé d’elles dans une suite de l’hôtel de luxe, Royal Mansour, propriété de M6, où il était accueilli avec tous les égards et tous frais payés. Rachida Dati qui fait l’objet de trois affaires de détournements de fonds publics et de corruption, ont été depuis des années les figures de proue des cercles du lobbying marocain en France et des voix écoutées par les décideurs français quand il s’agit du Maroc. Aujourd’hui rattrapés par leur passé, ils sont grillés et leur remplacement par de nouvelles têtes peine à se concrétiser tant la mission de peser sur les décisions du gouvernement français, maintenu sous perfusion grâce à des équilibres fragiles, devient difficile surtout à l’approche des présidentielles de 2027 et des turbulences que pourront connaitre les équilibres et les alliances dans le monde à la fin du conflit au Moyen-Orient de portée mondiale.
Slimane B.















































