Le 24 février 1971, c’est à la Maison du peuple, siège de l’UGTA, que le défunt président Houari Boumediène annonçait la prise par l’Algérie de la majorité du capital des sociétés concessionnaires françaises, complétant la mesure déjà prise en 1969 de nationalisation des compagnies américaines.
L’Algérie prenait ainsi possession de 51% dans le capital des sociétés françaises dont la part est alors passé à 49%, et le nouveau prix fiscal déterminé par un décret, signé par le président Boumediène, passait à 3,60 dollars le baril. Le jour-même, les cadres algériens prenaient en mains la principale richesse de l’Algérie, les hydrocarbures, pour les mettre au service du développement de notre pays. Depuis, quand on parle de « décisions historiques du 24 février 1971 », c’est cet événement que l’on évoque. Un peu plus tard, le président Boumediene revient sur ce moment historique dans un discours prononcé à l’occasion du défilé du 1er Mai 1971. Il affirme haut et fort : « En 1971, l’Algérie s’affirme comme un pays libre politiquement et économiquement » et fait savoir que « nous sommes en mesure de résoudre par nous-mêmes tous nos problèmes ». Il confirme d’autres actes souverains : « Nous avons mis fin au régime des concessions depuis le 12 avril 1971 » ; « Le sol et le sous-sol algériens sont devenus la propriété du peuple algérien ». Il confirme également que « la France a déclaré le pétrole algérien, pétrole rouge ». Pour le président Boumediene, « le boycott du pétrole algérien constitue une tentative de blocus économique ». Il fait, toutefois, observer qu’avec la France, « la voie demeure cependant ouverte pour une nouvelle forme de coopération ». Ce jour-là, le défilé du 1er Mai a été grandiose sur l’avenue de l’ALN. Les travailleurs de la Sonatrach coiffés de leurs casques étaient la vedette. En passant devant la tribune officielle, ils ont levé leurs casques pour saluer le président Boumediene. Une mobilisation populaire exceptionnelle et enthousiaste avait accompagné cette phase de la bataille des hydrocarbures. Sonatrach, créée en décembre 1963, a été l’instrument de récupération des ressources hydrocarbures nationales. L’Institut algérien du pétrole (IAP), créé le 29 novembre 1965, dans un élan qui devait faire sortir l’Algérie du sous-développement, était en mesure de fournir les premiers cadres, certes jeunes et pas expérimentés, mais qui ont vite acquis une haute qualification pour relever le défi immense consistant à prendre en charge l’avenir pétrolier et gazier de leur pays.
Les cadres algériens ont été à la hauteur
La couleur avait déjà été annoncée en juillet 1965, avec les accords pétroliers algéro-français qui avaient porté le taux de participation de l’Algérie, de 40% à 50%, devenant actionnaire à 50% en même temps que tutelle et puissance fiscale. L’Algérie était alors le premier pays du tiers-monde (comme on l’appelait à l’époque) qui avait ainsi acquis un statut respectable dans l’industrie pétrolière en étant opérateur, transporteur et vendeur. En plus, l’Algérie a le monopole de l’exploitation de ses richesses gazières. Les nationalisations du 24 février 1971 ont donné à l’Algérie le contrôle intégral sur l’ensemble des activités hydrocarbures, de l’amont à l’aval : pays détenteur de réserves, explorateur, producteur, transporteur, vendeur. La décision courageuse de nationaliser les hydrocarbures annoncée par l’Algérie le 24 février 1971, est historique au plan national mais aussi dans sa dimension internationale dans la mesure où elle a inspiré de nombreux pays pétroliers en imposant sa domination sur ses richesses naturelles. Elle impliquait une énorme responsabilité car il s’agissait de se libérer de l’emprise des compagnies pétrolières françaises qui exploitaient les premiers gisements d’hydrocarbures découverts dans le Sahara, mais les cadres algériens ont été à la hauteur.
Une décision souveraine et courageuse
Cette décision souveraine de l’Algérie avait fait suite au refus de la France de procéder à une hausse de la fiscalité pétrolière telle qu’exigée par notre pays. L’histoire retient qu’à la demande de l’Algérie, la négociation sur la révision du prix fiscal retenu pour le calcul du revenu imposable des sociétés pétrolières françaises, avait commencé quelques mois plus tôt, le 24 novembre 1969 à Alger. L’Algérie s’est appuyée sur l’accord pétrolier signé le 29 juillet 1965 plus précisément son article 27 qui stipulait une révision du prix fiscal par les deux gouvernements au cours de l’année 1969. Il n’y avait pas que le prix fiscal (qui devait passer à 2,85 dollars par baril) en litige, les statuts des sociétés françaises devaient être transformés pour permettre à notre pays de détenir la majorité du capital afin d’en contrôler le fonctionnement. Les négociateurs français n’étaient pas disposés à répondre favorablement aux demandes de l’Algérie. Pourtant, il y avait un précédent : la Libye avait obtenu la hausse de la fiscalité imposée aux compagnies internationales opérant sur son sol.
A cette époque, les décisions de l’OPEP prises à Caracas (Venezuela) exigeant cette augmentation, allaient dans le même sens. Cela a permis aux négociateurs algériens de bénéficier de facteurs favorables et de prendre, face à l’intransigeance des Français, la décision unilatérale d’imposer le nouveau prix fiscal aux sociétés françaises. La négociation a ensuite repris le 28 septembre 1970 mais elle s’est heurtée encore une fois au refus de la France d’accorder à l’Algérie une majorité dans le capital des sociétés concessionnaires françaises et d’opérer une révision à la hausse du prix fiscal. Puis les négociateurs français ont fait traîner les discussions sous divers prétextes. Alors, le président Boumediene qui avait compris cette manœuvre a pris la décision qui s’imposait : les nationalisations annoncées le 24 février 1971. Pour l’histoire, à l’époque, les députés vénézuéliens avaient demandé à l’OPEP de soutenir l’Algérie.
M’hamed Rebah











































