Libye

MOUVEMENTS DE TROUPES AUTOUR DE TRIPOLI : Nouvelles tensions en Libye

Alors que les pays amis de la Libye appellent à résoudre l’impasse politique dans ce pays par le biais du dialogue, des sources médiatiques ont fait état, hier, de mouvements d’importantes colonnes militaires dotées d’armes lourdes et moyennes, en provenance de plusieurs villes de l’ouest du pays vers la capitale libyenne, Tripoli.

Cette tension survient quelques jours après la décision des militaires fidèles à Khalifa Haftar de suspendre leur participation au comité 5+5, accusant le gouvernement de  Dbeïbah   de saper la stabilité et d’entraîner le pays vers la guerre. Depuis, la situation prend une autre tournure, dans les relations entre acteurs et rivaux libyens et sur le terrain notamment. Pour rappel, le comité militaire 5+5 est issu de l’accord politique de Berlin qui permettait l’un des trois processus de dialogue qui a conduit au cessez-le-feu à Tripoli en octobre 2020 entre les factions rivales. Ce comité a facilité des avancées notables dans le dialogue libyo-libyen. En fait, les ingérences et les interférences étrangères en Libye, incessantes depuis l’intervention de l’OTAN en 2011 qui a conduit à l’assassinat de Mâamar El-Kadhafi, maintiennent ce pays dans une situation de violence et d’insécurité qui empêche toute normalisation de la vie politico-institutionnelle, à même de traduire la volonté des Libyens à façonner leur avenir comme ils l’entendent. La Libye devait organiser des élections générales le 24 décembre 2021. Elles ont été reportées sine die en raison de problèmes techniques et juridiques, selon la commission électorale nationale, mais, en réalité, à cause des différends qui opposent les diverses factions politiques du pays. Les pays limitrophes amis de la Libye et les institutions comme l’Union africaine appellent au retrait rapide des troupes étrangères et des mercenaires de ce pays, mais ce retrait tarde à se concrétiser, ce qui renforce les conditions défavorables à la stabilisation de la situation enfonçant encore plus le pays dans la spirale des conflits et des violences armées, au lieu de l’amener à s’atteler à la reconstruction économique et sociale. Le paysage politique en Libye a connu ces derniers mois des changements qui prouvent le manque de confiance entre les acteurs majeurs dans ce pays. En septembre 2021, la Chambre des représentants a retiré sa confiance au gouvernement d’unité nationale du Premier ministre Abdul-Hamid Dbeïbah  et le 1er mars, elle a procédé à un vote de confiance concernant un nouveau gouvernement dirigé par Fathi Bachagha, qui a prêté serment deux jours plus tard. Abdul-Hamid Dbeibah a rejeté la légitimité du vote du 1er mars, soulignant qu’il ne transférera le pouvoir qu’à un gouvernement élu. Il y a un mois, le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a eu un entretien téléphonique avec Fathi Bachagha, et s’est dit profondément préoccupé par la polarisation politique en cours en Libye, qui comporte des risques importants pour la stabilité durement gagnée de ce pays, a-t-il souligné. Le secrétaire général de l’ONU a souligné la nécessité pour tous les acteurs de préserver le calme et la stabilité sur le terrain, tout en réitérant le rejet ferme, par l’ONU, du recours à la violence, à l’intimidation et aux discours de haine. A-t-il été  entendu ? Pour Antonio Guterres, l’impasse actuelle nécessite un dialogue urgent pour trouver une voie consensuelle. Il a réitéré son soutien total aux efforts de médiation menés par sa conseillère spéciale pour la Libye, Stephanie Williams. Dans les jours qui viennent, le risque est grand de voir la Libye revenir aux affrontements armés dans un nouveau contexte international, bouleversé par la crise ukrainienne, dont les premières manifestations sont dans les mutations en cours dans les relations internationales qui annoncent la fin effective du monde unipolaire, dominé par les États-Unis s’appuyant sur l’OTAN, et l’avènement d’un monde multipolaire, plus équilibré.
M’hamed Rebah