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Le président Abdelmadjid Tebboune à propos de la révision de la constitution : « L’Algérie aura un régime semi-présidentiel propre à elle »

Dans un entretien exclusif accordé à France 24, et diffusé en trois langues (française, arabe et anglaise), sur les trois chaînes de celle-ci, le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a évoqué plusieurs questions sur le double plan national et international, mais surtout les relations bilatérales entre deux pays souverains , l’Algérie et la France.

Le comité d’Ahmed Laraba va être élargi à d’autres constitutionnalistes
Sur le plan national, le chef de l’État a abordé la nouvelle Constitution en voie d’élaboration, et l’agenda pour la tenue d’un référendum sur la question, qui dépend de l’évolution de la situation sanitaire dans notre pays.
À ce sujet il dira : « Nous avons 2000 propositions entre changement, retrait, extension, ou ajout d’articles pour enrichir la nouvelle Constitution, et la commission d’experts a commencé à se réunir et peut être élargie à d’autres constitutionnalistes, qui peuvent, ainsi apporter leur contribution à consolider le travail effectué par le comité d’experts chargé d’amender la Constitution. » Et d’ajouter : « Le référendum pourrait être tenu en septembre ou octobre prochain, mais tout dépend de l’évolution de la situation sanitaire dans le pays ».

Un régime semi-présidentiel propre à l’Algérie
Évoquant la nature du régime à adopter dans le nouvelle Algérie, le chef de l’État a fait savoir que « le modèle choisi est typiquement algérien, loin de tout mimétisme qui ne mène nulle part, d’ailleurs, du fait que chaque pays à sa mentalité et les sous-bassements démocratiques ne sont toujours pas les mêmes ». « Certes, enchaîne-t-il, nous avons hérité d’une autre culture pour des raisons historiques, mais il ne faut jamais perdre de vue que l’Algérie à sa propre culture ».
Plus explicite, le président Tebboune affirme que le pays s’oriente vers un modèle semi-présidentiel « qui donne énormément d’autorités pour les élus au Parlement, qui peuvent, à la lumière de cet amendement, proposer des lois, créer toutes les commissions de contrôles qu’ils souhaitent sur un sujet, un ministère ou autres et contrôler ainsi la gestion du gouvernement pour pouvoir barrer la route à tout glissement vers le pouvoir personnel » .

Possible libération d’autres détenus dans les jours à venir
Revenant sur l’élargissement de certains activistes du mouvement populaire et citoyen opéré à l’occasion de la fête de l’indépendance, le Président n’a pas exclu l’éventualité de libérer d’autres détenus à l’avenir pour aller vers un climat plus apaisé qui nécessite la contribution de tout un chacun en vue d’amorcer le changement démocratique souhaité.
Le président de la Républque, a tenu, toutefois, à apporter une précision pour lever une équivoque concernant l’emprisonnement de certains militants .
« La justice a sévi contre certains qui sont toujours en prison et même contre ceux qui sont libérés pour insulte, incitations aux attroupements, et même à des incitations à des mutineries pour certains corps. Le code pénal ne tolère pas ce genre de comportement », a expliqué le chef de l’État algérien.

Le président Tebboune exclut tout recours au FMI
S’agissant de l’économie nationale, M. Tebboune, a écarté tout recours au Fonds monétaire international et a réfuté toutes les allégations portant cessation de paiement.
« L’Algérie n’est pas en danger car elle dispose des réserves de change, qui certes, ne sont pas énormes, mais suffisantes pour passer le cap de 1 à 2 années. De plus que nous avons une production locale qui n’existait pas du temps ou l’Algérie avait fait solliciter les services du FMI (début des années 90) », a-t-il souligné dans ce registre.
« L’agriculture à elle seule a produit, en 2019, l’équivalent de 25 milliards de dollars qui a fait que malgré la chute des prix de pétrole, le pays n’a rien importé car nous avons presque atteint l’autosuffisance en la matière » a encore ajouté M. Tebboune, tout en précisant que le pays est toujours en contact avec le FMI pour tenir compte de ses orientations sur notre économie.

Nous pouvons aller plus loin avec le président Macron
L’autre sujet brûlant abordé lors de cette entrevue, reste incontestablement, les relations bilatérales algéro-françaises, notamment en cet anniversaire de l’indépendance du pays marqué cette année par la restitution de vingt-quatre (24) crânes de résistants algériens de différentes révolutions populaires volés par l’armée française et conservés dans des musés en France plus d’un siècle et demi.
« C’est une nécessité pour nous les Algériens. En France maintenant on parle de massacre pour les tristes évènements du 8 mai 1945 notamment à Sétif, ce qui était prohibé il n y a pas si longtemps dans ce pays. Le président Emmanuel Macron est plutôt réceptif aux doléances des Algériens concernant un pan de notre histoire commune. Et nous pouvons aller plus loin avec lui. Donc il faut s’attaquer à ce problème de mémoire qui hypothèque beaucoup les choses dans les relations entre les deux pays.
Le chef de l’État a évoqué également une éventuelle visite d’État en France et vice-versa, à maintes fois soulevée, entre les deux parties, mais à chaque fois repoussée en raison de la pandémie du Covid-19, mais aussi, à cause, de l’agenda chargé notamment pour la partie algérienne qui tient à achever le changement démocratique engagé.
Brahim Oubellil