AMAR BELANI CRITIQUE LE PLAN AMÉRICAIN : « Les Sahraouis n’accepteront pas une solution dont l’issue est déterminée à l’avance» 

0

Dans une tribune, le diplomate et ancien ambassadeur Amar Belani remet en cause l’approche américaine pour le règlement du conflit sahraoui qui privilégie une solution fondée sur le plan marocain d’autonomie sous souveraineté marocaine.

Il estime que la dynamique diplomatique engagée depuis l’adoption par le Conseil de sécurité de la résolution 2797 et la tenue de trois rounds de discussions, le dossier du Sahara occidental est entré dans une phase délicate. Il considère que la volonté pressante de Washington d’accélérer le règlement politique se heurte toujours aux divergences profondes entre le Maroc et le Front Polisario, tandis que les tensions sur le terrain compliquent davantage la recherche d’un compromis qui arrangerait les deux parties. M. Belani fait remarquer que, « l’approche américaine, qui privilégie une solution rapide articulée autour de l’initiative marocaine d’autonomie, se heurte à une difficulté fondamentale : l’accélération du processus ne garantit ni l’acceptation de la solution ni sa viabilité à long terme, et un règlement perçu comme imposé ou dont l’issue serait déterminée à l’avance ne sera pas accepté par les Sahraouis ». Il met en garde contre la volonté de Washington de faire pression sur le Front Polisario, « voire de le contourner pour surmonter les blocages au profit d’un mouvement fabriqué par les services marocains ou d’un groupe de colons comporte des risques majeurs car aucun accord ne pourra garantir une stabilité durable s’il exclut l’une des parties directement concernées par le conflit ».

Le Front Polisario unique représentant du peuple sahraoui

En diplomate chevronné, très au fait du dossier Sahraoui, M. Belani rappelle que le Front Polisario est reconnu par les Nations unies comme le représentant du peuple du Sahara occidental dans le processus de règlement du conflit et sa marginalisation mettrait en péril les conditions politiques nécessaires à une paix durable.

« La recherche d’un compromis suppose, au contraire, que chaque partie puisse examiner les propositions de l’autre dans le cadre d’une négociation effective, sans être placée devant une issue prédéterminée. Le rapport de force et la coercition ne peuvent remplacer la négociation de bonne foi et sans conditions préalables ».  Une façon de rappeler que le seul représentant légitime du peuple sahraoui est le Front Polisario et qu’il demeure le seul interlocuteur dans des discussions pouvant aboutir à une solution juste et équitable du conflit.

Amar Belani souligne que les efforts Onusiens sont le seul cadre pouvant mener à une solution juste et qu’une relance diplomatique sérieuse suppose également de préserver ce cadre multilatéral et que les initiatives américaines pourraient consolider et non s’y substituer. C’est dans ce contexte que la prochaine résolution du Conseil de sécurité sur le Sahara occidental, attendue le 31 octobre 2026, revêt une importance particulière.

Si le projet élaboré sous l’impulsion des États-Unis, chargés de la rédaction du texte, « venait à consacrer l’autonomie marocaine comme l’unique base du processus politique, une telle évolution marquerait un tournant préoccupant ».

Tout autre cadre viderait le processus de règlement de son essence  

Il fait le distinguo entre le fait de retenir l’initiative marocaine comme base de négociation et celui d’en faire l’unique option envisageable, en excluant toute discussion substantielle sur les modalités d’un règlement conforme au principe d’autodétermination reconnu par la légalité internationale. Il émet la crainte de voir le processus de règlement verrouillé si les termes du texte retenus consacrait la thèse de Rabat. Il fera remarquer qu’en imposant une issue prédéterminée, le Conseil de sécurité risquerait de vider le processus politique de sa substance et de compromettre les conditions mêmes d’un compromis.  « En effet, loin de favoriser un règlement durable, une telle orientation pourrait amorcer l’effondrement de la dynamique diplomatique engagée au début de l’année 2026. Le véritable enjeu est donc de transformer l’accélération diplomatique en un processus de règlement durable.

Cela implique de reconnaître qu’aucune solution ne pourra durablement s’imposer sans prise en compte effective des aspirations légitimes du peuple sahraoui », a-t-il indiqué avant de rappeler que, « toute autre alternative serait une impasse durable, ponctuée d’incidents susceptibles de raviver les hostilités entre les deux parties ».

La MINURSO, un enjeu central

Il considère que l’avenir de la MINURSO représente, un enjeu central. « Malgré les limites de son mandat, la mission des Nations unies demeure un dispositif important de suivi de la situation et de prévention des tensions. Toute réduction de ses capacités ou remise en cause de sa présence doit être évaluée au regard des risques de vide sécuritaire, de perte de transparence et de multiplication des incidents. L’affaiblissement des mécanismes internationaux de surveillance pourrait compliquer davantage la maîtrise des tensions sur le terrain », a –t-il souligné. Les dernières déclarations de Massad Boulos, le haut conseiller du président pour l’Afrique, les affaires arabes et le Moyen-Orient, lors de sa dernière visite dans la région du Maghreb pour tenter de relancer les négociations entre le Maroc et le Front Polisario ont été perçues, par Rabat, comme une volteface de l’administration américaine et une remise en cause de son soutien à son prétendu plan de règlement du problème du Sahara occidental. Ce dernier avait considéré que le seul plan de règlement du conflit devrait reconnaître le droit du peuple sahraoui à l’autodétermination. Mais avec l’administration Trump, les déclarations n’ont toujours pas valeur d’engagement d’où les craintes des partisans d’un règlement respectueux de la légalité internationale de voir la situation de statu quo perdurer.     

Slimane B.