En marge de sa participation au Salon international du livre d’Alger, l’historien français Benjamin Stora a accordé un entretien au quotidien arabophone public « Ech-Chaâb » dans lequel il a critiqué la manière dont certains médias français traitent les affaires algériennes, affirmant que plusieurs chaînes de télévision font de l’Algérie le bouc émissaire de divers problèmes auxquels la France est confrontée, du chômage et de l’insécurité au coût élevé de la vie et aux difficultés d’accès à l’éducation. L’historien français estime que ce discours reflète une résurgence de ce qu’il a appelé « la vérité inavouée de la conscience coloniale ». Il a évoqué l’accusation selon laquelle l’Algérie serait à l’origine des manifestations qui ont eu lieu en France le 17 octobre 2026. Pour lui, ces discours dépassent le simple traitement des évolutions politiques et sociales, mais indiquent une volonté de reproduire en France l’ancienne structure sociale coloniale, fondée sur la hiérarchie et le déni de l’égalité des droits pour les Algériens. Il a rejeté la promotion de stéréotypes négatifs sur l’Islam, qu’il considère comme la continuation de certains aspects de l’héritage colonial dans le discours médiatique français. Benjamin Stora a constaté que les pressions exercées par l’extrême droite, qui refuse de reconnaître le passé colonial, ont contribué à ralentir le processus de mémoire historique entre l’Algérie et la France. Il a soutenu que le rétablissement des relations avec le passé exige un effort soutenu qui transcende les tensions politiques. Selon Benjamin Stora, un discours officiel d’excuses ne pourrait, à lui seul, régler les différends hérités de cette période. Il rappelle que « la longue occupation française de l’Algérie, qui dura près d’un siècle et demi, a laissé des cicatrices profondes et difficiles à panser. De plus, l’Algérie n’était pas seulement une colonie, mais aussi un territoire annexé administrativement par la France, sans que la citoyenneté française ne soit accordée à la majorité des Algériens musulmans. Par ailleurs, la création d’une immense colonie de peuplement, dont la population atteignit près d’un million d’habitants en 1962, confère un caractère exceptionnel au projet colonial français, fondé sur le remplacement d’un groupe de population par un autre parmi les habitants d’origine. La durée et l’intensité de cette expérience coloniale rendent la confrontation avec le passé colonial en France extrêmement difficile, même aujourd’hui ». Il estime que « le dossier mémoriel dépasse le cadre des reconnaissances symboliques et englobe les essais nucléaires français dans le Sahara algérien, les personnes disparues pendant la guerre de libération nationale, l’accès aux archives, ainsi que les conséquences persistantes de ces événements. Votre rapport comprenait des propositions concernant plusieurs de ces dossiers, mais les progrès restent limités ». Benjamin Stora fait savoir qu’il a déjà proposé de « rendre accessibles les archives relatives aux essais nucléaires, ainsi qu’aux autres opérations chimiques menées pendant la guerre, notamment dans le cadre du plan Challe de 1959 ». Il a, également, proposé « d’établir un répertoire des personnes disparues pendant la guerre ». Il fait savoir qu’à ce jour, « aucun des biens revendiqués par l’Algérie n’a été restitué, notamment le canon Baba Merzoug, dont j’ai recommandé le retour dans mon rapport, ainsi que les objets et biens liés à l’émir Abdelkader, inclus dans les revendications algériennes que j’ai toujours soutenues ». « La situation pourrait évoluer si l’Assemblée nationale française votait une loi relative aux biens spoliés durant la période coloniale, qui devraient être restitués non seulement à l’Algérie, mais aussi à d’autres pays africains », espère-t-il, mais, ajoute-t-il, « je crains que ce processus de restitution ne soit bloqué si l’extrême droite française accède au pouvoir ». Pour rappel, la 29e édition du Salon international du livre d’Alger (SILA 2026) se tient du 28 octobre au 7 novembre 2026 au Palais des expositions (Safex) aux Pins maritimes, à Alger, sous le slogan « Demain entre les pages d’un livre ».
M. R.











