L’expression « il est parti sur la pointe des pieds » est ici inadaptée. Par contre, il est plus approprié de dire que Djamal a été « gratifié du silence » parce qu’il sortait du rang.
D’ailleurs, l’annonce de son décès et le cimetière où il devait être enterré, n’ont été donnés que par deux journaux privés : « Le Courrier d’Algérie » de Ahmed Toumiat et « La Nouvelle République » de Abdelwahab Djakoune. Voilà un grand journaliste parmi les premiers de l’Algérie indépendante qui a exercé durant des décennies au journal El-Moudjahid avant de se lancer dans « l’aventure intellectuelle » en participant à la création d’un journal privé algérien, qui disparaît sans aucune réaction de la majorité des médias de son pays. La nouvelle a été, par contre, largement relayée par les réseaux sociaux. C’est le comble pour un journaliste. Son propre journal lui a consacré un titre en encadré, en bas de page Une. Tandis que le texte en page intérieure était « réservé aux seuls abonnés ». Pas à tout le monde. Voilà un grand journaliste doublé d’un écrivain, qui a laissé le seul livre sur la mémorable coupe du monde de football de 1982, et qui, à son décès, a été totalement « zappé », notamment par le quotidien El-Moudjahid où il a exercé pendant de longues années. Une anecdote permet de se faire une idée sur la valeur de cet homme. Un homme qui n’était pas un activiste. Qui n’acceptait aucune compromission. Un matin, avant la réunion du « menu », Djamal s’assura que tout le monde était présent et ferma la porte à clé. C’était inhabituel et intriguant. Un fois assis, il prit la parole. « J’ai appris de source sûre, qu’un journaliste de la rubrique s’est vu offrir un appartement par l’administration publique. Que celui qui a bénéficié de cette faveur se désigne ! ». Silence dans la salle. Nous avons su par la suite qui avait commis le grave impair. Mais l’important est ailleurs. Car, à l’époque, que ce soit les syndicats où même des formations politiques usaient de ce système en se débrouillant des quotas, pour grossir leurs rangs. Cette anecdote sert uniquement à comprendre qui était Djamal Saïfi. Il exigeait toute la rigueur et la dignité dans le travail. Il était d’une droiture et d’une intégrité exemplaires. Il a vécu ainsi toute sa vie. De là à dire que ce sont ses valeurs et son refus tenace d’adhérer à un quelconque réseau qui l’ont « mis au ban » de la corporation au point de zapper son décès, il n’y a qu’un pas. Hélas, trois fois hélas. Avec nos sincères condoléances à toute sa famille !
Z. M.











