SAHARA OCCIDENTAL : L’exigence d’autodétermination ravivée à Alger

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Réunis hier au Palais de la culture Moufdi Zakaria, des responsables politiques, des représentants diplomatiques et des acteurs associatifs ont réaffirmé leur soutien au peuple sahraoui. Les interventions ont mis l’accent sur l’unité nationale, le droit à l’autodétermination et la responsabilité de l’ONU et de l’Union africaine dans l’achèvement du processus de décolonisation.

Alger a accueilli, au Palais de la culture Moufdi Zakaria, une cérémonie commémorative du 51e anniversaire de l’Unité nationale sahraouie, organisée à l’initiative du Comité national algérien de solidarité avec le peuple sahraoui. La rencontre a réuni des représentants du Conseil de la nation, de l’Assemblée populaire nationale et du ministère des Affaires étrangères, des responsables politiques et associatifs, des militants, d’anciens ministres, ainsi que des délégations de Mauritanie, de Cuba, du Venezuela, de Tanzanie et du Nicaragua. Au-delà de sa portée commémorative, cette rencontre a constitué une nouvelle occasion de réaffirmer les fondements politiques et juridiques de la cause sahraouie, dans un contexte marqué par la persistance du blocage du processus de règlement. Les différentes interventions ont convergé vers une même exigence: garantir au peuple sahraoui l’exercice effectif de son droit à l’autodétermination, conformément aux principes du droit international. Célébrée chaque année, la Journée de l’Unité nationale sahraouie renvoie à la rencontre historique du 12 octobre 1975 à Aïn Bentili. Celle-ci avait consacré le rassemblement des différentes composantes de la société sahraouie autour d’un projet national commun, sous la direction du Front populaire de libération de la Saguia el-Hamra et du Rio de Oro (Front Polisario). Cinquante et un ans après, cette unité demeure, selon les intervenants, un élément central de la lutte du peuple sahraoui pour la liberté et l’indépendance.

L’unité nationale, fondement de la lutte sahraouie

Dans son intervention, l’ambassadeur de la République arabe sahraouie démocratique (RASD) a renouvelé la reconnaissance du peuple et du gouvernement sahraouis envers l’Algérie pour son soutien constant à la cause sahraouie. Au nom de la direction du Front Polisario, conduite par le président de la RASD et secrétaire général du Front, Brahim Ghali, il a salué la solidarité algérienne, rappelant que le pays avait accueilli des milliers de Sahraouis contraints de quitter leurs terres sous les bombardements. L’ambassadeur a également rendu hommage au peuple algérien à l’occasion de la commémoration des manifestations du 17 Octobre 1961 à Paris, ainsi qu’aux martyrs de la Révolution algérienne. Il a inscrit cette solidarité dans la continuité des luttes anticoloniales et de la défense du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Revenant sur les origines de la question sahraouie, il a rappelé que le Sahara occidental avait été inscrit, en 1963, sur la liste des territoires non autonomes des Nations unies. Il a également souligné le rôle joué par l’Organisation avant-gardiste de libération du Sahara, dirigée par Mohamed Sid Ibrahim Bassiri, dans l’émergence et l’ancrage de la conscience nationale sahraouie. Selon son exposé, entre 1974 et 1975, le Front Polisario s’est imposé comme le principal représentant politique du peuple sahraoui, dans un contexte marqué par les tentatives de l’administration coloniale espagnole et du Maroc de favoriser l’émergence de forces concurrentes. L’ambassadeur a notamment évoqué la mission des Nations unies dépêchée au Sahara occidental en mai et juin 1975. D’après son intervention, celle-ci avait constaté l’aspiration de la population à l’indépendance, son rejet de toute annexion par un pays voisin et la place dominante du Front Polisario dans la vie politique du territoire. C’est dans ce contexte que la rencontre d’Aïn Bentili, le 12 octobre 1975, a réuni différentes composantes de la société sahraouie, dont des membres de l’Assemblée générale sahraouie mise en place par l’Espagne et d’anciens soldats de l’armée coloniale. Cette mobilisation a consacré cinq orientations fondamentales : l’unité nationale, la résistance face à l’invasion et à la négation du droit à l’autodétermination, l’engagement dans une lutte de longue haleine, la construction d’un État moderne et le renforcement de la présence sahraouie sur la scène internationale. Pour l’ambassadeur, ces principes continuent de structurer la lutte sahraouie, malgré les décennies écoulées et les obstacles rencontrés sur la voie d’un règlement définitif.

La légalité internationale au cœur du dossier

L’intervention de l’ambassadeur a également été consacrée aux développements historiques et juridiques qui ont marqué la question du Sahara occidental en octobre et novembre 1975. Il a rappelé que, le 16 octobre de cette année-là, la Cour internationale de Justice avait conclu à l’absence de liens de souveraineté territoriale de nature à remettre en cause le droit du peuple sahraoui à l’autodétermination. Quelques jours plus tard, le 31 octobre 1975, le Maroc lançait son offensive militaire au Sahara occidental, avant la signature des accords de Madrid, le 14 novembre de la même année. L’ambassadeur a dénoncé la « Marche verte », qu’il a présentée comme une opération destinée à accompagner cette séquence historique et à imposer un fait accompli. Cinquante et un ans après la proclamation de l’Unité nationale, la question de la décolonisation demeure ainsi au centre des revendications sahraouies. L’ambassadeur a notamment fait référence à une résolution récemment adoptée par la quatrième Commission de l’Assemblée générale des Nations unies, réaffirmant, selon son intervention, le caractère inaliénable du droit du peuple sahraoui à l’autodétermination et la nécessité d’une solution issue d’un accord entre les deux parties, le Maroc et le Front Polisario, permettant à la population sahraouie d’exprimer librement son choix. Il a exprimé sa crainte de voir se reproduire les événements d’octobre et novembre 1975, dans l’hypothèse où la communauté internationale renoncerait à faire respecter les principes qui fondent le dossier. Tout en appelant à la sagesse et à la responsabilité pour parvenir à un règlement juste et durable, il a exhorté les Nations unies, en particulier le Conseil de sécurité, à assumer leurs responsabilités historiques et juridiques dans l’achèvement du processus de décolonisation du Sahara occidental. L’appel s’adresse également à la communauté internationale, invitée à privilégier une solution respectueuse du droit international plutôt que la consécration d’une situation de fait.

L’ONU et l’UA interpellées

Prenant la parole à son tour, le Dr Ayachi a placé l’unité au cœur de son intervention, estimant que la solidarité constitue un facteur déterminant dans la résistance des peuples confrontés à l’adversité. « Un peuple uni est un peuple invincible », a-t-il affirmé, présentant la cohésion nationale sahraouie comme un levier essentiel dans la poursuite de la lutte pour l’autodétermination. Sur le plan juridique, il a rappelé que le Sahara occidental demeure inscrit sur la liste des territoires non autonomes des Nations unies et que son statut renvoie à une question de décolonisation. Il a défendu le principe selon lequel le peuple sahraoui doit pouvoir décider librement de son avenir, notamment par l’organisation d’un référendum d’autodétermination.

Évoquant le processus engagé après plusieurs années de conflit armé, il a rappelé le cessez-le-feu de septembre 1991, conclu sous l’égide des Nations unies et de l’Organisation de l’unité africaine. Ce processus avait conduit à la création de la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (MINURSO), dont le mandat initial comprenait la préparation de cette consultation. Plus de trois décennies après, l’absence de référendum demeure l’un des principaux points de blocage du dossier. Le Dr Ayachi a également évoqué les travaux récents de la quatrième Commission de l’Assemblée générale des Nations unies, qui, selon lui, ont réaffirmé la nécessité de permettre au peuple sahraoui de se prononcer sur son avenir. Abordant le plan marocain d’autonomie, il a contesté la possibilité de substituer cette proposition à l’exercice du droit à l’autodétermination.

Il a estimé qu’une telle option, si elle était défendue par Rabat, devrait être soumise directement au peuple sahraoui dans le cadre d’une consultation. Pour lui, aucune solution ne saurait être considérée comme légitime sans la participation directe de la population concernée. Le Dr Ayachi a, par ailleurs, interpellé l’Union africaine, rappelant que la RASD et le Maroc sont tous deux membres de l’organisation continentale et parties à son Acte constitutif. Il a appelé celle-ci à assumer pleinement son rôle dans la recherche d’une solution conforme à ses principes fondateurs. Selon lui, l’incapacité des organisations internationales à faire respecter leurs propres textes risque d’affaiblir leur crédibilité et de compromettre la confiance des peuples dans les mécanismes multilatéraux. Il a conclu en soulignant que la détermination du peuple sahraoui et son attachement à l’unité nationale constituent des facteurs essentiels dans la poursuite de son combat.

Un soutien réaffirmé aux causes sahraouie et palestinienne

La cérémonie a également été marquée par une intervention du représentant du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP), qui a transmis les salutations de la direction de son organisation, par la voix d’Ahmad Saâdat, et réaffirmé son soutien au peuple sahraoui dans sa lutte pour l’autodétermination. Établissant un parallèle avec l’expérience algérienne, il a estimé que l’unité des rangs et les sacrifices consentis avaient joué un rôle décisif dans l’accession de l’Algérie à l’indépendance. Il a salué, dans ce cadre, la position algérienne en faveur des causes qu’il considère comme justes, notamment celles des peuples sahraoui et palestinien. Le représentant du FPLP a également évoqué la situation en Palestine, affirmant que son organisation avait récemment contribué aux efforts visant à mettre fin à la division palestinienne, dans la perspective des élections annoncées par décret présidentiel. Il a toutefois estimé que les conditions actuelles ne permettaient pas la tenue d’un scrutin, dénonçant le génocide à Ghaza, les exactions des colons en Cisjordanie occupée et les politiques de judaïsation des terres palestiniennes. À ses yeux, la priorité demeure de faire face à la situation humanitaire et politique imposée au peuple palestinien, plutôt que de préparer des élections dans un contexte qu’il juge incompatible avec leur organisation. Ces propos ont inscrit la commémoration dans une perspective plus large de solidarité entre les peuples confrontés à l’occupation et engagés dans la défense de leurs droits nationaux.

Une mobilisation diplomatique et citoyenne

D’autres interventions de représentants politiques et de la société civile ont convergé vers trois idées majeures : la nécessité de préserver l’unité nationale sahraouie, la primauté du droit international et l’importance du soutien aux peuples en lutte pour leur liberté. La représentation parlementaire algérienne a, pour sa part, réaffirmé son attachement aux principes de solidarité entre les peuples, au respect des droits humains et à l’application des résolutions internationales, notamment celles relatives au droit à l’autodétermination.

Elle a également salué le rôle du Comité national algérien de solidarité avec le peuple sahraoui dans l’organisation de telles initiatives. Au terme de cette commémoration, un constat s’est imposé dans les différentes interventions : l’unité nationale demeure un pilier de la mobilisation sahraouie, tandis que la recherche d’une solution politique reste indissociable du respect du droit à l’autodétermination. Alors que le dossier du Sahara occidental continue de mobiliser les instances internationales, les participants ont appelé à une implication plus effective de l’ONU et de l’Union africaine afin de faire aboutir le processus de décolonisation. À travers cette célébration, Alger a ainsi été le cadre d’un nouvel appel à une solution juste et durable, fondée sur le droit du peuple sahraoui à décider librement de son avenir.

M. Seghilani