Les prisonnières palestiniennes détenues dans la prison de Damon, près de Haïfa, se retrouvent une nouvelle fois au centre d’une polémique impliquant le ministre de la Sécurité nationale de l’entité sioniste, Itamar Ben Gvir. Une vidéo récemment diffusée, dans laquelle le responsable apparaît à l’intérieur des cellules de détenues palestiniennes, a suscité de nombreuses critiques et relancé les interrogations sur les conditions de détention dans les prisons de l’occupant.
Cette séquence n’est pas la première apparition de Ben Gvir exploitant le dossier des prisonniers palestiniens dans sa communication médiatique. Le ministre avait auparavant publié une vidéo le montrant lors d’une incursion dans les cellules de prisonnières palestiniennes à Damon. Des propos humiliants adressés aux détenues apparaissaient également dans les images. La diffusion de ces scènes a provoqué de vives réactions. Pour Khaled Mahajneh, avocat de la Commission chargée des affaires des prisonniers et des détenus palestiniens, cette visite avait avant tout pour objectif de permettre à Ben Gvir de construire une image politique destinée à son électorat. Mais, paradoxalement, les images ont également donné à voir une partie des conditions dans lesquelles vivent les prisonnières palestiniennes.
Confrontées à des conditions difficiles
Selon l’avocat, les images montrent des prisonnières palestiniennes évoquant certains aspects de leur quotidien, notamment les éléments de leur vie dont elles sont privées depuis leur incarcération. Leurs témoignages ont ainsi permis, selon lui, de dévoiler une partie de la réalité à l’intérieur de la prison de Damon, un établissement dont l’accès demeure fortement contrôlé. Khaled Mahajneh a également souligné le contraste visible dans la séquence. Ben Gvir apparaît devant des prisonnières isolées derrière les barreaux et entouré de gardes chargés d’assurer sa protection. Face à lui, les détenues ont néanmoins parlé de leurs conditions de détention et de leurs souffrances. L’avocat estime que les prisonnières sont apparues dans ces images « sans peur ni résignation », malgré le contexte dans lequel la scène a été filmée. Le dossier des prisonniers palestiniens occupe une place importante dans le discours politique d’Itamar Ben Gvir. Le ministre cherche notamment à se présenter auprès de l’électorat de droite de l’entité sioniste comme l’un des responsables les plus fermes à l’égard des Palestiniens. Des militants palestiniens mettent en garde contre les conséquences de cette approche sur les conditions de détention des prisonniers dans les prochaines semaines et les prochains mois. Ils dénoncent notamment la transformation des prisons en espace de confrontation politique et en outil permettant à certains responsables de rivaliser dans la surenchère sécuritaire afin de séduire l’électorat de droite et les courants les plus extrémistes. Sur les réseaux sociaux, plusieurs militants ont vivement critiqué les politiques menées par Ben Gvir à l’encontre des prisonniers palestiniens. Ils considèrent que la diffusion de telles vidéos participe à présenter des mesures affectant les droits et les conditions de vie des détenus comme des « réalisations » politiques.
Propagande sioniste
L’utilisation de l’intelligence artificielle dans la production de la vidéo a également suscité de nouvelles critiques. Des militants estiment que la transformation des souffrances des prisonniers en contenu à caractère propagandiste contribue à banaliser des scènes de dureté et à les transformer en instruments de communication politique. Pour ses détracteurs, cette démarche ne se limite donc pas à une stratégie de communication personnelle de Ben Gvir. Elle participe plus largement à une mise en scène politique du dossier des prisonniers palestiniens, dans laquelle la détention et les conditions carcérales deviennent des éléments du discours de fermeté destiné à l’opinion publique de l’entité sioniste. Les critiques se sont également étendues aux politiques de l’entité sioniste à l’égard des Palestiniens. Des militants ont notamment interpellé des responsables britanniques sur le maintien des livraisons d’armes, alors que des responsables sionistes sont accusés de documenter eux-mêmes certaines pratiques à l’encontre des Palestiniens. Dans un message adressé au ministre britannique de l’Énergie Ed Miliband et au maire de Manchester Andy Burnham, un militant a notamment dénoncé le contraste entre les déclarations officielles et les images diffusées par des responsables sionistes, avant de leur demander pourquoi le Royaume-Uni continuait à fournir des armes. La diffusion de la vidéo a ainsi ravivé les appels de militants et d’organisations de défense des droits humains à enquêter sur les conditions de détention des prisonniers palestiniens et à mettre fin aux pratiques qu’ils dénoncent comme des violations de leurs droits. Les appels portent également sur la nécessité de demander des comptes aux responsables politiques et sécuritaires impliqués dans la gestion des prisons. Pour les détracteurs de Ben Gvir, l’utilisation du dossier des prisonniers à des fins de communication politique revient à transformer leur souffrance en instrument d’un discours fondé sur la fermeté, la punition et la surenchère. Une instrumentalisation qui intervient alors que les appels internationaux à enquêter sur les conditions de détention des prisonniers palestiniens et à garantir leurs droits conformément au droit international se multiplient.
M. Seghilani

