La dynamique de solidarité née au lendemain des incendies de forêts qui ont endeuillé toute l’Algérie, se poursuit dans les différentes régions touchées par le sinistre. Alors que les opérations d’intervention se poursuivent sur le terrain, les citoyens apportent leur contribution pour venir en aide aux familles sinistrées. Des caravanes de solidarité prennent la route vers les zones affectées, notamment à Jijel, Skikda, Béjaïa… chargées de produits de denrées alimentaires et autres dons collectés auprès de citoyens, d’associations et d’entreprises.
Sur les réseaux sociaux, les appels à la solidarité se multiplient. Des pages et des collectifs diffusent les besoins exprimés sur le terrain, communiquent les points de collecte et orientent les donateurs vers les personnes et associations chargées de réceptionner et d’acheminer les aides. Eau, denrées alimentaires, vêtements, couvertures, produits d’hygiène ou encore matériel nécessaire à la vie quotidienne figurent parmi les principaux besoins exprimés. Cette mobilisation populaire intervient alors que les familles sinistrées font face aux conséquences des incendies, certaines ayant perdu leurs habitations, leurs biens ou une partie de leurs moyens de subsistance. Au-delà de l’urgence, la question de leur accompagnement dans les prochaines semaines se pose déjà.
N’oubliez pas les animaux !
Dans cet élan de solidarité, une attention particulière commence également à être accordée aux animaux touchés par les incendies. Animaux domestiques, bétail et autres bêtes présents dans les zones sinistrées ont eux aussi été exposés aux flammes, à la fumée et aux déplacements provoqués par les évacuations. Des spécialistes et des personnes ayant une expertise dans le domaine animalier se sont mobilisés pour apporter leur aide et sensibiliser les citoyens aux gestes à adopter face aux animaux blessés. Des conseils sont notamment diffusés concernant la prise en charge des brûlures et des blessures, avec un appel à privilégier l’intervention de professionnels lorsque l’état de l’animal le nécessite. Parallèlement, des appels sont lancés sur les réseaux sociaux pour collecter de la nourriture, de l’eau et des produits de soins destinés aux animaux retrouvés dans les zones affectées. Une mobilisation qui rappelle que les conséquences d’une telle catastrophe dépassent largement les seules pertes humaines et matérielles. Dans les zones rurales, la situation est d’autant plus préoccupante que la perte d’animaux d’élevage peut représenter un lourd préjudice pour les familles dont l’activité dépend directement du cheptel. Leur prise en charge devra donc également s’inscrire dans l’évaluation globale des dégâts.
L’État renforce son dispositif sur plusieurs fronts
Parallèlement à la mobilisation citoyenne, les différents secteurs de l’État poursuivent leurs interventions auprès des populations touchées. Les détachements de l’Armée nationale populaire poursuivent notamment leurs opérations dans les wilayas de Jijel et d’El-Tarf, en appui aux services de la Protection civile et de la Direction générale des forêts. D’importants moyens humains et matériels ont été mobilisés afin de renforcer les opérations d’extinction. Des unités déployées dans les zones affectées participent aux interventions, tandis que les Forces aériennes poursuivent leurs sorties avec les avions bombardiers d’eau. Au sol, des bulldozers, des engins, des camions d’incendie, des citernes d’eau et des ambulances ont également été engagés à proximité des zones touchées. L’ensemble des unités de l’ANP demeure par ailleurs en état d’alerte afin de poursuivre son soutien aux populations affectées et de contribuer, aux côtés des différents services mobilisés, aux opérations d’extinction.
Sur le volet sanitaire, le ministère de la Santé a également rassuré sur la disponibilité des médicaments et des équipements médicaux dans les établissements situés dans les zones touchées. Cette mise au point intervient après la diffusion de plusieurs appels sur les réseaux sociaux invitant à envoyer des médicaments et du matériel médical aux structures sanitaires des régions sinistrées. Le ministère affirme que les établissements chargés de la prise en charge des blessés disposent des médicaments, équipements et moyens médicaux nécessaires, en quantités suffisantes. Les mécanismes de suivi et d’approvisionnement ont été activés dès les premières heures suivant le déclenchement des incendies afin de répondre rapidement à tout besoin supplémentaire. Le niveau de préparation des établissements concernés a également été renforcé, avec la mobilisation des moyens humains et matériels et la mise en place d’un suivi permanent. Selon le ministère, aucune pénurie susceptible d’affecter la qualité ou la continuité de la prise en charge des blessés n’a été enregistrée.
La mobilisation concerne également le secteur du Commerce. La ministre du Commerce intérieur et de la Régulation du marché national, Amal Abdelatif, a donné des instructions pour renforcer le suivi quotidien de l’approvisionnement dans les wilayas touchées et garantir la disponibilité continue des produits de première nécessité. Lors d’une réunion de coordination tenue par visioconférence avec les directeurs régionaux et les directeurs du commerce des wilayas concernées, la ministre a insisté sur la nécessité de maintenir une coordination permanente avec les autorités locales afin d’identifier rapidement les besoins et d’intervenir sans délai en cas de perturbation. Les responsables locaux du secteur ont présenté les dernières données relatives aux niveaux d’approvisionnement et aux stocks de produits essentiels. La ministre a demandé que les besoins recensés soient pris en charge dans les meilleurs délais et que le suivi des stocks soit renforcé quotidiennement afin d’éviter toute rupture dans l’approvisionnement des populations affectées.
Le secteur de l’Hydraulique est également mobilisé pour évaluer les conséquences des incendies sur les infrastructures. Le ministre du secteur Lounès Bouzegza, a ordonné un recensement immédiat et précis de l’ensemble des installations hydrauliques ayant subi des dommages dans les wilayas touchées. Cette opération doit permettre d’identifier rapidement l’ampleur des dégâts et les infrastructures nécessitant des interventions urgentes. Le ministre a insisté sur l’accélération des opérations de maintenance et de réhabilitation afin de remettre les installations concernées en service dans les meilleurs délais. L’objectif est de préserver la continuité du service public de l’eau et d’éviter toute perturbation de l’approvisionnement des populations. Les services du secteur sont appelés à assurer une prise en charge rapide des dommages et à maintenir la disponibilité des réseaux et des installations hydrauliques.
Le jour d’après, un défi pour tous les secteurs
À mesure que la situation évolue, l’urgence ne se limite plus à combattre les flammes. Les responsables des différents secteurs sont désormais appelés à se rapprocher des zones sinistrées afin d’établir un état des lieux précis et d’identifier les besoins à court et moyen terme. Il s’agit aussi de panser les blessures, de recenser les dégâts et de procéder à des réparations et aux indemnisations nécessaires. Le secteur de l’Éducation nationale figure parmi les dossiers qui nécessitent une attention particulière à l’approche de la rentrée scolaire. Les établissements scolaires situés dans les zones touchées doivent faire l’objet d’une évaluation afin de déterminer ceux qui ont été endommagés ou détruits et de vérifier dans quelles conditions ils pourront accueillir les élèves.
La situation des enfants issus des familles sinistrées constitue également une préoccupation. Pour certains d’entre eux, le retour en classe pourrait être rendu difficile par la perte du logement familial, le déplacement de leurs familles ou les dégâts enregistrés dans leurs établissements. Des solutions devront donc être étudiées au cas par cas : réhabilitation rapide des établissements concernés, accueil temporaire des élèves dans d’autres structures ou, lorsque la situation l’exige, adaptation du calendrier scolaire. Toute décision concernant un éventuel report de la rentrée devra naturellement relever des autorités compétentes et être annoncée officiellement.
Le même travail d’évaluation doit concerner l’ensemble des secteurs à l’instar de l’habitat, agriculture, infrastructures, réseaux d’eau et d’électricité, santé, solidarité et collectivités locales. L’objectif est désormais de passer progressivement de la gestion de l’urgence à la prise en charge des conséquences de la catastrophe. Car derrière les flammes éteintes se profile déjà une autre bataille : celle de la reconstruction. La solidarité citoyenne devra se poursuivre dans la durée, tandis que les institutions publiques devront assurer le recensement des dégâts, l’accompagnement des familles et la remise en état des infrastructures touchées.
S. Oubraham

