Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a affirmé que l’Algérie était disposée à mettre à la disposition des instances juridiques africaines compétentes des documents, preuves matérielles et témoignages historiques attestant de l’ampleur des violations commises durant la période coloniale. Dans une allocution, lue par le Premier ministre, Sifi Ghrieb, lors de la réunion tenue en marge de la 39e session ordinaire de la Conférence des chefs d’État et de Gouvernement de l’Union africaine à Addis-Abeba, le Président Tebboune a rappelé l’expérience nationale douloureuse de l’Algérie, marquée par plus de 132 années d’un colonialisme de peuplement d’une extrême violence, réaffirmant la disponibilité totale de l’Algérie à mettre à la disposition des instances juridiques africaines compétentes l’ensemble des documents, preuves matérielles et témoignages historiques en sa possession. Ces éléments mettent en évidence l’ampleur des atrocités et des violations graves perpétrées pour étouffer la résistance du peuple algérien, notamment à travers une répression massive et l’usage de moyens et méthodes prohibés par le droit international. Il a affirmé que « les sacrifices immenses consentis par des millions d’Africains pour la liberté, la dignité et la justice ne peuvent être relégués à l’oubli ni réduits à des récits tronqués ». Insistant sur le fait que la reconnaissance de la vérité historique n’est pas une évocation sélective du passé, mais un devoir moral et juridique, indispensable à l’édification de relations internationales équilibrées, fondées sur le respect mutuel, l’équité et la préservation de la dignité humaine. Le Président Tebboune a souligné que l’Algérie, en plaçant ce processus au cœur de ses priorités, demeure convaincue que l’ancrage de la vérité et de la justice historiques constitue le socle de partenariats futurs plus équilibrés et d’un ordre international régi par le droit et non par la logique de la force. Ainsi, et au début de son allocution, le Président a adressé ses félicitations et ses marques de considération à la Commission de l’UA sur le droit international pour l’étude approfondie réalisée. Il a souligné que ce travail constitue « un apport qualitatif d’une importance majeure dans le processus de réflexion juridique africaine collective ».Il a précisé que cette étude s’inscrit dans l’application directe de la décision 934 adoptée lors de la précédente session du Sommet, visant à mettre en lumière les conséquences juridiques découlant de la qualification du colonialisme en tant que crime contre l’humanité, ainsi qu’à examiner la possibilité de considérer certaines pratiques liées à l’esclavage, à la déportation forcée et à la colonisation comme des actes pouvant relever du crime de génocide à l’encontre des peuples africains. Le Chef de l’État a affirmé que l’Algérie salue cet effort scientifique et juridique distingué et réitère son soutien total et constant aux initiatives menées par la Commission de l’Union africaine et ses organes juridiques compétents. Ces initiatives visent à consacrer une approche juridique claire et explicite intégrant le colonialisme parmi les crimes internationaux les plus graves, renforçant ainsi les principes de responsabilité, consacrant la lutte contre l’impunité et contribuant à l’établissement d’une justice historique équitable. Le Président Tebboune a appelé à une reconnaissance internationale explicite et sans ambiguïté, de la part des organisations onusiennes et des anciennes puissances coloniales, du caractère criminel des pratiques comprenant l’esclavage, la déportation forcée, l’épuration ethnique, la torture, les déplacements forcés et la persécution systématique. Il a souligné que ces pratiques se distinguent, par leur ampleur et leur brutalité, dans l’histoire moderne de l’humanité.
L’APPEL D’ALGER ET LA CONSÉCRATION D’UNE JUSTICE HISTORIQUE
Dans le cadre du mandat confié à l’Algérie, aux côtés du Togo, de l’Afrique du Sud et du Ghana, pour assurer le suivi de la mise en œuvre de la décision 934 au titre des activités thématiques de l’Union africaine pour l’année 2025, l’Algérie a, en coordination avec la Commission de l’UA, organisé, les 30 novembre et 1er décembre 2025, une conférence internationale de haut niveau sous le thème : « Les crimes du colonialisme en Afrique : vers la consécration de la vérité historique et la criminalisation du colonialisme ». Cette rencontre a réuni des ministres des Affaires étrangères, des experts en droit international, des historiens et des universitaires d’Afrique, d’Europe, des Amériques et de la région des Caraïbes. Les débats approfondis ont abouti à l’adoption de « l’Appel d’Alger », comportant plusieurs recommandations majeures, notamment la reconnaissance officielle des crimes coloniaux, l’intégration explicite de la criminalisation du colonialisme dans les règles du droit international, le renforcement de la documentation des crimes coloniaux et la préservation de la mémoire historique africaine en tant que composante essentielle de la justice historique. L’Appel préconise également la restitution des biens culturels spoliés, des archives nationales et des restes humains des victimes du colonialisme, ainsi que la reconnaissance de la responsabilité internationale quant aux profondes conséquences environnementales et économiques laissées par les politiques coloniales sur le continent africain. Dans le même contexte, le Président s’est félicité de l’adoption de la proposition algérienne visant à instituer une Journée africaine officielle en mémoire des martyrs de l’Afrique, fixée au 30 Novembre de chaque année, afin de renforcer la conscience historique des générations montantes et de préserver la mémoire des immenses sacrifices consentis par les peuples africains.
LA LOI CRIMINALISANT LE COLONIALISME : UNE ÉTAPE SOUVERAINE IMPORTANTE
Évoquant l’initiative entreprise par l’Algérie au plan national, la qualifiant d’ «étape souveraine importante », Tebboune a souligné que, dans le cadre de cette dynamique continentale visant à relire l’histoire à la lumière du droit international, l’Algérie a franchi une étape souveraine majeure au plan national. Le 24 décembre 2025, le Parlement algérien a adopté à l’unanimité une Loi criminalisant le colonialisme subi par l’Algérie. Cette Loi vise à établir les responsabilités juridiques, à préserver la mémoire nationale et à consacrer le principe de l’imprescriptibilité des crimes graves comme fondement essentiel de toute démarche sérieuse de réconciliation avec l’histoire. Elle qualifie notamment d’imprescriptibles, conformément aux principes du droit international et aux droits des peuples à la vérité et à la justice, des pratiques telles que les exécutions extrajudiciaires, la torture, le viol, les essais nucléaires sur des civils et le pillage systématique des richesses.
Sarah O.











































