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GHAZA : Inquiétante propagation du cancer 

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Dans le secteur de Ghaza, la guerre ne se contente plus de faucher des vies sous les bombes : elle s’installe durablement dans les corps, à travers une propagation alarmante du cancer, devenue l’une des tragédies sanitaires les plus invisibles du conflit en cours. En l’espace de deux ans, la maladie s’est répandue à un rythme sans précédent, dans un territoire où le système de santé a été méthodiquement démantelé par l’agression de l’occupation sioniste. Hôpitaux pulvérisés, centres spécialisés hors service, pénuries chroniques de médicaments, personnel médical décimé ou contraint à l’exil : les patients atteints de cancer sont aujourd’hui abandonnés à leur sort. Ils luttent contre la maladie sans traitements, sans suivi, parfois sans même un diagnostic fiable. 

À Ghaza, le cancer n’est plus seulement une pathologie, il est devenu une condamnation différée. Le témoignage de Mahmoud Saïd résume à lui seul l’impasse thérapeutique dans laquelle se trouvent des milliers de malades. Atteint d’un cancer du rectum avant la guerre, il devait entamer son traitement le 8 octobre 2023 à l’hôpital turc de l’Amitié. Le bombardement de l’établissement a mis fin à tout espoir de prise en charge. Déjà amputé de sa prostate à la suite d’un précédent cancer, il survit aujourd’hui avec des poches médicales, rêvant simplement d’une opération qui lui permettrait de retrouver une vie digne. Pour Samar Al-Halabi, le cancer du sein diagnostiqué au début de l’agression s’est transformé en une épreuve insoutenable. La vie sous les tentes, les déplacements forcés, l’absence d’antalgiques et les trajets coûteux entre les rares structures encore fonctionnelles ont accéléré la progression de la maladie jusqu’au stade métastatique. À chaque déplacement pour se soigner, c’est un combat physique et financier supplémentaire qui s’ajoute à la douleur. Selon le docteur Mohammed Abu Nada, directeur médical du Centre de cancérologie de Ghaza, l’effondrement du système de santé est total. Les principaux hôpitaux spécialisés ont été détruits ou mis hors service, les équipements de dépistage précoce sont hors d’usage, et seuls 30 % des médicaments de chimiothérapie nécessaires sont disponibles. Le manque de carburant et d’électricité a paralysé les appareils les plus essentiels, rendant le suivi médical quasiment impossible. Les chiffres dressent un constat glaçant. Environ 12 500 patients atteints de cancer vivent aujourd’hui à Ghaza, avec plus de 2 000 nouveaux cas chaque année, dont des enfants. Des milliers de patients ne sont pas diagnostiqués à temps, tandis que les traitements de chimiothérapie intraveineuse ont été interrompus depuis mai 2025. Dans ce contexte, plus de 436 patients sont déjà morts faute de soins depuis octobre 2023. À cette catastrophe sanitaire s’ajoute une politique de fermeture drastique. Alors que près de 17 000 patients nécessitent une prise en charge médicale à l’extérieur du territoire, seuls 1 100 ont été autorisés à quitter Ghaza. Pour les médecins, cette interdiction équivaut à une condamnation à mort lente. Pendant ce temps, les bombardements se poursuivent, les violations du cessez-le-feu se multiplient, et la population fait face à une crise humanitaire aggravée par les intempéries, la destruction des abris et l’effondrement des infrastructures. À Ghaza, la guerre ne se mesure plus seulement en frappes aériennes, mais aussi en maladies non soignées, en souffrances prolongées et en vies éteintes dans l’indifférence. Le cancer, silencieux et implacable, est devenu l’un des visages les plus cruels du siège imposé à Ghaza. Une tragédie lente, méthodique, et pourtant évitable, si les portes des hôpitaux, des frontières et de l’humanité restaient ouvertes.

M. S.

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