étudiants

49e MARDI DE MOBILISATION : Les étudiants reviennent à la charge

De nombreux étudiants, appuyés par plusieurs citoyens de tous âges, ont battu le pavé, hier à Alger, au 49e mardi de manifestation, comme un peu partout sur le territoire national, pour réitérer les revendications du mouvement populaire en marche depuis février dernier, et lequel va souffler, dans moins d’un mois, sa première bougie.
La marche a démarré, comme d’habitude, à 11h00, à partir de la Place des Martyrs et s’est dirigée vers la Place Audin. Le dispositif des services de sécurité mis en place était plutôt ordinaire. Les forces de l’ordre se sont contentées de barrer certains accès et de sécuriser la protestation des étudiants, où aucun incident n’était signalé.
Tout au long de l’itinéraire « traditionnel » emprunté, chapeauté par un handicapé moteur, le portrait du militant politique incarcéré, Karim Tabbou, entre les mains, les marcheurs n’ont pas cessé de clamer haut et fort l’exigence du départ de tout le système et le passage à une véritable transition démocratique en rupture avec les anciennes pratiques.
La corporation des étudiants ne reconnait pas le pouvoir actuel, et elle l’a fait entendre à travers plusieurs slogans et autres pancartes hostiles au président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a qui les étudiants, fer de lance de la protesta, n’accordent pas la légitimité.
« Hna wled Amirouche Wlalour manwalouch » (Nous descendants du martyr Amirouche, on ne va pas faire machine arrière), « Dawla madania machi 3askaria » (Etat civil et non militaire) ou encore « Siyada chaâbia, marhala intiqaliya » (La souveraineté au peuple à travers une transition politique), sont entre autres les slogans scandés par les marcheurs.
De nouveaux slogans apparus récemment ont été aussi chantés au cours de cette marche pacifique, selon l’évolution de la situation politique du pays et les projections du pouvoir.
« Ni pétrole, ni gaz de schiste, que la France l’exploite à Paris », scandaient les manifestants en réponse au discours du président Tebboune qui a émis le vœu d’exploiter cette énergie, qui a déjà fait couler beaucoup d’encre il y a quelques années, et même provoquer des émeutes dans des zones du sud du pays hostile au projet. Là encore les protestataires proposent une alternative au projet du pouvoir. « Oui pour les énergies renouvelables, oui pour l’agriculture au Sahara, oui pour l’investissement dans l’exploitation des eaux sous-terraine, oui pour un changement pacifique du système, mais non pour l’exploitation du gaz de schiste », peut-on encore lire sur une grande pancarte portée par un manifestant.
Les étudiants n’ont pas également oublié les frères emprisonnés, étudiants simples citoyens ou militants politiques, dont ils ont exigé la libération immédiate, en exhibant « fièrement » leurs portraits, dont celui de Karim Tabbou, et la jeune étudiante de Tlemcen, Nour Elhouda Oggadi, en détention provisoire.

Paroles aux étudiants
Accostée aux alentours de la rue Larbi Ben-Mhidi, une jeune étudiante a décortiqué « magistralement » la situation politique qui prévaut dans le pays. « Le pouvoir manque de légitimité. De plus, deux wilaya n’ont pas voté lors du dernier scrutin présidentiel, donc il n’est pas issu de la volonté populaire », a déclaré cette étudiante très au fait de la chose politique. Et de poursuivre : « La France a refusé d’exploiter le gaz de schistes sur son propre territoire en raison de ses répercussions négatives sur la santé humaine, et voilà que chez nous ils font de ce projet un sauveteur de l’économie nationale », a-t-elle enchaîné, toute décontractée dans ses propos.
Pour sa part, un autre étudiant, un habitué de la protesta, selon ses propos, a évoqué le dialogue avec les autorités pour une sortie de crise, lequel ne peut voir le jour sans la libération des détenus. « Il est prématuré de parler de dialogue avec le pouvoir alors que nos frères croupissent toujours, arbitrairement, dans les prisons de l’État », balayant d’un revers de la main toute possibilité de prise de langue avec le pouvoir sans l’élargissement des détenus d’opinion et politiques.
Brahim Oubellil