La Supercoupe d’Algérie 2025 n’était pas qu’un trophée de plus dans une armoire déjà bien garnie. Elle était un verdict, une photographie instantanée du rapport de forces entre deux institutions rivales. Samedi soir, au stade Nelson-Mandela de Baraki, le MC Alger n’a pas seulement battu l’USM Alger (1-0) : il a envoyé un message clair sur sa place actuelle dans le football algérien.
En s’imposant face à l’USMA, le MCA n’a pas simplement gagné un match, il a validé une hiérarchie en train de s’installer durablement. Le Doyen, déjà double champion en titre, a ajouté une cinquième Supercoupe à son palmarès, confirmant qu’il est aujourd’hui le club le plus solide et le plus structuré du pays. Le score minimal (1-0) pourrait tromper, mais la physionomie de la rencontre raconte une tout autre histoire : celle d’une équipe en pleine maîtrise face à un rival qui a surtout résisté.
Dès l’entame, le Mouloudia a montré qu’il abordait ce derby avec une idée précise. Pressing coordonné, lignes resserrées, transitions rapides, tout indiquait une préparation minutieuse. L’énorme occasion manquée par Anatof dès la première minute, repoussée par Benbot, n’était pas un simple fait de jeu : elle traduisait l’intention de prendre l’ascendant psychologique d’entrée. Face à cela, l’USMA a surtout réagi, preuve que le centre de gravité du football algérois penche actuellement du côté des Vert et Rouge. Les situations dangereuses du premier acte ont presque toutes été mouloudéennes.
Le coup franc d’Halaimia à la 26e minute, frôlant la lucarne, puis la volée de Boukhelda superbement détournée par Benbot, ont mis en lumière deux réalités.
D’un côté, un MCA capable de varier ses attaques et de menacer sur coups de pied arrêtés comme dans le jeu. De l’autre, une USMA dépendante des exploits de son gardien pour rester dans le match. À la pause, le 0-0 ne reflétait pas l’ascendant mouloudéen. La seconde période a confirmé cette lecture. Le MCA a continué à étouffer son adversaire par un jeu patient, intelligent et collectif. Les centres répétés de Benhoua, les projections de Ferhat et le travail de sape d’Anatof ont mis à rude épreuve une défense usmiste souvent sur le recule.
Même lorsque Bayazid s’est écroulé dans la surface à la 52e minute, sans obtenir de penalty, le Mouloudia n’a jamais perdu sa ligne directrice. Cela révèle une maturité nouvelle : celle d’une équipe qui ne s’énerve pas, qui ne force pas, mais qui insiste.
Naïdji, le symbole d’une supériorité
L’entrée de Zakaria Naïdji a changé le cours du match, mais surtout confirmé la profondeur de l’effectif mouloudéen. À la 74e minute, sur un centre millimétré de Zineddine Ferhat, il s’est élevé plus haut que tout le monde pour placer une tête croisée imparable.
Ce but n’est pas seulement celui d’un remplaçant inspiré, il incarne la force du collectif : un banc capable de faire basculer une finale. Là où l’USMA s’est appuyée sur son organisation, le MCA a ajouté la qualité individuelle au service du système. La réaction usmiste en fin de match a été plus courageuse que réellement dangereuse. Les entrées de Khaldi et Aimé Junior ont apporté du dynamisme, mais pas la lucidité nécessaire pour percer un bloc mouloudéen parfaitement en place.
À la 84e minute, la tentative de tête de Khaldi est passée à côté, symbole d’une équipe qui court après le score sans véritable plan clair. Pendant ce temps, le MCA a géré avec sang-froid, preuve qu’il a intégré les exigences des grands rendez-vous.
Au-delà du résultat, cette Supercoupe met en lumière le travail de Rulani Mokwena. Le coach sud-africain a bâti une équipe équilibrée, capable de dominer sans se découvrir. Face à Abdelhak Benchikha, tacticien reconnu, le Mouloudia a imposé son tempo et sa personnalité. Ce n’est pas un hasard si le MCA enchaîne les succès : il possède aujourd’hui une identité claire, une colonne vertébrale solide et une vraie culture de la victoire.
Cette cinquième Supercoupe (après 2006, 2007, 2014 et 2024) n’est pas qu’une ligne de plus dans le palmarès. Elle symbolise une ère. Là où l’USMA reste une grande institution, elle semble pour l’instant évoluer dans l’ombre de son rival. Le derby de Baraki n’a pas seulement tranché une finale, il a illustré une tendance lourde : le centre de gravité du football algérois se déplace vers le MCA.
Dans une capitale où chaque trophée nourrit une rivalité historique, cette victoire du Mouloudia dépasse le cadre sportif. Elle consacre un modèle : stabilité, discipline, profondeur d’effectif et efficacité dans les moments clés. Si l’USMA veut renverser cette dynamique, elle devra non seulement s’adapter tactiquement, mais aussi retrouver une capacité à imposer son jeu. Pour l’heure, le constat est sans appel : le MCA règne.
En Algérie, la couronne a changé de tête, et elle semble bien ancrée sur celle du Mouloudia.
Mohamed Amine Toumiat












































