Accueil À LA UNE SÉGOLÈNE ROYAL À ALGER : « J’espère pouvoir aider M. Macron à agir »

SÉGOLÈNE ROYAL À ALGER : « J’espère pouvoir aider M. Macron à agir »

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Pour Ségolène Royal qui a achevé, hier, sa visite de cinq jours dans notre pays, l’Algérie a changé et la France devrait admettre cette réalité.

Jeudi, en conférence de presse organisée à l’hôtel El Aurassi à l’initiative de la Chambre algérienne de commerce et d’industrie (CACI), l’ancienne candidate à la présidentielle de 2007 a rendu compte de son séjour à Alger au cours duquel elle s’est entretenue avec un bon nombre de responsables algériens, à leur tête le président Abdelmadjid Tebboune, outre des rencontres avec des chefs d’organisations patronales comme Kamel Moula du CREA (Conseil du renouveau économique algérien). Cette visite s’est vite révélée à l’opinion publique comme une initiative de réconciliation entre deux pays en crise depuis le 30 juillet 2024, date à laquelle le président français Emmanuel Macron a déclaré son soutien au prétendu « plan d’autonomie » marocain pour le Sahara occidental.  À Alger, la présidente de l’Association France – Algérie (AFA) vient de retrouver, dix ans après sa visite de 2015 en tant que ministre, Ségolène Royal, qui a affirmé avoir constaté en Algérie une évolution. Aux yeux de l’ancienne candidate à l’élection présidentielle française de 2007, ce changement, opéré avec l’arrivée d’Abdelmadjid Tebboune à la tête de l’État, devrait être accepté, par les autorités françaises, comme nouvelle donne. D’ailleurs, Mme Royal a révélé qu’elle rentrerait à Paris avec l’espoir de pouvoir convaincre le président Macron de se plier aux exigences de l’Algérie sur le dossier de la mémoire. Un prérequis pour amorcer le processus de dénouement de la crise en vue d’une probable relance du partenariat entre les deux pays. Cependant la question suivante s’impose : l’homme qui était derrière la crise avec l’Algérie peut-il en être la solution ? Mme Royal croit à une reprise du dialogue politique. Mais faut-il que le locataire de l’Élysée agisse et fasse un premier geste d’apaisement.

« J’aurai réconcilié nos deux pays en 2007 »

Interrogée, par le Courrier d’Algérie, si elle pense que la réconciliation entre les deux pays pourrait aboutir sous la présidence de M. Macron, ou si, au contraire, cette initiative s’inscrit dans la perspective des élections présidentielles de 2027, la femme politique de gauche a botté en touche, préférant se cantonner dans son rôle de messagère ou de médiatrice. Mais si ça ne tenait qu’à elle, elle aurait évité une telle crise avec l’Algérie en menant un travail de réconciliation. « Si j’avais été élue en 2007, ça serait fait (réconciliation avec l’Algérie, Ndlr) depuis longtemps.  Parce que dans mon projet présidentiel, j’avais prévu la restitution, à l’ensemble du continent africain, de tout ce que le pays colonial avait pris. Et donc, ça, ça aurait été fait depuis longtemps.  Et je peux vous dire qu’il n’y aurait pas eu la dégradation des relations avec le continent africain dans son ensemble et avec l’Algérie en particulier.  Voilà. Mais l’histoire continue à s’écrire.  Merci d’avoir été là pour participer à l’écriture de cette histoire », a-t-elle répondu.

Mme Royal a entamé sa conférence en annonçant avoir été autorisée par le ministre de la Justice, Lotfi Boudjemaâ, à rendre visite, demain (hier, Ndlr), en prison à son compatriote le journaliste Christophe Gleizes. « Mais je l’ai fait en discrétion, parce que je ne voulais mettre aucune pression et laisser vraiment la liberté totale au gouvernement algérien de me répondre, et j’ai eu le plaisir, donc, d’être reçue par le ministre de la Justice, qui a voulu me communiquer personnellement sa décision positive », a-t-elle révéré. « J’ai appelé les parents de Christophe Gleizes qui étaient vraiment très contents. Leur comportement et celui de son avocat ont beaucoup pesé pour cette décision positive, parce qu’ils ont toujours été d’un respect vraiment irréprochable, et d’une discrétion irréprochable, et je crois que c’était la bonne attitude pour leur fils », a-t-elle ajouté.

« L’extrême droite a peur de la vérité »

Sur les critiques acerbes d’une partie de la presse française, l’extrême-droite pour ne pas la nommer, Mme Royal n’en fait pas toute une histoire, mais elle a tenu à les dénoncer comme suit : « Parce que ma liberté de parole a toujours dérangé.  Mais j’ai réentendu, je réentends les mêmes reproches agressifs que ceux que j’ai entendus pendant ma campagne présidentielle de 2007. D’une grande violence d’ailleurs. Tant pis pour les auteurs, c’est eux-mêmes qui s’abîment, vous savez, ceux qui profèrent des attaques comme ça, ils ont un problème, c’est eux-mêmes qui les abîment, c’est comme ça que je me protège (…). Et puis enfin, c’est la peur de la vérité et de ma liberté de parole.  Voyez, et de m’avoir continué à peser dans le débat politique.  Mais ce n’est pas grave, parce que je vais vous dire une chose, c’est que c’est quand on voit justement qu’il y a des réactions de violence et de méchanceté qu’on se rend compte de la difficulté de la réconciliation. Et ça donne encore plus de force.  Parce que cette réconciliation qui passe par la reconnaissance de ce qui s’est passé est facile à faire pour la France. Et c’est ça qu’ils savent, ceux qui ne veulent pas de cette réconciliation, de cette reconnaissance. »

« Ouverture des dossiers sur les essais nucléaires »

Enchaînant avec le dossier de l’histoire et de la réconciliation des mémoires, Mme Royal a affirmé que « ce serait tellement simple que la France fasse un geste de reconnaissance qui se traduirait formellement par la restitution des biens culturels, des archives du canon d’Alger, des dépouilles qui sont encore au musée de l’Homme pour qu’ils soient correctement inhumés, et bien sûr du dossier sur les essais nucléaires. Mais, vous voyez, ces attaques ont porté leurs fruits paradoxalement, parce que, bizarrement, il y a des dossiers qui s’accélèrent. Je vais vous donner deux exemples. Il y a deux jours, le Sénat vient de voter la loi sur la restitution des biens culturels. » La conférencière a précisé à propos d’une loi « qui traînait, et les sénateurs étaient farouchement opposés.  Tiens, il y a deux jours, cette loi a été votée en première lecture. « Il faut du temps, etc. » Elle a ajouté que « la deuxième accélération de l’histoire, c’est le vote ce matin (jeudi, Ndlr) d’un amendement parlementaire sur l’ouverture des dossiers concernant les essais nucléaires dans le Sahara. Ça a été voté ce matin. C’est pareil, c’était un amendement, c’était en première lecture, mais en fait, c’est la première fois qu’un amendement parlementaire donne un délai de six mois au gouvernement pour communiquer toutes les informations sur les conséquences des essais nucléaires, parce qu’il y a encore des problèmes de santé publique.   Donc, vous voyez, je crois que les choses vont avancer. »

« Nouveau cycle de dialogue ? » 

À une question de nos confrères du magazine « Injazat » sur l’impact des initiatives de dialogue basées sur le mouvement associatif, les milieux culturels et économiques… Sur une ouverture d’un nouveau cycle de dialogue ou d’un nouveau cycle dans les relations algéro-françaises, ainsi que sur le bilan de sa visite, Mme Royal a livré sa réponse. « D’abord, par exemple, la visite à Christophe Gleizes, c’est vraiment l’aboutissement d’une visite réussie, d’une part, et ça, c’est important comme signal. Ça veut dire que quand on respecte, quand on a une parole de respect, d’humilité, de tranquillité, d’évidence, eh bien, je sais que le Président et le Gouvernement algériens ne demandent qu’à renouer ce dialogue, précisément pour régler les questions en suspens et passer à autre chose.  Et je les ai trouvées vraiment très mobilisées sur l’avenir de la jeunesse », a-t-elle expliqué, ajoutant que « c’est mon cas aussi. Je vais écrire un livre sur cette question, en disant que finalement, chaque fois qu’on prend une décision, il faut se demander : est-ce que c’est bon ou pas bon pour les jeunes et pour la génération qui viendra après. C’est ça, notre responsabilité de transmission. » D’autre part, Mme Royal pense que les jeunes, des deux rives, aspirent à la tranquillité. « Ils sont déjà dans un monde tellement mouvementé, les réseaux sociaux qui leur rongent le cerveau, les guerres, les perturbations, le Covid qu’ils ont subi, que l’apaisement des choses, l’apaisement des relations, l’apaisement avec la France, c’est un apaisement qu’ils vont ressentir. C’est ça qu’il faut comprendre. »

« Des parties françaises ont peur de la reconnaissance »

La présidente de l’AFA a rebondi sur la question de la mémoire en affirmant que « l’une des idées du président Tebboune, c’était de faire en sorte que le travail de la commission mixte, qui avait été mise en place et qui ne se réunit plus depuis de longs mois, puisse finaliser son travail. » Mme Royal s’est engagée à apporter sa contribution sur ce dossier. « Je vais m’y employer, je vais m’investir personnellement pour finaliser le travail et l’écriture de l’histoire sur laquelle les historiens français et les historiens algériens ont travaillé. J’ai lu tous leurs travaux avant de venir, bien évidemment, et je considère qu’ils ont déjà fait un travail très intéressant, pratiquement terminé, mais qu’ensuite ça a dû faire peur à certaines autorités françaises qui ont dit : + Oh là là, si on publie ça, qu’est-ce qui va se passer ? + Il n’y a rien, il ne va rien se passer, il va se passer la reconnaissance. »

Farid Guellil

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