Accueil ACTUALITÉ SAHARA OCCIDENTAL : La politique de la terre brûlée se poursuit  

SAHARA OCCIDENTAL : La politique de la terre brûlée se poursuit  

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Le conflit au Sahara occidental a connu un tournant particulièrement préoccupant au début de l’année 2026. Des rapports de terrain émanant des territoires occupés font état d’une escalade sans précédent des campagnes de répression systématique menées par l’occupation marocaine. 

Cette nouvelle vague de mesures coercitives dépasse largement le cadre du contrôle sécuritaire traditionnel ou de la surveillance ponctuelle : elle se traduit par une offensive directe et globale contre l’existence sociale et politique des défenseurs des droits humains et des civils sahraouis.

Selon plusieurs sources locales, l’objectif affiché de cette stratégie est de briser la volonté du peuple sahraoui et de l’empêcher de poursuivre sa lutte légitime pour le droit à l’autodétermination et à l’indépendance nationale. L’occupation chercherait ainsi à étouffer toute expression politique ou civique susceptible de rappeler la légalité internationale et le caractère inachevé du processus de décolonisation du Sahara occidental. Dans ce contexte d’escalade, les forces de l’occupation ont développé de nouvelles méthodes de répression visant à isoler les militants de leur environnement social et à démanteler les réseaux de solidarité populaire. Le harcèlement ne se limite plus à des poursuites judiciaires de façade : il inclut désormais l’encerclement des domiciles par des véhicules militaires, une surveillance permanente assurée par des agents en civil et une pression psychologique continue exercée sur les familles. Ces pratiques ont ciblé des figures militantes connues ainsi que les proches de prisonniers politiques, traduisant la volonté de transformer les villes sahraouies occupées en véritables prisons à ciel ouvert. Toute voix revendiquant la liberté, le respect du droit international ou la solidarité avec les victimes de violations graves se voit immédiatement réprimée.

El-Ayoun occupée sous tension permanente

Dans la ville occupée d’El-Ayoun, cette politique répressive prend une dimension particulièrement alarmante. Le cas de la militante des droits humains Oum Essaad Bourial illustre cette dérive sécuritaire. Soumise depuis des années à une surveillance constante, elle fait aujourd’hui face à ce qu’elle décrit comme un « siège direct et étroit », marqué par une présence permanente et visible d’agents du « Makhzen » autour de son domicile. Ce harcèlement dépasse la simple intimidation individuelle : il vise également à semer la peur parmi les voisins et à isoler socialement les familles de détenus politiques sahraouis. D’autres militants, tels que Hasna Baba Ahmed Edouihi et Mina Baali, subissent des pressions similaires, dans une tentative manifeste d’empêcher toute activité civique ou humanitaire.  La situation d’Oum Essaad Bourial revêt une portée symbolique particulière. Elle est la sœur du prisonnier politique sahraoui Mohamed Bourial, condamné à 30 ans de prison à la suite du démantèlement du camp de protestation de Gdeim Izik en 2010. Son engagement et sa résistance face au harcèlement sécuritaire incarnent aujourd’hui la détermination des femmes sahraouies à préserver la mémoire des violations et à refuser l’effacement de leur cause.

Militarisation des quartiers et répression dans les milieux universitaires

La répression ne se limite pas aux militants individuels. À El-Ayoun, plusieurs quartiers résidentiels ont été transformés en zones quasi militaires, sous l’effet d’un déploiement massif de forces de police, de véhicules de sécurité et d’éléments de renseignement. Toute tentative de rassemblement pacifique ou d’activité commémorative est systématiquement interdite et violemment dispersée, en violation flagrante du droit à la réunion pacifique et à la liberté d’expression.

Parallèlement, l’université est devenue une nouvelle cible de cette politique sécuritaire. À l’université occupée de Smara, six étudiants ont été arrêtés pour avoir participé à une grève et à un sit-in pacifique. Cette répression du milieu académique révèle la crainte des autorités face à l’éveil politique de la jeunesse sahraouie et à son rôle potentiel dans la défense des droits nationaux.

Démolition des maisons et déplacements forcés

L’un des développements les plus graves reste la démolition de logements appartenant à des familles sahraouies. Ces opérations, menées sans considération humanitaire, ont laissé des femmes, des enfants et des personnes âgées sans abri, exposés aux conditions climatiques difficiles. Ces scènes de familles contraintes de dormir à même le sol illustrent une politique de terreur destinée à contraindre les habitants autochtones à l’exil forcé. Cette stratégie s’inscrit dans une démarche plus large visant à modifier la structure démographique du territoire. En détruisant les moyens de subsistance des Sahraouis et en les poussant à quitter leurs terres, l’occupation cherche à imposer un fait accompli démographique au service de son agenda politique, tout en tentant de légitimer la « marocanisation » du Sahara occidental. Sur le plan juridique, ces pratiques constituent des violations graves du droit international humanitaire. La Quatrième Convention de Genève interdit explicitement la destruction de biens privés et le transfert forcé de populations civiles dans les territoires occupés, qualifiant de tels actes de crimes de guerre.

Silence international et responsabilités engagées

Face à ces violations répétées, le silence de la communauté internationale apparaît comme un facteur déterminant de la persistance des abus. Comme l’a souligné l’écrivain et militant espagnol Carlos C. Garcia, ce mutisme ne relève pas de la neutralité diplomatique, mais participe à l’instauration de la loi du plus fort au détriment du droit international. Le Sahara occidental semble de plus en plus perçu comme un réservoir de ressources stratégiques – phosphates, richesses halieutiques, minerais – plutôt que comme un territoire en attente de décolonisation. 

Cette logique d’exploitation économique renforce les politiques répressives et retarde toute solution juste et durable. Ce qui se déroule aujourd’hui au Sahara occidental dépasse le cadre d’un simple différend régional. Il s’agit d’un test décisif pour la crédibilité des institutions internationales et pour l’engagement réel en faveur des droits humains. La responsabilité incombe également aux anciennes puissances administrantes, notamment l’Espagne, dont le recul politique fragilise encore davantage la position juridique du territoire. Malgré la répression, la résilience du peuple sahraoui et des défenseurs des droits humains demeure le principal rempart contre l’oubli. L’histoire jugera la capacité de la communauté internationale à passer de l’indignation verbale à une action concrète pour faire respecter le droit international et mettre fin à des pratiques qui menacent la stabilité et la justice dans toute la région.

M. Seghilani

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