Située à plus de 600 kilomètres au sud de la capitale, la ville de Touggourt, adossée à un passé séculaire, vit son aspiration à devenir une mégapole du futur.
La ville n’est pas une oasis, issue tel un mirage au sortir d’une dune de sable. Elle s’adosse sur une histoire ancestrale qui fait la fierté de ses enfants. Touggourt, qui est aujourd’hui une wilaya de plein droit a été rattachée durant la période coloniale à Batna dans le cadre du département des Oasis, avant de se voir liée à Ouargla pour devenir, au cours de ces dernières années une wilaya déléguée puis aujourd’hui accéder au statut de wilaya, un statut administratif qui laisse libre court aux rêves des Touggourtis de voir leur ville devenir une cité moderne dotée d’un tissu industriel véritable filon d’opportunités d’emploi et d’équipements publics qui assure l’essentiel des commodités aux habitants et aux visiteurs. Touggourt a été le foyer du royaume des Bendjellab (1414-1881), une dynastie Berbère fondée par un certain Soliman vers le début du XVe siècle. Pour certains il serait un pèlerin du Maghreb al-Aqsa, descendant des Mérinides. Une autre version renvoie la naissance de ce royaume à une anecdote qui dit que lassées des rivalités, les tribus locales décidaient que le premier entré dans la ville de Touggourt serait reconnu comme chef. Un simple berger (en arabe : djellab) fut celui qui mit le pied le premier dans la ville.Le cheikh Soliman El Djellabi et fut intronisé roi des Beni Djellab. L’autorité de ce royaume va englober tout l’Oued Righ et s’étendre jusqu’a Zab l’actuel Biskra. En l’an 1552, les Beni Djellab durent se soumettre à l’autorité de la régence Ottomane d’Alger. Le royaume est tombé après l’entrée des troupes françaises dans la ville en 1881, qui se heurtèrent à une farouche résistance. Les tombeaux des rois de cette dynastie sont encore visibles dans le cimetière de la ville. Malheureusement, le mausolée où ils reposent nécessite un travail de réhabilitation tant il a été laissé à l’abandon des années durant. L’autre anecdote que les anciens de Touggourt racontent à propos de ce royaume est que sa chute a été précipitée par les intrigues qu’avait connues la famille royale minée par une guerre de succession entre les différents princes.
La porte vers le continent africain
On raconte que la lignée du roi Soliman, fondateur du royaume a été exterminée. La fameuse phrase qu’on continue encore de répéter, « Ougtoul khouk enchey khouk (tue ton frère et on t’intronisera roi) », explique les intrigues qui avaient entouré la fin de ce royaume et sa chute. Le lieu du pouvoir à cette époque était un beau bâtiment au style mauresque appelé « Bureau aarab » qui avait servi de siège de la daïra après l’indépendance mais qui fut malheureusement démoli à la fin des années quatre-vingt suite à une décision qui reste inexpliquée à ce jour et qui continue de susciter la colère des Touggourtis. De cette époque de grandeur, la ville garde également un autre témoin, El masjid El atiq (la mosquée antique) construite en l’an 1805 par le sultan Ibrahim Ben Mohamed Ben Djellab à l’entrée de Ksar Mestawa. Ce lieu de culte, toujours debout présente la particularité d’allier une architecture arabo-mauresque avec des tonalités locales. On retrouve certains de ses motifs dans certaines zaouias et lieux de culte dans plusieurs pays d’Afrique. Et si l’antique mosquée a eu la chance d’être sauvée des crocs des pelleteuses et de la bêtise humaine grâce à la mobilisation de la population et une décision des autorités centrales, ce ne fut pas le cas de Ksar Mestawa dont de larges pans ont été démolis durant les années quatre-vingt par des responsables locaux qui ne connaissaient rien à l’histoire de la ville et rien de son riche patrimoine. L’histoire de Touggourt retient qu’elle a été la porte qui a permis à l’Afrique d’atteindre les rives de la mer Méditerranée. C’est de la place publique de la ville que la première caravane de véhicules motorisés s’était élancée au mois de décembre 1922 à janvier 1923 vers la ville de Tombouctou au Mali. Cette expédition composée de véhicules Citroën à chenilles a vaincu le désert et ouvert les portes de l’Afrique subsaharienne au colonisateur français qui avait alors réussi à relier ses colonies du Sahel à l’Algérie. La stèle commémorant cette traversée, réalisée en 1929 par le sculpteur Henri Bouchard, trône toujours sur la place de la Liberté à Touggourt et marque un temps de l’Histoire de la ville et de sa population.
Des atouts à valoriser
La ville de Touggourt et sa région ne manquent pas d’attraits touristiques qui peuvent intéresser les visiteurs, aussi bien nationaux qu’étrangers. Elle est captivante par ses lacs qui bénéficient d’une attention particulière grâce au programme de protection des zones humides Ramsamar.
Elle est envoutante par ses nombreux Ksours et zaouias qui peuvent figurer comme haltes dans les circuits touristiques qu’offre la région. Elle est attachante par la gentillesse de sa population qui garde l’originalité et l’authenticité de l’Algérie des aïeux. La ville en pleine mutation est devenue une nef qui vogue entre tradition et modernité.
Lees marchands de Sfendj et de Dobbara disputent l’espace des rues aux pizzerias et autres vendeurs de Kebab qui ont fait leur apparition dans la ville. La nouvelle Touggourt est en train de voir le jour à la faveur du programme de développement initié depuis qu’elle a accédé au statut de wilaya de plein droit.
Ses infrastructures de base connaissent une dynamique de modernisation et la ville est en train de se doter d’une nouvelle gare ferroviaire d’une nouvelle agence pour le transport routier.
De nouveaux espaces urbains sont en train de naitre du sol et les dunes de sable sont en train de reculer pour laisser place au béton. La ville d’art et de culture qui avait sa station de radio dirigée par le chanteur regretté Said Bouagga et dont le siège s’élève encore à quelques pas de la rue El istiqlal, solidement attachée à son passé scrute l’horizon et veut aujourd’hui s’élever au rang de mégapole du Sud, et de véritable joyau de tout l’oued Righ.
Slimane B.